Paris : 97-99 rue Réaumur, modernité timide et programme décoratif éclectique - IIème

 

L’immeuble du 97-99 rue Réaumur, édifié en 1900 par les architectes Philippe Jolivald et Charles Devillard, surprend du fait de sa disposition originale. Au rez-de-chaussée deux ouvertures en plein cintre ont été pensée afin d'établir l’une des rares bouches de métro en pied d’immeuble de Paris, un accès dit en boutique à la station Sentier. Malgré la modernité de la structure métallique, en grande partie habillée de pierre, le style général du bâtiment d’inspiration Beaux-Arts demeure classique, sans réelle prise de risque. Les vastes baies vitrées à arcatures surbaissées dominent la façade distribuée sur cinq travées. La fonte marque de son empreinte les étages aux huisseries métalliques surmontées de pilastres légers à chapiteaux corinthiens. Soubassements et bow-windows latéraux lorgnent du côté d’une audace timide. Les balcons galbés du premier étage et le balcon filant en attique à ferronnerie ouvragée évoquent plutôt l’architecture haussmannienne normalisée. Oriels enrichis d’un cartouche, guirlandes de feuillages, consoles aux stalactites, sévères têtes féminines et masculines exécutées sans finesse, le programme décoratif appliqués aux frontons, médaillons, mascarons, consoles, évoque le foisonnement d’un éclectisme tardif.







La rue Réaumur, séquence homogène de façades monumentales tranche dans l’originalité de ses propositions inédites tranchent avec l’uniformité de l’architecture haussmannienne. La rupture avec ces contraintes particulières, amorcée dès 1882, prend de l’ampleur tandis que s’assouplit le règlement d’urbanisme. La rue Réaumur est percée à partir de 1895 entre les rues Saint-Denis et Notre-Dame-des-Victoires. Le projet initial, formulé dès 1864, dans la lignée directe des grands travaux d’Haussmann, est repoussé avant une réalisation tardive au cours de la IIIème République. 

La voie est inaugurée en 1897 par le président Félix Faure. La période de construction ramassée induit une certaine cohérence, malgré les libertés, fantaisies pittoresques, éclectisme tardif. Les hybridations architecturales sont rendues possibles grâce aux innovations techniques et à la créativité de nouveaux venus ambitieux, désireux de se faire remarquer. Béton armé, structure métallique assumée apparente ou dissimulée sous un parement de pierre, vastes surfaces vitrées, il s’agit de s’émanciper d’un modèle jugé trop uniforme. La libéralisation des lignes préfigure les mouvements modernes à venir.  







La fin du XIXème siècle et le début du XXème marquent une période de transition dans l’évolution du paysage urbain. La nouvelle rue Réaumur devient un laboratoire d’expérimentations formelles. Le Concours de façades de la Ville, lancé en 1897, tout d’abord circonscrit à la rue Réaumur, s’étend à l’ensemble de Paris à partir de 1898. Chaque année six façades sont distinguées. Il suscite un enthousiasme pas désintéressé de la part des architectes et des propriétaires. Pour les premiers, le prestige de la médaille d’or offre une excellente publicité pour leur agence, sans compter la prime non-négligeables de 1000 francs. Les seconds voient leur intérêt dans les dégrèvements importants associés aux prix. Les immeubles récompensés sont exonérés de la moitié des droits de voirie relatifs aux bâtiments neufs. Ainsi pour édifier leurs immeubles à vocation industrielle ou commerciale, les entreprises du textile, de la presse font appel aux architectes les plus innovants. Une façon d’asseoir leur réputation tout en obtenant des réductions d’impôts. 

97-99 rue Réaumur - Paris 2

Bibliographie
Le guide du promeneur 2è arrondissement - Dominique Leborgne - Parigramme
Paris - Mille Monuments - Kathy Borrus - Editions Menges

Site référent
Plan local d'urbanisme
PSS Archi
Inha