Paris : Église Saint Séverin, lieu de culte emblématique du Quartier Latin - Ve arr

 

L'église Saint Séverin, au coeur du Quartier Latin, dans le Ve arrondissement de Paris, associe élégance et puissance. L'édifice gothique du XVe siècle conserve des vestiges du sanctuaire antérieur, une tour-clocher et trois premières travées du XIIIe siècle. Ces travées se distinguent par leurs puissantes colonnes cylindriques surmontées de chapiteaux, caractéristiques du gothique francilien. Le triforium du XVe siècle, percé au XVIIIe siècle afin d'apporter de la lumière, est le plus ancien conservé dans une église parisienne. La générosité de la Grande Mademoiselle, nièce de Louis XIV, bienfaitrice de la paroisse, a financé en 1684, l'embellissement du choeur au style gothique flamboyant. Les dons ont contribué à l'aménagement d'un double déambulatoire, une forêt de colonnes cannelées et un opulent décor de marbre, oeuvre du sculpteur Jean-Baptiste Tuby (1635-1700) sur les dessins de Charles Le Brun (1619-1696). À l'origine, conçu pour l'église Saint Pierre aux Boeufs, démolie lors du percement de la rue d'Arcole en 1837, le portail occidental du XIIIe a été transplanté sur la nouvelle entrée de Saint Séverin vers 1840. La rose de la façade, de la fin du XVe siècle, représente L'Arbre de Jessé. L'ensemble remarquable de Saint Séverin, classé aux Monuments historiques en 1862, se constitue de l'église, la maison paroissiale presbytère, le square André Lefèbvre et le cloître autour de l'ancien cimetière.






La présence d'un sanctuaire primitif, probablement un modeste oratoire, est attestée, à l'emplacement de l'église Saint Séverin actuelle, dès le VIe siècle. Ce lieu de prière fréquenté par saint Séverin de Paris, ermite contemplatif qui aurait guéri le roi Clovis, devient chapelle au lendemain de sa canonisation. 

Au IXe siècle, la Capitale fait l'objet d'une série de raids normands. Au cours du siège de Paris (885-887), de nombreux lieux de culte chrétiens sont pillés et incendiés. La chapelle Saint Sévérin est dévastée. Relevées de ses cendres, l'église prospère grâce à la générosité des fidèles et l'importance de la communauté qui englobe au XIIe siècle toute l'agglomération de la rive gauche. Saint Séverin concurrence longtemps Saint Sulpice dans le rôle de paroisse la plus importante du secteur rive gauche. 

La tour-clocher et les trois premières travées de la nef, achevées vers 1250, sont aujourd'hui les derniers vestiges de l'église développée au XIIIe siècle, sanctuaire à huit travées, bas-côtés simples et chevet plat. La cloche Macée, fondue en 1412, désormais l'une des plus anciennes de Paris, rejoint la tour. 

L'Université voisine connait un essor important. Ses assemblées générales se tiennent au sein de l'église Saint Séverin qui se révèle rapidement trop exiguë. Une campagne d'agrandissement débute au milieu du XIVe siècle. 

En 1448, un incendie dévaste l'église Saint Séverin. La reconstruction progresse rapidement. La paroisse acquiert l'hôtel des abbés de Chaalis et aménage un cimetière ainsi qu'un cloître abritant un charnier. L'année 1487 marque l'achèvement du couronnement de la tour-clocher ainsi que l'installation de la flèche. La première pierre du chevet est posée le 12 mai 1489. Le chantier s'achève en 1495 suivi entre 1498 et 1520 de la construction des chapelles latérales de la nef.







En 1673, l'architecte Jules Hardouin-Mansart (1646-1708) intervient sur l'édifice. Pour édifier la chapelle du Saint Sacrement accolée au chevet, il supprime trois travées du charnier mitoyen. La duchesse Anne-Marie-Louise d'Orléans (1627-1693), la Grande Mademoiselle, nièce de Louis XIV, finance la restauration et l'embellissement du choeur. Entre 1681-1684, le sculpteur Jean-Baptiste Tuby réalise sur des dessins de Charles Le Brun un opulent décor de marbre. Les arcades primitives trop endommagées pour être restaurés sont modifiées en plein cintre. Les piles s'enveloppent de gaines polygonales.

Au XVIIIe siècle, le triforium, galerie étroite et horizontale aménagée dans l'épaisseur du mur, est percé d'ouvertures afin de faire entrer la lumière au sein de l'édifice. En 1745, le menuisier François Dupré et le sculpteur Jean-François Fiches réalisent le buffet d'orgue.

Jusqu'au XIXe siècle, l'entrée principale de l'église Saint Séverin donne sur la rue Saint Séverin, porte intégrée à la tour-clocher, à laquelle le sculpteur Jacques Léonard Maillet (1823-1894) ajoute un tympan représentant la Charité de saint Martin en 1833. Un nouveau portail monumental est installé en 1837-1840, du côté de l'actuelle rue des Prêtres Saint Séverin. Daté du XIIIe siècle, il provient de l'église Saint Pierre aux Boeufs, disparue lors du percement de la rue d'Arcole sur l'île de la Cité en 1837. Les vantaux de bois du XVIIe siècle ont connu le même destin. 







Le XIXe siècle marque une période de restauration drastique, souvent peu respectueuse du patrimoine originel. En 1845, le ferronnier d'art Pierre Boulanger intervient sur le portail Saint Martin et la porte latérale droit pour lesquels il exécute des pentures en fer forgé. Lors de la restauration en 1857 des vitraux du XIVe siècle, produits dans l'atelier de Jean de Berry, certains sont entièrement recréés à défaut de pouvoir être sauvés. Dans les années 1870, Prosper Lafaye mènent des interventions radicales sur les ensembles vitrés du XVe siècle. Émile Hirsh réalise, à partir de 1876, des ensembles de vitraux remarquables destinés aux chapelles. Il donne le visage des donateurs aux saints. De 1845 à 1959, à la suite de nombreuses commandes, des peintures murales viennent compléter le programme décoratif foisonnant.

En 1907, la démolition d'anciennes maisons sur la rue Saint-Jacques désenclave le chevet de l'église. À cette période, un parvis est créé du côté de la rue des Prêtres Saint Séverin. Dans les années 1920, le cloître de l'ancien cimetière est partiellement reconstruit dans un excès de zèle restaurateur. En 1964-66, la paroisse commande huit vitraux au peintre Jean Bazaine (1904-2001), verrières abstraites posées au sein de l'église en 1970.

Église Saint Séverin
1 rue des prêtres Saint-Séverin - Paris 5
Métro Saint Michel ligne 4




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.

Bibliographie
Connaissance du Vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages
Le guide du promeneur 5è arrondissement - Bertrand Dreyfuss - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette