Alban, chroniqueur radio introverti, vit une existence solitaire paisible. Orphelin depuis ses dix-sept ans, sa mère lui a transmis, avant de disparaître précocément, le goût des musées, en particulier le Louvre. Quotidien tranquille jusqu'au jour où, par curiosité, Alban répond à une petite annonce déposée par un voisin. Celui-ci cherche à donner un perroquet, Gris du Gabon, espèce sauvage de l'Ouest de l'Afrique, prisé comme animal de compagnie, pour son intelligence, ses capacités d'apprentissage et en particulier celle de reproduire le langage et la voix humaine. Sans trop savoir ce qui lui arrive, avant même d'avoir formulé l'idée d'une adoption, ni réfléchi à l'espérance de vie d'une cinquantaine d'années de l'animal, Alban se voit refourguer Jo, oisillon à peine sorti de sa coquille. Débarrassé du piaf, le voisin claque la porte.
Au fil des semaines, Alban s'émerveille de son évolution. Il se découvre une vocation parentale, une sorte d'instinct maternel insoupçonné. Il développe un attachement quasi pathologique au perroquet, donne du sens au semblant d'affection qu'il reçoit en retour de ses soins, ses caresses, s'amuse des jeux et des habitudes à deux. Mais progressivement, l'oiseau qui entre dans ses années de puberté, d'adolescence change, de comportement, devient tyrannique. Les relations tournent à l'aigre. Le quotidien cauchemardesque. Les absences d'Alban sont punies par des crises, des caprices.
Dans "L'adolescence du perroquet", 35e ouvrage publié aux éditions Albin Michel, Amélie Nothomb s'inspire de sa passion pour l'ornithologie. La romancière nourrit une fascination pour les oiseaux, leurs capacités remarquables, le chant et le vol. Ce millésime 2026, curieuse histoire, cruelle et drôle, prend un tour presque horrifique pour évoquer métaphoriquement les relations toxiques parents enfants.
Le personnage d'Alban se montre déraisonnable quant à ces attentes vis-à-vis d'un animal. Il se trouve déconcerté face au changement de comportement de l'oiseau, son enfant aimé qui se transforme en monstre destructeur, agressif. Le perroquet ravage systématiquement le mobilier, la décoration, attaque les visiteurs, laisse même une pet-sitter en sang. La créature victime d'anxiété liée à sa captivité prouve l'impossible domestication des animaux sauvages. Par anthropomorphisme, Alban attribue les comportements à une crise d'adolescence, des sentiments très humain, l'ennui et l'ingratitude. Il se sent humilié, rejeté, maltraité dans cet amour à sens unique, cette relation aussi ambiguë qu'absurde. Il confère des intentions à l'oiseau, se sent persécuté. Il renonce à sa maigre vie sociale, fuit le plus possible son propre appartement désormais territoire quasi exclusif du perroquet. Cohabitation désormais impossible, il se trouve victime volontaire de son animal de compagnie qu'il traite comme un enfant.
Ce huis-clos étouffant est parcouru d'intuitions, de suggestions. Amélie Nothomb laisse la réalité affleurée sans jamais poser les mots dessus ce qui confère au texte une impression de flottement, d'incertitude. Les rapports transactionnels, les relations intéressées qui attendent un retour sur investissement affectif sont voués aux désillusions les plus amères. Dépossédé de sa propre existence par une créature vindicative, Alban se trouve à la fois en conflit ouvert et sous l'emprise d'un oiseau. La romancière compare la situation à l'échec de la parentalité contemporaine face aux adolescents difficiles. Elle y trouve une morale douce-amère. Enfant, compagnon, ami, l'amour n'est pas un dû.
L'adolescence du perroquet - Amélie Nothomb - Éditions Albin Michel




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