Théâtre : Le bonheur conjugal, d'après Léon Tolstoï - Adaptation et MES Françoise Petit - Avec Anne Richard - Théâtre de Poche Montparnasse - Jusqu'au 18 mai 2026

Crédit Sébastien Toubon 


Macha, dix-sept ans, a perdu sa mère récemment. L'ennui la guette au fin fond de sa province où vit sa famille issue de la petite noblesse. Elle s'éprend bientôt de Serge, ami de son père, de vingt ans son aîné, familier de la maison. Il hésite un temps, du fait de leur différence d'âge, avant de déclarer sa flamme. Leur mariage révèle deux tempéraments aux antipodes. À Saint Pétersbourg, Macha se découvre un goût pour les mondanités, les fêtes, les divertissements. Brillante et belle, elle retient l'attention. Serge ne rêve que de retourner à la campagne et retrouver sa quiétude. Des tensions naissent entre les deux époux.



Pour la scène, Françoise Petit signe l'adaptation d'un court roman de Léon Tolstoï, publié sous la forme d'un feuilleton dans les pages du journal Le Messager russe, en 1849. Tolstoï embrasse le point de vue d'une femme pour évoquer la déliquescence du sentiment amoureux confronté au quotidien. Par la voix de Macha, sa narratrice, il capture l'instant de bascule, la décristallisation stendhalienne. Les emportements des amours adolescentes, confrontés à la réalité, disparaissent en même temps que les espoirs, les désirs. Le désenchantement guette, le sentiment de solitude prend son essor dans l'érosion de l'amour. 

Au Théâtre de Poche Montparnasse, la mise en scène de François Petit, aussi subtile qu'efficace, souligne la douce mélancolie du texte original, saisit le phénomène du temps qui passe, les saisons qui défilent.

Tout en nuances, présence scénique remarquable, Anne Richard donne corps à une Macha multiple, qui se transforme au gré des années, des chapitres de son mariage, tandis que passe le mari, silhouette silencieuse de Jean-François Balmer. Au rythme de la musique de Beethoven, interprétée par le pianiste Nicolas Chevreau, elle dit la fragilité et la puissance de l'amour vibrant, la routine résignée du bonheur conjugal. 

Empêtrée dans ses contradictions, mue par un désir d'indépendance, Macha prend en maturité, jusqu'à être en mesure de contempler sa situation avec plus de lucidité. La passion fait place aux désillusions dans un mouvement irréversible. L'amour incandescent s'éteint pour, une fois apaisé, se muer en amitié. Les emportements évoluent en respect, en tendresse. Serge son grand amour devient Serge le père de ses enfants. Il est question d'accepter son propre sort, de renoncer. Les déconvenues engendrent un détachement progressif et amènent à la réinvention de la relation sous des auspices alternatifs. Parvenir au bonheur conjugal n'est pas de tout repos.

Le bonheur conjugal, d'après Léon Tolstoï
Jusqu'au 18 mai 2026

Adaptation et mise en scène de Françoise Petit
Avec Anne Richard
Piano Nicolas Chevreau 
Participation amicale de Jean-François Balmer
Musique Sonate "Quasi una fantasia" de Beethoven
Lumière Hervé Gary
Peinture Gaël Davrinche

Théâtre de Poche Montparnasse 
75 boulevard du Montparnasse - Paris 6
Tél location : 01 45 44 50 21



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.