Lundi Librairie : Olympe, mauvaise graine - Marine Westphal

 


Trouvée bébé dans un carton d’appareils photo de la marque Olympus, elle a été baptisée Olympe par Luis, le taulier d’une drôle d’institution. Au Dépôt, centre de trafics louches, il recueille les orphelins tombés du ciel. Il entraîne des escadrons d’enfants voleurs, contraints à la rapine pour se nourrir et survivre. Apprentissage précoce du crime et du vice. Olympe, désormais une douzaine d’années, travaille en tandem avec Mineur, adolescent un peu plus âgé. Débrouillarde, habile, elle commet ses larcins dans des petits commerces du quartier. Elle rafle efficacement quincailleries, épiceries, bazars. Elle fréquente même sporadiquement l’école. Et Roberto le rat lui tient lieu d’animal de compagnie. Avec ses compagnons d’infortune, elle mène une vie sans heurt, presque paisible jusqu’au jour où Luis est renversé par le Marquis, chef d’une bande rivale qui prend le contrôle du Dépôt. Les gamins passent sous la coupe de ce caïd bien plus redoutable, qui multiplie les sévices envers ces nouveaux protégés, et abuse de Mineur. La mort rôde, la violence règne. Les privations viennent à bout de la solidarité et les trahisons se multiplient. Olympe endure tout jusqu’à la rupture. Elle provoque sa propre arrestation dans l’espoir d’échapper au Marquis. Molestée par un policier lors de l’interrogatoire, elle se retrouve à l’hôpital. Là elle fait la connaissance d’un homme étrange, soigneur de plantes itinérant, lui-même atteint d’un mal incurable qui le transforme lentement en bois. Dans un van partiellement transformé en serre, ils s’enfuient ensemble vers la côte et l’océan. Olympe trouve un travail de plonge dans un restaurant de poisson pour subvenir à leurs besoins.

Fable contemporaine très noire, le récit initiatique imaginé par Marine Westphal s’ancre dans un monde familier où le réalisme magique enchante un quotidien particulièrement sombre. Ce conte cruel, aussi poétique que déroutant, baigne dans des atmosphères étranges à la Jeunet et Caro. La fantaisie à l’oeuvre, perturbations légères, convoque les fantômes de Boris Vian, « L’écume des jours ». La bande d’enfants voleurs, victimes de mauvais traitements, évoque « Oliver Twist » de Charles Dickens, la gouaille de la petite Olympe celle de la Zazie de Queneau.

Marine Westphal cultive le flou cadrant sa narration dans une temporalité imprécise, une époque indéterminée dont la technologie rappelle celle des années 1970-80. Elle s’empare de thématiques sociales fortes, le travail des sans-papiers, le destin des orphelins migrants, les violences policières pour les décrypter toujours avec un décalage léger. 

La romancière traduit la vision du personnage principal, la candeur de l’enfance. Olympe, gamine lumineuse, anticonformiste, est confrontée à un monde âpre d’adultes qui l’exploitent sans pitié. Démunie, son inconscient prend la relève et enjolive la réalité pour la rendre supportable. L’intrusion du fantastique, les péripéties rocambolesques sont le fruit d’une psyché tendre et rêveuse. 

Au fur et à mesure qu’Olympe grandit, la magie disparaît, le mystère s’efface. L’imaginaire cesse d’entretenir l’illusion qui voilait le trauma des abus, de la violence, de l’abandon. Dans une quête désespérée de liberté, espoir d’une vie nouvelle, elle s’émancipe pour tenter de vivre ses rêves. Récit d’apprentissage, grinçant, tendre, mélancolique.

Olympe, mauvaise graine -  Marine Westphal - Editions Stock