Expo Ailleurs : Les dessins orientalistes du Musée Condé - Cabinet d'arts Graphiques du Château de Chantilly - Jusqu'au 29 mai 2022

 

Au XIXème siècle, l’intérêt croissant pour les cultures du pourtour méditerranéen en Europe occidentale annonce l’essor de l’orientalisme. Les artistes manifestent une attirance pour un Orient fantasmé, souvent sans avoir jamais eux-mêmes voyagé. Ils développent des motifs récurrents exotiques, propres à frapper les esprits, paysages pittoresques, harems, bains turcs, cavaleries, fantasias, caravaniers. A partir des années 1830, alors que les états européens cherchent à étendre leurs territoires et mènent des campagnes militaires colonialistes, les peintres rejoignent les expéditions à l’instar des scientifiques, ingénieurs, linguistes, archéologues. Les jeunes artistes délaissent la formation classique en en Italie, où ils étudiaient l’Antiquité gréco-romaine et des maîtres de la Renaissance, pour des destinations inédites. Ils trouvent, attirés par la lumière, les couleurs, l’exotisme, de nouvelles sources d’inspiration au Proche-Orient et en Afrique du Nord. Cinquième fils du roi Louis-Philippe, chef militaire, Henri d’Orléans (1822-1897), duc d’Aumale, s’illustre très jeune à l’occasion des campagnes de colonisation de l’Algérie. La prise de la Smalah, la capitale nomade de l’émir Abd el-Kader (1808-1883), bataille menée en mai 1843 annonce un cap important de sa carrière. En 1847, à seulement vingt-cinq ans, il devient gouverneur général d’Algérie. Grand collectionneur d’art, il réunit un corpus important d’oeuvres orientalistes signées Decamps, Dauzat, Marilhat, Delacroix, Fromentin. À l’occasion du bicentenaire de la naissance du duc d’Aumale, le musée Condé rend hommage au dernier propriétaire de Chantilly lors de divers événements. Jusqu’au 29 mai, une exposition présente les plus beaux dessins orientalistes de sa collection dans les espaces du Cabinet d’arts graphiques. 











Le parcours chronologique et thématique de l’exposition « Dessins orientalistes du Musée Condé » éclaire la démarche particulière des artistes engagés dans cette thématique. Il souligne avec finesse l’oscillation constante entre Orient rêvé à la lisière parfois de la caricature et vision brutalement réaliste de territoires de conquêtes militaires,  par les batailles. Dans leur quête esthétique, recherche d’un pittoresque propre à flatter le regard occidental, ils s’appliquent à reproduire les mêmes motifs : cavalcades, fantasias, ruelles étroites des cités orientales, caravaniers, portraits de femmes, plutôt issues les communautés juives, les femmes musulmanes restant inaccessibles. Le Cabinet d’arts graphiques de Château de Chantilly expose un ensemble de dessins fascinants à la fois très personnelles et pas dépourvues de ces stéréotypes.

L’aube de l’orientalisme, mouvement littéraire et artistique, débute dès la Renaissance italienne durant laquelle cette thématique inspire Gentile Bellini (1429-1507), Vittore Carpaccio (1465-1525). En France, les peintres empruntent aux épisodes bibliques pour évoquer un Orient antique. La traduction française des « Contes des Mille et une nuits » en 1711 puis « Les lettres persanes » de Montesquieu en 1721, illustrent les prémices d’une mode, d’une tendance à venir.

La campagne d’Egypte de Bonaparte en 1798, échec militaire, sera en revanche un terreau culturel fertile. L’expédition scientifique qui accompagne le futur empereur, réunit ingénieurs, archéologues, linguistes,, se propose de mener une étude encyclopédique du pays. Elle favorise la publication de la « Description de l’Egypte », engendre la création de l’égyptologie et conduit au déchiffrement des hiéroglyphes par Champollion. 

Le récit de voyage de Chateaubriand, « Itinéraire  de Paris à Jérusalem » publié en 1811, les écrits de Lord Byron, inspirent les romantiques. Jusque-là la plupart des artistes s’intéresse aux motifs orientalistes sans pour autant avoir voyagé. La guerre d’indépendance grecque 1821-1829 marque le début d’un effondrement progressif de l’Empire Ottoman et de son démantèlement. Les puissances européennes se saisissent de l’occasion pour poser les bases d’un nouveau colonialisme en Afrique du Nord et au Proche-Orient. La France se lance à la conquête de l’Algérie. A partir de 1830, les artistes s’embarquent pour la Méditerranée aux côtés des expéditions scientifiques, militaires, à la suite des armées colonisatrices, des diplomates, des savants.











Le courant orientaliste se développe en parallèle avec le mouvement romantique sans pour autant  trouver symbiose. Au-delà du style, il s’inscrit plutôt comme une thématique. Il traverse les mouvements, les sensibilités et rassemble sous un même vocable des artistes aussi différents qu’Eugène Delacroix, Prosper Marilhat, Alexandre-Gabriel Decamps. 

Au fil de l’exposition, les œuvres présentées d’Alexandre-Gabriel Decamps (1803-1860), maître de l’orientalisme auquel le duc d’Aumale apportera son soutien en mécène, révèlent l’importance dans sa démarche plastique du voyage en Turquie qu’il effectua en 1828. Son contemporain Prosper Marilhat (1811-1847) dessine sans relâche les paysages égyptiens, fasciné par la beauté désertique. Cet intérêt pictural croissant pour l’orientalisme pousse Eugène Delacroix (1798-1863) à réaliser plusieurs tableaux d’inspiration orientaliste sans jamais s’être rendu sur les rives de la Méditerranée. En 1832, il se rend finalement au Maroc, une expérience au cours de laquelle il produit de nombreux carnets de voyage. Dessins, aquarelles, esquisses, croquis qu’il réalise à cette occasion l’inspireront tout au long de sa carrière. Le château de Chantilly conserve dans ses collections l’un des célèbres albums de l’artiste.

Le Proche-Orient devient incontournable dans les arts, comme en littérature à partir des années 1850 : Salammbô de Gustave Flaubert en 1862, Le roman de la momie de Théophile Gautier en 1858, Voyage en Orient d’Alphonse de Lamartine en 1835, Voyage en Orient de Gérard de Nerval en 1851. Horace Vernet (1789-1863), peintre favori de Louis-Philippe, se fait reporter de guerre avant l’heure et documente par ses dessins la conquête militaire de l’Algérie. Une copie de la célèbre toile d’Alfred Decaen (1820-1902) "La prise de la Smalah d’Abd el-Kader par le duc d’Aumale » ponctue le parcours. L’original déployé sur une surface de 100m2 est conservé dans les collections du Musée de l’Histoire de France de Versailles.

Les dessins orientalistes du musée Condé 
Jusqu’au 29 mai 2022

Cabinet d'arts graphiques du Château de Chantilly
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