Paris : Gloriette de Buffon, belvédère au sommet du Grand Labyrinthe du Jardin des Plantes, le plus ancien édicule métallique construit à Paris - Ve arr


La gloriette de Buffon, domine le Jardin des Plantes, à la cime d'une colline sur les flancs de laquelle court le Grand Labyrinthe. L'ouvrage est édifié entre 1786 et 1788, en l'honneur de Georges Louis Leclerc de Buffon (1707-1788), naturaliste, mathématicien, biologiste, cosmologiste, philosophe, académicien et intendant du Jardin du Roi. Exploit technique, plus ancien édicule métallique de Paris, l'un des plus anciens au monde, la gloriette précède de soixante ans les grands édifices à structure métallique qui vont se développer, dès la moitié du XIXe siècle, à travers la Capitale. Par comparaison, les halles de Baltard datent de 1863-1874, la Tour Eiffel de 1887-1889. La gloriette de Buffon fait l'objet d'un classement à l'inventaire des monuments historiques depuis 1993. 







La gloriette de Buffon, charmant belvédère, se trouve au sommet d'un monticule, héritier de la butte des Copyeaux ou butte des Copeaux. Cette colline artificielle se constitue au Moyen-Âge sous l'afflux des ordures, gravats calcaires et reliquats des chantiers initiés au sein de la Capitale. En 1303, le dépotoir recouvert sert de promontoire au Moulin de la Tourelle. Lors de la création du Jardin du Roi destiné à la culture des plantes médicinales, à partir de 1626, la butte rejoint le domaine royal. Elle est intégrée à la promenade à l'occasion de l'ouverture au public de cet espace vert en 1640.

Kiosque métallique datant du XVIIIe siècle, la gloriette de Buffon offre, à l'origine, un point de vue panoramique sur le Jardin des Plantes, aujourd'hui obstrué par la cime des arbres. Sur les plans tracés par l'architecte Edme Verniquet, le serrurier du Roi Claude-Vincent Mille réalise cet édicule haut de 9mètres pour un diamètre de 4mètres. Pour l'armature, il utilise un métal de grande qualité produit à la Forge de Buffon à Montbard en Bourgogne. L'ouvrage témoigne ainsi des progrès de la sidérurgie au sein même des forges 

Huit colonnettes cannelées scandent le diamètre de la gloriette. L'une des colonnes porte encore la trace d'un graffiti de 1870, gravé durant la guerre franco-prussienne et le siège de Paris : "Dieu Seigneur Éternel, rendez-nous victorieux, confondez les Prussiens". Le programme décoratif associe cinq métaux, fer, cuivre, or, bronze, plomb. Cet abondant parement dissimule l'ossature de la structure, assemblée par rivets, la soudure n'existant pas encore au XVIIIe siècle. 

Sur la corniche de la structure circulaire haute en treillis figure une devise en latin "Horas non numero nisi serenas", "Je ne compte que les heures heureuses". Elle est surmontée d'un lanterneau dominé par une sphère armillaire en fonte, instrument astronomique de modélisation de la sphère céleste, représentation du système solaire. Tout au sommet se trouve une girouette. À l'origine, un gong méridien signale l'heure de midi. Il fonctionne grâce à un système primitif. Un crin de cheval remplacé chaque jour est brûlé par les rayons du soleil qui frappent une loupe dès le lever de l'astre. À midi, le crin cède et libère un marteau qui vient frapper un tambour.







La gloriette de Buffon a connu d'importantes dégradations avant de faire l'objet d'une restauration d'envergure en 2018. L'association des différents métaux conférait à la structure des propriétés proches des piles polymétalliques. Le phénomène d'électrolyse, la pollution, l'augmentation de la fréquentation au Jardin des Plantes, les eaux stagnantes en absence de drainage approprié, ont provoqué des dégâts considérables sur l'édicule et ses fondations. 

Dès les années 1980, deux campagnes de restauration sont menées successivement en 1983 puis 1984. L'édicule reprend son apparence originelle mais les causes des détériorations ne sont pas traitées. Au cours des années 2000, l'ouvrage, à nouveau dégradée, devient dangereux et son accès est révoqué. 

En 2016, le Muséum d'Histoire Naturelle chiffre le chantier de restauration à 700 000 euros et lance une campagne d'appel aux dons afin de financer le projet. Des entreprises mécènes, Fondation du patrimoine grâce au mécénat de la Fondation Total, Fondation de la Maison de la Chimie, Eiffage, Société des Amis du Muséum, complètent le budget réuni auprès du grand public.

La gloriette de Buffon, déposée en janvier 2018, est transférée, en pièces détachées, habillage, bancs, balustrade, toiture, girouette, sphère armillaire, au sein des ateliers de la Forge d'art Loubière. Dans des mains expertes, elle retrouve sa splendeur passée tandis que des solutions sont apportées au problème d'électrolyse. 

Au Jardin des Plantes, les équipes des monuments historiques travaillent sur la restauration des fondations, renforcement de l'ancrage de la structure portante et du sous-bassement, pose d'un nouveau dallage, remplacement des blocs abîmés ou manquants. 

Le 5 juillet 2018, après sept mois de chantier, la gloriette de Buffon est rouverte au public. 

Gloriette de Buffon au Jardin des Plantes
57 rue Cuvier - Paris 5
Tél : 01 40 79 56 01 
Horaires : Ouvert tous les jours - Du 1er au 25 mars 2023 : 8h - 18h30 - Du 26 mars au 30 septembre : 7h30 - 20h - Du 1er au 28 octobre : 8h - 18h30 - Du 29 octobre au 29 février 2024 : 8h - 17h30
Métro Gare d'Austerlitz lignes 5, 10



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.