Expo : Silla : l'Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. JC - 935) - Musée Guimet - Jusqu'au 31 août 2026

 

L'exposition "Silla : l'Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. JC - 935)", au Musée National des arts asiatiques Guimet, retrace un millénaire d'histoire au Pays du Matin Calme. L'évènement se penche sur l'héritage du royaume du Silla, civilisation remarquable qui unifie les états de la péninsule et préfigure la Corée du royaume de Joseon. Le parcours chronologique et thématique, déployé en cinq chapitres, remonte aux origines, examine la mémoire d'un âge d'or et retrace ses dynamiques jusqu'à la chute.

Évocation puissante d'une civilisation singulière, un foyer de création autonome dont le rayonnement dépasse les frontières du royaume, l'exposition "Silla : l'Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. JC - 935)" célèbre la mémoire culturelle de la Corée. Au gré d'une scénographie dense, elle aborde les différents aspects, puissance militaire, prestige politique, ferveur spirituelle, créativité artistique, échanges commerciaux avec de nombreux pays de l'Asie aux mondes méditerranéens.

Outre les fascinants objets utilitaires du quotidien, vieux de plus de mille ans, marmites, pichets, jarres, outils agricoles, équipements militaires, l'exposition réunit de nombreux trésors nationaux rarement présentés hors de Corée du Sud. Les artefacts symboles du prestige royal, couronnes et ceintures d'apparat, parures dialoguent avec les témoignages de la ferveur religieuse, corpus sculpté, reliquaires bouddhiques, figurines miniatures. L'inventivité de l'artisanat côtoie sans pâlir la munificence des pièces artistiques.

La manifestation qui se tient au Musée Guimet, développée en collaboration avec le Musée national Gyeongju, avec le soutien du Centre culturel coréen, intervient dans le cadre des célébrations du 140e anniversaire des relations diplomatiques entre la Corée et la France, établies par le traité d’amitié, de commerce et de navigation du 4 juin 1886. 







L'histoire des Trois royaumes (57 av. JC - 668 ap. JC), Silla, Goguryeo - ou Koguryo - et Baekje, procède d'une tradition orale jusqu'au XIIe siècle. En 1145, Kim Bu-sik, érudit au service de l'État de Goryeo, compile en 50 volumes les récits dynastiques de la période et les légendes du roman national. Il dépouille les mythes de leur dimension fantastique ou merveilleuse pour se rapprocher de la vérité historique. La chronique qui en résulte, connue sous le titre de "Samguk sagi" ou "Mémoires historiques des Trois Royaumes", est la plus ancienne œuvre écrite de l'histoire de la Corée. Elle se compose de trois principaux textes. L'histoire de Silla, le "Bongi", portion la plus longue et la plus complexe du livre, couvre la période de 57 avant notre ère à 936 de notre ère. L'histoire du Goguryeo court de 37 avant notre ère à 668 de notre ère et l'histoire du Baekje, de 18 avant notre ère à 660 de notre ère, est le plus court des trois textes. 

Les connaissances issues des "Mémoires historiques des Trois Royaumes" sont corrigées par les fouilles archéologiques initiées à partir du début du XXe siècle. Ces dernières éclairent sous un jour nouveau la période et fournissent d'importants éléments au sujet de l'organisation hiérarchique de la société, les savoir-faire et les rituels.

La capitale du royaume du Silla, Saroguk, l'actuelle Gyeongju, épicentre politique, culturel et religieux, se distingue par la diversité de ses paysages, entre plaines et montagnes. Cette géographie particulière se révèle propice à la conservation des vestiges archéologiques, nombreux dans la région. Les fouilles archéologiques menées depuis les années 1920 ont permis de redécouvrir, "tombeaux-montagnes" des anciens monarques et sanctuaires oubliés, témoins de l'opulence des clans fondateurs. 

Les trônes de fer, entre le IIe et le Ier siècle av. JC, le Saro, futur royaume du Silla, dont la capitale est alors Saroguk, future Gyeongju, appartient à la confédération de Jinhan. Celle-ci réunit douze petits états du bassin du Naktong au Sud-Est de la Corée du Sud actuelle. Bordée au Nord par le territoire des Dongye, la fédération des Jin, Jinhan est l'un des Trois Han, ou Samhan (300 av. JC - 300 ap. JC), avec Byeonhan et Mahan.  

L'essor de l'industrie du fer au Saro conduit à un développement économique inédit. L'équipement militaire de pointe entretient la puissance de l'armée, les outils agricoles efficaces participent de l'autonomie alimentaire. Les prouesses techniques de la ferronnerie inspirent l'orfèvrerie. 







