Expo Ailleurs : Les jardins secrets de Théophile Alexandre Steinlen, de Montmartre à la Vallée de l'Oise - Château d'Auvers - Jusqu'au 18 septembre 2022

 

A l’occasion d’une riche exposition monographique, « Les jardins secrets de Théophile Alexandre Steinlen, de Montmartre à la Vallée de l’Oise », l’Orangerie du Château d’Auvers rend hommage à l’artiste suisse naturalisé français, chroniqueur du quotidien populaire, passionné de jardins, amoureux des félins. Auteur de l’affiche emblématique, La Tournée du Chat Noir réalisée en 1896 pour le cabaret de Rodolphe Salis, Steinlen (1859-1923), s’y révèle sous un jour inédit. Dessins, gouaches, pastels, eaux-fortes, lithographies, sculptures, peintures à huile sont issus, prêts exceptionnels, du musée Daubigny, du musée de Vernon ainsi que de collections privées. Proche des grandes figures de la bohème montmartroise, Théophile Alexandre Steinlen croque la société et ses mutations, scènes de rue, portraits d’anonymes, célébration des petits métiers, sans pour autant tomber dans l’angélisme. Il documente la misère, la mendicité, la prostitution, l’alcoolisme qui rongent les classes les plus modestes frappées par les inégalités sociales. A travers une variété étonnante de sujets, l’oeuvre de Steinlen témoigne d’un engagement politique en plein « âge du papier », tandis que les journaux foisonnent. Dessinateur de presse, il collabore avec les grands périodiques tel que le Gil Blas illustré, exécute des caricatures pour les revues L’Assiette au beurre, Le Rire, Le Mirliton, fonde Les Humoristes en 1911 avec Jean Louis Forain et Charles Léandre. Son style marque l’esthétique graphique de l’époque. La réclame et les affiches publicitaires connaissent un essor inédit. L’événement qui se déroule au Château d’Auvers éclaire un pan méconnu de son travail, la place centrale des œuvres consacrées à la nature, des paysages de sa Suisse natale, au Vexin jusqu’aux collines de Norvège.  L’exposition « Les jardins secrets de Théophile Alexandre Steinlen, de Montmartre à la Vallée de l’Oise » célèbre l’éclectisme d’un artiste prolifique, humaniste au regard profondément empathique. 












Né à Lausanne en 1859, Théophile Alexandre Steinlen, rejeton de la bonne société suisse, s’initie à l’art aux côtés de son grand-père, professeur de dessin à Vevey. Destiné à devenir pasteur, il étudie la théologie durant deux ans avant de s’éveiller aux luttes de classe de son époque. « À quoi bon prêcher ? Le monde ne va pas ainsi qu’il devrait être. Il faut agir. » En 1879, Steinlen se tourne vers une carrière alternative. Il se forme au dessin d'ornement industriel à Mulhouse, chez Schoenhaupt, dessin textile et peinture sur porcelaine. Marqué par la lecture de « L’Assommoir » d’Emile Zola, il rejoint Paris en 1881 avec son épouse Emilie. En autodidacte, il tente sans succès le concours des Beaux-Arts. Ses premières œuvres refusées dans les salons, il participe à expositions collectives en galerie, organisées par les éditeurs de ses estampes. 

Théophile Alexandre Steinlen s’installe à Montmartre en 1883, Allée des Brouillards au cœur du maquis de la bohème. Son ami Adolphe Willette (1857-1926) affichiste, lithographe, décorateur, lui présente Rodolphe Salis (1851-1897), le fondateur du Cabaret le Chat Noir. Les rencontres artistiques y sont déterminantes : Aristide Bruant chansonnier et écrivain, Paul Delmet chanteur et compositeur, Henri Rivière directeur artistique du théâtre d'ombres du Chat noir de 1886 à 1897. Steinlen fréquente Charles Léandre illustrateur, dessinateur, caricaturiste, les peintres Félix Vallotton, Antonio de la Gandara et Henri de Toulouse-Lautrec, les écrivains Alphonse Allais, Anatole France.

