Théâtre : Le Plancher - D'après le roman de Perrine Le Querrec - Adaptation et interprétation Nicolas Dégremont - Petit Montparnasse - Jusqu'au 25 octobre 2026

Crédit Serge Périchon

Dans une ferme au fin fond du Béarn, Jean Crampilh-Broucaret dit Jeannot (1939-1972), atteint de troubles psychiatriques, meurt d'inanition dans l'isolement le plus total. Le père maltraitant s'est suicidé quelque temps plus tôt. La mère et les soeurs ont subi la violence dans le silence. Jeannot a fait son service militaire dans les paras en Algérie, en pleine guerre d'indépendance ce qui l'a encore plus fragilisé. Il bascule complètement dans la folie au décès de sa mère en 1971. Il l'enterre sous l'escalier. Reclus, happé par ses obsessions, jusqu'au point de rupture, Jeannot cesse de s'alimenter. Il s'enferme pour composer un texte de 208 mots, long poème halluciné qu'il grave au ciseau à bois dans le plancher de sa chambre. Et décède. Mort de faim.

En 1993, "le plancher de Jeannot" est retrouvé fortuitement lors de la vente de la ferme du Béarn. Acheté par docteur Guy Roux, neuro-psychiatre à la retraite, le parquet, considéré comme une œuvre d'art brut, est conservé depuis 2005 dans les collections du Musée d'Art et d'Histoire de l'Hôpital Sainte-Anne. Les médecins font montre de prudence dans l'interprétation du "Plancher de Jeannot", dans le diagnostic des souffrances provoquées par la schizophrénie en absence de soins, la virulence des élucubrations paranoïaques. 



Nicolas Dégremont signe une adaptation poignante du long poème en prose inspiré d'une histoire vraie, œuvre de Perrine Le Querrec. Poésie de la langue, imagée, texte intense, sensible, "Le Plancher" peint un tableau brutal du monde rural, d'existences marquées par la dureté du labeur, le mutisme, l'isolement. Il questionne les ressorts de la création, interroge l'art comme outil de résilience. Dans une mise en scène sobre et efficace de Frédéric Cherboeuf, le spectacle vertigineux, se joue sur une réplique fidèle du plancher de Jeannot. 

Nicolas Dégremont, souffle rauque, lumineux, incarne cette histoire aussi douloureuse que frappante, visage animé par les émotions, traversé par les fulgurances. Le violoncelle de Zoé Saubat qui l'accompagne apporte de la douceur dans ce récit âpre, respiration bienveillante. 

Puissant, poétique, le comédien nous conte le destin tragique de la solitude, les fragilités psychologiques, renforcées par une existence à la marge, loin du monde. Il dit une vie d'exclusion, une fin terrible. Jeannot danse avec la mort dans l'emprise des obsessions, les rancœurs, les traumas tandis que le réel est lentement aboli, que la réalité disparait dans les distorsions complotistes. Fascinant, bouleversant.

Le Plancher
Jusqu'au 25 octobre 2026
Mercredi, jeudi, vendredi et samedi à 19h - Dimanche à 17h

D'après le roman de Perrine Le Querrec
Adaptation Nicolas Dégremont
Mise en scène de Frédéric Cherboeuf
Avec Nicolas Dégremont accompagné de Zoé Saubat au violoncelle
Création lumière Marc Leroy
Costumes de Corinne Lejeune

Théâtre du Petit-Montparnasse
31 Rue de la Gaîté - Paris 14 
Tél : 01 43 22 77 74




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.