Au cours de la période Maripgan, six rois se succèdent de 356 à 514. L'avènement du clan des Kim, le roi Naemul (356-402), premier roi de la lignée, marque un tournant décisif dans l'affirmation d'une identité. Les découvertes archéologiques au sein des tombes royales datées à partir du IVe siècle, tombes-montagnes, tumuli funéraires, attestent de l'autorité des souverains. L'abondance des objets en or, métal symbole de puissance, l'opulence des trésors, témoignent de la puissance économique et symbolique du royaume, à l'instar de la Tombe de la Couronne d'or, redécouverte en 1921, dans laquelle se trouvait la première des six couronnes du Silla, aujourd'hui présentée dans le cadre de l'exposition au Musée Guimet.

Les artefacts mis au jour lors des fouilles éclairent le dynamisme des échanges commerciaux, l'ampleur des influences culturelles, intellectuelles, spirituelles. Durant cette période, le commerce emprunte les voies maritimes et terrestres, de l'Asie du Sud-Est, au Japon, à la Chine, jusqu'au Proche-Orient, la Perse sassanide, l'Égypte et l'Europe. Les échanges Est-Ouest prennent les chemins de la Route de la soie, faisceau de routes par lesquelles transitent marchandises, techniques, idées, religions. 

Au fil de l'exposition, des éléments éclairent ces circulations des biens et des connaissances, pendentifs en forme de virgule, d'un jade spécifique importé du Japon, une dague en or, découverte dans une tombe en Corée, dont le décor réalisé selon la technique du cloisonné évoque une fabrication sur les rives de la Mer Noire ou en Asie Centrale. Entre le VIIIe et le IXe siècle, les échanges avec la Chine intensifient la diffusion des arts et des esthétiques, techniques inédites, pratiques rituelles et doctrines.







La période du Royaume de Silla, Silla unifié ou Grand Silla (676-918 ou 936), débute avec la conquête de Goguryeo et Baekje. L'unification de la péninsule en 668-676, par Munmu, trentième roi de la dynastie de Silla, qui règne de 661 à 681, est rendu possible grâce notamment à une brève alliance avec la Chine des Tang.

Le bouddhisme adopté comme religion officielle des souverains du Silla dès 527, devient un levier de pouvoir, outil de légitimation et d'unification culturel et spirituel. Durant cette ère, d'importants sanctuaires sont édifiés dans la zone d'influence de la capitale Kumsong, actuelle Gyeongju. Un riche patrimoine aujourd'hui redécouvert voit le jour entre vallées et montagnes. L'or réservé jusque-là aux sépultures royales est désormais utilisé dans le cadre des décors cultuels, sanctuaires, monastères, pagodes. 

Les vestiges du Hwangnyongsa, Temple du dragon doré, édifié à Gyeongju au VIe siècle, détruit lors des invasions mongoles en 1238, ont été redécouverts en 1978 lors de fouilles archéologiques. Les traces évoquent une pagode de neuf étages, véritable talisman protecteur du royaume de Silla. 







Le royaume du Silla unifié connait son apogée culturelle sous le règne du roi Gyeongdeok (723 ou 724–765), 35e roi du Silla, fils du roi Seongdeok (?-737) qui règne entre 702 et 737. Le complexe du temple de Bulguksa, construits à l'initiative de Gim Daesong ou Kim Daeseong, ministre du roi Seongdeok en l'honneur de ses propres parents, se compose de plusieurs éléments, temples, ermitage et grotte. L'ensemble est inscrit en 1995 sur la liste du patrimoine mondial de l'UNESCO. 

Trésor national, le temple Bulguksa, Temple des terres du Bouddha, reconstruit entre 751 et 774, se trouve à quelques kilomètres de la grotte de Seokguram, joyau de l'art bouddhique. L'exposition au Musée Guimet présente une installation 3D du sanctuaire, dont le nom originel "Seokbulsa" signifie Temple du Bouddha en pierre. Au centre de la grotte se trouve un Bouddha Shakyamuni monumental, haut de 3,5 mètres, assis sur un socle en forme de lotus mesurant 1,34 mètres de haut, entouré de bodhisattvas, de disciples, de deux dieux hindous Brahma et Indra, de saints, de figures pieuses et de dieux-gardiens. 

Les nombreuses sculptures disséminées à travers les territoires du mont Namsan dans le parc national de Gyeongju au Sud de la ville, statues et bas-reliefs sur rocher datés entre les VIIe et Xe siècles témoignent de l'importance du sacré et en particulier du bouddhisme.

Cet âge d'or est suivi d'une période de déclin marquée par une grande instabilité politique, période dite des Trois Royaumes Tardifs (de 892 ou 918, à 936), Silla, Baekje tardif et du Taebong ou Goguryeo tardif, jusqu'à l'avènement de l'État Goryeo avec l'émergence de la dynastie de Goryeo (Koryŏ) (918-1392). 

Silla : l'Or et le Sacré. Trésors royaux de Corée (57 av. JC - 935)
Jusqu'au 31 août 2026

6 place d’Iéna - Paris 16
Tél : 01 56 52 54 33
Horaires : Ouvert tous les jours sauf le mardi, de 10h à 18h



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.