Un soir à Port au Prince, Jonas Dorléon, professeur d'histoire-géographie, corrige des copies. Un gang d'adolescents armés débarque dans son quartier populaire de Carrefour Feuilles pour y semer la terreur. Une fusillade éclate. Tandis que la maison de Jonas est incendiée, la Capitale toute entière s'embrase. Le professeur prend alors une décision radicale. Il fait le choix de l'exil et improvise sa fuite. Il jette, dans un sac en plastique, quelques affaires, une photographie de sa mère, un short, un recueil de poèmes, très peu d'argent. Jonas monte dans un bus en direction de la République Dominicaine à l'Ouest de l'île. Il abandonne Haïti pour rester en vie. Débute alors un périple à travers douze pays de l'Amérique latine jusqu'à l'Amérique du Nord. Opiniâtre, Jonas surmonte les épreuves, l'hostilité, la faim, l'épuisement, la maladie, les rejets, les frontières fermées, les passeurs sans scrupules, les douaniers, avant d'être finalement accepté au Canada.
Le romancier Thélyson Orélien quitte Haïti en 2010 à la suite du tremblement de terre pour rejoindre le Québec. Écrivain, poète et lui-même professeur, son parcours personnel d'expatriation nourrit "C’était ça ou mourir" sans pourtant toucher à la veine autobiographique. Le roman publié au Québec en mars 2026, aux éditions Boréal maison montréalaise, est aujourd'hui traduit en 22 langues et diffusé dans 26 pays.
Livre de l'exil, Thélyson Orélien puise la matière de sa narration dans l'actualité brûlante, les témoignages de migrants recueillis par des journalistes. Dans ce récit incarné de la migration, déployé à hauteur d'homme, il décrit avec précision le quotidien, refuse de céder au pathos ou à l'auto-apitoiement. Thélyson Orélien distille avec art une langue qui revendique son métissage, texte parcouru d'images vibrantes, puissantes, réflexions foisonnantes.
Il faut un courage immense et une persévérance sans faille à Jonas Dorléon pour traverser le Brésil, le Pérou, l'Équateur, le Costa Rica, la Colombie, une obstination sans faille pour se confronter à la politique migratoire américaine.
Thélyson Orélien dit les drames intimes et la réalité quotidienne, la précarité, la terreur. Les épreuves subies par les migrants habités par le désespoir, véritable calvaire, font partie d'une lutte pour la survie. Ce parcours d'exil transforme en profondeur ceux qui s'y engagent, poussés par une urgence vitale. Parcours de déracinement, de renoncement à sa propre identité, sa langue, son passé. Le statut de demandeur d'asile sans papier les prive de droits autant que de dignité. Dépourvus également de ressources, ils sont confrontés à la brutalité du processus de migration, les lois iniques, les passeurs sans scrupules, les camps de réfugiés. Au bout du parcours, humanité et solidarité brillent comme une lueur d'espoir dans ce voyage de souffrances. Un roman âpre, poignant, entêtant. Magnifique.
C’était ça ou mourir - Thélyson Orélien - Éditions Grasset
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




Enregistrer un commentaire