Paris : Théâtre de l'Odéon, salle à l'italienne du XVIIIe siècle, institution aux noms multiples aujourd'hui Odéon-Théâtre de l'Europe - VIe arr


Le Théâtre de l'Odéon, aujourd'hui désigné sous l'appellation "Odéon-Théâtre de l'Europe", est une salle emblématique de la rive gauche. Premier théâtre monumental édifié à Paris entre 1779 et 1782, oeuvre des architectes Marie-Joseph Peyre (1730-1785) et Charles de Wailly (1730-1798), il est reconstruit à deux reprises à la suite d'incendies en 1799 et 1818. Son style néoclassique, façade d'une grande sobriété qui confine à l'épure voire à l'austérité, marque le quartier de son empreinte esthétique. Cette salle à l'italienne a connu les soubresauts de l'histoire et abrité l'art des plus grands comédiens et metteurs en scène. Le Théâtre de l'Odéon est l'un des six théâtres nationaux français depuis 1971. Julien Gosselin dirige l'institution depuis le 15 juillet 2024.






En 1767, le Conseil du roi consulte Abel-François Poisson de Vandières, marquis de Marigny (1727-1781), directeur général des Bâtiments du roi depuis 1751, afin de développer le projet d'une nouvelle salle destinée à la troupe de la Comédie Française. L'édifice doit s'élever sur une parcelle associée aux jardins de l'Hôtel de Condé, dont le prince éponyme souhaite se défaire à la suite de son installation au sein du Palais Bourbon. 

Modification de l'emplacement, projets concurrents, Charles De Wailly et Marie-Joseph Peyre, protégés du comte de Provence, frère du roi et de Charles Claude Flahaut de La Billarderie, comte d'Angivillier (1730-1809), nouveau directeur général des Bâtiments de Louis XVI, ne se voient définitivement attribuer le chantier qu'en 1778. Les travaux débutent en 1779 pour s'achever en 1782.

Peyre dessine la façade. De Wailly trace les plans des intérieurs. Les lignes du bâtiment témoignent de l'influence des préceptes esthétiques de l'architecte de la Renaissance italienne, Palladio (1508-1580). La façade flanquée de pavillons reliés au corps principal par des arches présente des similarités avec la villa Pisani à Stra en Italie, dessinée par l'architecte Gerolamo Frigimelica (1653-1732). Le plan de salle semi-circulaire se distingue par parterre assis l'un des premiers où les spectateurs disposent de sièges. Les loges sont précédées d'un amphithéâtre. L'ouverture de scène originelle est divisée en trois parties par deux colonnes. Des modifications postérieures, ajoutent une avant-scène reliée au plafond en calotte par deux écoinçons dissimulés sous les volumes de cariatides.  C'est au sein du futur Théâtre de l'Odéon qu'est créée en 1784 la pièce de Beaumarchais, "Le Mariage de Figaro". 

Sous la Révolution, l'Assemblée nationale renomme la salle "Théâtre de la Nation" en 1789. La troupe du théâtre fait scission en 1791. Sous l'impulsion de Talma, une partie des comédiens s'installe rive droite, au Théâtre du Palais Royal. Sous la Terreur, de nombreux artistes sont arrêtés. Les représentations s'interrompent jusqu'à leur relaxe en août 1794. De nouvelles dissensions internes conduisent à la fermeture du théâtre fin décembre 1794. 

L'entreprise de spectacles Dorfeuille & Cie reprend le bail et préside à sa réouverture le 13 juillet 1796 ainsi qu'à la création d'une "école dramatique utile à la régénération de l'art". L'institution devient "Théâtre de l'Odéon", en référence aux chœurs des fêtes de la Grèce antique. À la suite de sa faillite en 1797, il est repris par Charles-Barnabé Sageret en juin 1798. Un incendie survient le 18 mars 1799. Les comédiens de la troupe sont contraints de se réunir dans la salle de la Comédie-Française, rue de Richelieu.

Napoléon confie le théâtre de l'Odéon au Sénat au début du XIXe siècle. La charge prendra fin au 1er janvier 1891. À partir de 1807, l'architecte Jean-François Chalgrin (1739-1811) mène une restauration à l'identique. L'établissement, désormais "Théâtre de Sa Majesté l'Impératrice et Reine", rouvre ses portes en juin 1808.

Un nouvel incendie le 20 mars 1818 dévaste l'édifice. L'architecte Pierre Thomas Baraguay (1748-1820), adjoint de Chalgrin, auteur des plans du palais du Luxembourg voisin, restaure le théâtre et le modifie profondément. Les arches de part et d'autre du théâtre sont détruites et les pavillons qu'elles reliaient vendus. Placé par Louis XVIII sous la tutelle de la Comédie-Française, le Second Théâtre-Français ouvre en septembre 1819. En juillet 1830, le théâtre se trouve au coeur de l'insurrection révolutionnaire des journées des Trois Glorieuses.

Sous le Second Empire, à l'occasion de la fête de l'Empereur le 15 août 1866, se donne "Phèdre" de Racine. À cette occasion, Sarah Bernhardt, pensionnaire de la Comédie Française depuis 1862, fait ses débuts sur la scène de l'Odéon dans le rôle d'Aricie. En 1888, le peintre Jean-Paul Laurens (1838-1921) réalise un nouveau plafond.







En mars 1900, la troupe de la Comédie-Française chassée de sa maison-mère par un incendie prend ses quartiers à l'Odéon tandis que celle de l'Odéon emménage au théâtre du Gymnase jusqu'à l'été 1901. En 1907, André Antoine prend la direction du "Second Théâtre Français" qu'il conçoit comme "un instrument d'enseignement et d'éducation littéraire. J'en veux faire une de ces scènes à vaste répertoire peuplées des plus grandes œuvres." En 1921, Firmin Gémier prend le relais à la tête de l'institution. Il dirige la modernisation des infrastructures. 

En 1946, sous le nom de "Salle Luxembourg", l'Odéon devient officiellement la deuxième scène de la Comédie-Française, qui l'administre jusqu'en 1959. À cette date, désormais concédé par le Ministère de la Culture à la compagnie de Jean-Louis Barrault et Madeleine Renaud, il devient "Théâtre de France". La représentation "Tête d'Or" de Paul Claudel inaugure une programmation ambitieuse en octobre 1959, marquée par les dramaturges contemporains Ionesco, Beckett, Duras. Le théâtre accueille également les concerts du Domaine musical fondé par Pierre Boulez en 1954. En 1965, le peintre André Masson (1896-1987) exécute un nouveau plafond.

Occupé par des étudiants au cours des évènements de Mai 1968, le théâtre est endommagé. Il rouvre ses portes sous le nom de Théâtre national de l'Odéon le 31 août 1971. La troupe de la Comédie Française s'y produit dans un répertoire contemporain audacieux. En 1978, l'administrateur général de la Comédie-Française devient le directeur de l'Odéon.

En 1983, la direction du Théâtre de l'Odéon est scindée en semestre. Six mois par an, il devient "Théâtre de l'Europe" sous la direction artistique de Giorgio Strehler, directeur du Piccolo Teatro de Milan. Le 1er juin 1990, un décret libère l'Odéon de la tutelle de la Comédie Française. Désormais indépendant, il prend pour dénomination "Odéon–Théâtre de l'Europe". En 2003, les Ateliers Berthier, anciens magasins où étaient conservés les décors de l'Opéra Garnier,  sont dévolus à l'Odéon, seconde salle modulable de 350 à 450 places. 

Théâtre de l'Odéon
Odéon – Théâtre de l’Europe, dans le cadre du Festival d’Automne à Paris
2 rue Corneille - Paris 6
Tél : 01 44 85 40 40




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.