Gustave, enfant d'une mère célibataire, s'est retrouvé orphelin à l'âge de cinq ans. Adopté par un couple aimant, le garçon peine à trouver sa place. Un jour, il réalise qu'en faisant rire les autres, il attire leur bienveillance et leur affection. Il devient le clown de sa classe, celui qui provoque l'hilarité. Le rire est désormais son identité et son refuge au point qu'il envisage dès l'adolescence d'en faire son métier. Ce rêve très ordinaire chez les jeunes de son âge, désir de reconnaissance, d'épanouissement sous le regard des autres, n'est en réalité qu'un phénomène de société éphémère.
Après le bac, Gustave, habité par ses certitudes, monte à Paris. Il travaille comme serveur dans une brasserie pour payer sa studette et ses cours de théâtre. Sa petite amie Margot et ses parents attentionnés le soutiennent inconditionnellement. Après un casting dans un comedy club, Gustave se voit donner la chance de monter sur scène. Échec cuisant, la question du manque de talent se pose. Mais il est repéré à l'occasion de ses désastres successifs par Géraldine, vétéran du showbiz, agente d'acteur qui le voit plus dans le cinéma que dans l'humour. D'expériences malheureuses en humiliations, Gustave acquiert dans la douleur une forme de lucidité.
Davis Foenkinos nous plonge dans l'univers des seconds couteaux du show-business, les anonymes qui subsistent en périphérie, dans l'ombre, et rêvent de lumière. Roman initiatique, "Je suis drôle" explore les affres de la vingtaine, l'âge des libertés, des possibles et des désillusions. Ce récit doux-amer et empathique explore le dessous des cartes d'un rêve générationnel véhiculé par les réseaux sociaux : le stand-up et ses promesses de réussite quasi-immédiate par l'humour.
Gustave, jeune homme banal et sensible, a appris à se sentir accepter, en gagnant l'intérêt, l'attention, par le rire. Mais conquérir un public depuis une scène, s'avère une expérience bien différente. Il y a beaucoup d'appelés, peu d'élus. La concurrence féroce dans le milieu des comedy clubs confronte rapidement les ambitions à la réalité, à la férocité des humiliations.
Le texte bref se teinte d'une mélancolie souriante, écriture alerte, fluidité efficace., quand il aborde la question de l'identité, des espoirs inaboutis. Gustave, sa trajectoire contrariée, sa tendance à l'autosabotage, ses maladresses, peine à trouver sa voie à défaut de se connaître, de se définir. D'une grande immaturité, il tente de surmonter son enfance cabossée, les traumas, la peur de l'abandon par un besoin irrépressible de plaire. Les fragilités nourrissent un besoin de consolation, de réassurance narcissique. Le destin s'avère ironique, les impasses nombreuses et les opportunités à saisir rares. Au final, David Foenkinos constate que l'humour et la tristesse sont deux faces d'une même pièce.
Je suis drôle - David Foenkinos - Éditions Gallimard
Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.




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