En 1893, il expose au Salon des indépendants, puis, régulièrement, au Salon des humoristes. Ses dessins paraissent dans le Gil Blas illustré, supplément hebdomadaire du quotidien Gil Blas, les revues satiriques L’Assiette au beurre, Le Mirliton. Il illustre les partitions des chansons populaires de ses amis. Ses gouaches accompagnent les textes des « Soliloques du pauvre » de Jehan Rictus 1897, le recueil pamphlet humoristique « Contre les chiens » d’Alphonse Allais, la nouvelle « L’affaire Crainquebille » d’Anatole France.  












Ses œuvres plus personnelles ont pour modèle les membres de son cercle familier, sa fille Colette, Anatole France, Masseida, sa muse, Suzanne Valandon, George Clemenceau. Elles révèlent une certaine intimité. Sa toute première exposition monographique se tient à la Bodinière en 1894. Steinlen compose des scènes de la vie populaire. Il capte l’air du temps de cette fin de siècle bouillonnante, période charnière. Amoureux des animaux, il accueille près d’une vingtaine de chat dans son atelier de la rue Caulaincourt, surnommé Cat’s Cottage. Le petit félin, son animal fétiche, devient l’un des symboles de Montmartre, associé à la vie de bohème, à la femme. Le monogramme de Steinlen s’inspire de la silhouette stylisé d’un chat. Epure du trait, éclat des couleurs, abondance des fleurs, l’artiste puise des motifs marquants dans la lignée esthétique du japonisme. 

De sensibilité socialiste anarchiste, Théophile Alexandre Steinlen s’engage au cœur de Montmartre dans une chronique sociale qui rend compte des luttes à soutenir, de l’urgence des réformes. Bals populaires, scènes de rue, il croque des dessins rapides, sans repentirs, pour mieux capter le mouvement de la vie. Son travail, véritable manifeste de la condition ouvrière, prend la défense des opprimés et rend compte des révoltes populaires, comme de la gouaille de ceux privés de parole. Steinlen représente les ouvriers, les cheminots, les terrassiers, les charpentiers, les maçons. Il s’intéresse aux petits métiers de la rue, aux colporteurs, aux vendeuses des quatre saisons. Il portraiture les blanchisseuses, les midinettes, les modèles des peintres de la Butte mais également les miséreux, les mendiants, les enfants des rues, les prostituées. Il dessine le revers du Paris idéal, brillant et luxueux de la Belle Epoque. Et ne cesse de s’engager politiquement, dans les défilés, dans les journaux anarchistes comme La feuille de Zo d’Axa, dans la défense du capitaine Dreyfus. 

Correspondant durant la Première Guerre Mondiale, de 1915 à 1918, Théophile Alexandre Steinlen, se rend auprès des soldats dans les tranchées, sur les routes avec les réfugiés. Il saisit la souffrance, la lassitude, les désillusions, l’intimité de la réalité. 












La dernière étape de l’exposition qui se tient au Château d’Auvers illustre la passion de l’artiste pour les paysages. Ceux de sa Suisse natale, vues du lac Léman et de Belmont, montagnes de Vevey, nature préservée de la Norvège où il séjourne quelques mois en 1901 chez son ami Bjornstjerne Bjornson, romancier et dramaturge. L’événement souligne l’importance de la Vallée de l’Oise comme foyer artistique des impressionnistes. Steinlen se rend régulièrement à Jouy-le-Moutier, petit village du Vexin où sa fille réside. Il développe une passion pour le jardinage à l’instar de Claude Monet et Gustave Caillebotte. Steinlen dessine les jardins de Jouy-la-Fontaine et, de 1906 à 1920, tient un journal de la création des parterres, multipliant les croquis de dahlias, d’anémones, et de roses ses fleurs fétiches.  

Collectionné par Paul Villeboeuf, le colonel Sicklès, Théophile Alexandre Steinlen dévoile ici une facette méconnue de sa pratique artistique. Passionnant !

Les jardins secrets de Théophile Alexandre Steinlen de Montmartre à la Vallée de l’Oise
Jusqu’au 18 septembre 2022

Château d’Auvers
rue François Mitterrand - 95430 Auvers-sur-Oise
Tél : 01 34 48 48 48
Horaires : Du mardi au dimanche et les jours fériés de 10h à 18h