Cinéma : Pas de... quartier, de Paul Vecchiali - Avec Mona Heftre, Ugo Broussot, Franck Libert, Benjamin Barclay

 

A Ramatuelle, Adolphe vit avec Anastasia, sa mère invalide, une ancienne cantatrice au caractère bien trempé, dont il prend soin en fils dévoué. Chanteur, sa carrière peine à décoller. A la suite d’une audition réussie, il intègre la troupe du cabaret transformiste de la flamboyante Mimosa. Désormais, chaque soir, il se produit sur scène, son espace de liberté, sous les atours d’Annabella, strass et parure de plumes. La représentation au cours de laquelle l’artiste dévoile ses fesses rencontre un vif succès. Le maire s’enthousiasme pour le dynamisme du nouveau cabaret mais le conseil municipal semble plus réfractaire. Le groupe conservateur mené par le jeune Christian, dont l’homophobie dissimule son incapacité à assumer sa propre attirance pour les hommes, s’insurge contre le caractère immoral de cet établissement. Membre du conseil, Alexandre qui a vécu une histoire avec Adolphe, tente d’aider son ancien amant. Des hommes de main patibulaires, débauchés dans un groupuscule extrémiste, sont engagés afin de saboter le spectacle.







Fable musicale, film parlé-chanté, « Pas de… quartier » s’ancre dans la réalité de l’époque en empruntant des chemins oniriques détournés. Cette romance mélancolique, poétique et politique, véritable oeuvre militante, invite à aimer, à se révolter, à s’engager pour la solidarité et la défense des droits des homosexuels. Le réalisateur Paul Vecchiali, jeune homme de quatre-vingt-onze printemps, figure de proue d’un certain cinéma indépendant, oscille constamment entre raffinement et trivialité, fantaisie et réalisme. Avec fougue, il questionne dans un récit doux-amer le retour d’un certain ordre moral, la tentation de la censure et la menace de l’extrême droite dédiabolisée. « Pas de… quartier » dénonce la résurgence des idées extrémistes, la montée de l’intolérance et de la violence.  

Economie de moyens, dispositif quasiment théâtral et esthétique rétro, les scènes comme des tableaux s’éclairent de couleurs acidulées. Philippe Bottiglione, le chef opérateur a imaginé des jeux de lumière qui retranscrivent les états d’âme des protagonistes. Les stridences ponctuelles du carmin évoquent parfois la passion du « Querelle » de Rainer Werner Fassbinder. Et les pastel convoquent le souvenir des mélodrames chantés de Jacques Demy.  Les paroles signées Paul Vecchiali sur la musique de son complice Roland Vincent parlent d’émancipation avec une rare liberté de ton et un sens certain du décalage. Plus importantes que les dialogues classiques très succincts, expression de l’intériorité, elles expriment les sentiments, révèlent les jeux de masques et de travestissements, pleurent les amours contrariées, célèbrent le désir.





Les comédiens mettent leur interprétation sensible et juste au service des dialogues et monologues chantés, magnifique Mona Heftre dans le rôle d’Anastasia, émouvant Hugo Broussot dans celui d’Adolphe. Particulièrement savoureux, Jérôme Souberyrand incarne une Mimosa, la patronne du cabaret, philosophe et gouailleuse. Paul Vecchiali prête ses traits au maire avec une jovialité délicieuse. Ode au spectacle, au jeu, à l’art de l’illusion scénique et à l’amour, « Pas de… quartier » déconstruit les passions toxiques avec panache. De la sphère privée, à la scène jusqu’à l’espace public de la ville, l’engagement de l’artiste semble, de nos jours, de plus en plus essentiel.

Pas… de quartier, de Paul Vecchiali
Avec Mona Heftre, Ugo Broussot, Franck Libert, Benjamin Barclay, Jérôme Soubeyrand, Marilyn Lattard, Marie-Christine Hervy
Sortie le 27 avril 2022