Paris : Butte aux Cailles, histoire d'un quartier préservé à l'atmosphère champêtre - XIIIème

Rue Michal

 

La Butte aux Cailles conserve au XXIème siècle des allures champêtres de village du XIXème siècle. Anciennes maisons ouvrières, jardinets, modestes immeubles faubouriens bordent le dédale des ruelles en pente. Les noms de ces rues entretiennent la mémoire des anciens propriétaires, Simonet, Barrault, Boiton, Michal, Gérard... Nombreux cafés, bars, restaurants animent ce quartier de poche très prisé pour son atmosphère populaire et festive. Sur les murs de la Butte aux Cailles, les couleurs du graffiti parisien s'affirment notamment par le biais du festival de street Art, Les LézArts de la Bièvre. 


Rue Vandrezannes

Place Verlaine

Piscine de la Butte aux Cailles

Rue de la Butte aux Cailles

H. Lefevre Fabrique de chaussures et galoches


À l'origine, pâturages, prairies, vignes et petits bois ponctuent la Butte aux Cailles, modeste colline. Les premières constructions, des moulins à vent, courent sur la ligne de crête qui culmine à soixante-trois mètres de hauteur. Celle-ci surplombe la Bièvre, affluent de la Seine aujourd'hui disparu, en contrebas d'un dénivelé vertigineux de vingt-huit mètres. Son nom emprunte celui d'un propriétaire, Pierre Caille, mentionné comme acquéreur de terrains en 1543. Les Cailleux, fermiers ou meuniers de la Butte, entérinent l'appellation.

Au XVIIème siècle, l'industrie connait un véritable essor sur les rives de la Bièvre. Teinturerie, blanchisserie, mégisserie, boucherie, autant d'activités polluantes vont déterminer le destin funeste de la rivière. Le cours de la Bièvre longe la Butte aux Cailles sur le tracé de l'actuelle de la rue Vergniaud en contrebas d'un ravin escarpé. Le flot devient un véritable cloaque après les canaux des Cordelières et des Gobelins.

À cette époque, l'exploitation minière des ressources en calcaire coquillier et glaise se développe. Les carrières creusées à la verticale plongent à vingt-cinq mètres de profondeur. L'actuelle rue Barrault, ancienne impasse Croulebarde, est alors désignée sous le nom de chemin des Trous à Terre. Autour des entrées, les mineurs construisent des habitations rudimentaires en planches. 


Rue de la Butte aux Cailles

Le Temps des Cerises

Rue de la Butte aux Cailles

Passage Boiton

Passage Boiton


Vers 1720, la Butte aux Cailles est accessible par deux chemins, le chemin du Moulin des Prés, actuelle rue du Moulin des Prés, et le chemin de Croulebarde, actuelles rues Eugène Atget, Jonas et Simonet. À partir de 1750, les moulins à vent se multiplient sur les sommets de la Butte et le plateau constitué par l'actuelle place d'Italie. La route de la Butte aux Cailles, sur la crête, sillonne d'un ouvrage à l'autre. En 1760, il existe huit moulins et deux moulins à eau sur la Bièvre, le moulin des Prés et le moulin de Croulebarde. Le 21 novembre 1783, les aéronautes Pilâtre de Rozier et François Laurent d'Arlandes entreprennent le premier vol en ballon avec équipage. Ils partent du château de la Muette pour atterrir à la Butte-aux-Cailles.

En 1784-85, à la suite de la construction du mur d'octroi dit mur des Fermiers Généraux, sur le tracé de l'actuel boulevard Auguste Blanqui, la Butte aux Cailles qui appartient au territoire de la commune de Gentilly, devient un faubourg direct de la Capitale. Jusqu'en 1850, la colline demeure peu construite. Quelques fermes modestes, des baraques de fortune à l'entrée des puits miniers. Entre la Révolution de 1848 et la Première Guerre Mondiale, la population augmente, modeste parfois indigente : blanchisseuses, chiffonniers surnommés les biffins, ouvriers du cuir et des industries locales. La Butte aux Cailles devient un pôle de militantisme ouvrier. Haut lieu de la Commune de Paris, au cours de la bataille de la Butte aux Cailles, le 24 et 25 mai 1871, les fédérés communards repoussent les troupes versaillaises à trois reprises. 



Rue de la Butte aux Cailles

Chez Gladines - Rue des Cinq Diamants

Rue des Cinq Diamants

Place de la Commune de Paris

Église Sainte Anne de la Butte aux Cailles 


Le quartier intègre Paris lors de l'annexion des communes limitrophes au territoire de la Ville en 1860. La Butte aux Cailles fait alors partie du XIIIème arrondissement, l'un des plus pauvres. Les sous-sols fragilisés par les carrières de calcaire et les comblements aléatoires limitent l'urbanisation. Les rues sont pavées. Les maisons conservent des proportions modestes et immeubles de rapport se cantonnent à trois ou quatre étages. De nos jours, avec la raréfaction du foncier et l'attractivité du quartier, les promoteurs misent sur les grands moyens. Le progrès technologique permet désormais de combler vides et cavités variées par injection. Néanmoins, la Butte aux Cailles étant un site classé, les gabarits des bâtiments et l'occupation des sols demeurent très régulés.

En 1860, le préfet Haussmann et l'ingénieur Eugène Belgrand constatant la terrible pollution de la Bièvre réfléchissent à une solution de canalisation. Les travaux de couverture s'étalent sur près de cinquante ans. Le remblaiement de la vallée débute en 1863. L'entaille du cours d'eau est nivelée. La Bièvre est entièrement recouverte en 1912. Ces nouvelles dispositions entraînent un développement du quartier.



Miss Tic rue Gérard 

Petite Alsace

Villa Daviel


Sous le Second Empire, François Arago formule le projet d'un puits artésien au coeur de la Butte aux Cailles, puits susceptible d'alimenter en eau potable les habitants du quartier et avec le surplus de la Bièvre quasiment à sec en été. Le préfet Haussmann valide l'entreprise par un arrêté du 19 juin 1863. Le chantier débute en 1866 par l'édification d'une tour de forage en bois. Le forage est interrompu en 1872 à 532 mètres pour ne reprendre qu'en 1893. L'eau jaillit enfin en 1903, à une profondeur de 582 mètres et une température de 28°C. À ce moment, l'eau courante s'est généralisée dans les habilitations et la Bièvre a disparu. Que faire de cette eau ? En 1908, la municipalité aménage des petits bains-douches qui préfigurent en 1924, la piscine de la Butte aux Cailles et son annexe de vastes bains-douches. Retrouvez l'article à ce sujet ici.



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie. 

Bibliographie
Le guide du promeneur 13è - Gilles-Antoine Langlois - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme