Cinéma : Gogo, un documentaire de Pascal Plisson


 Priscilah Sitienei, que tout le monde appelle « Gogo », c’est à dire « Grand-mère », a quatre-vingt-quatorze ans. Elle est en dernière année de l’école primaire, ce qui fait d'elle la plus vieille écolière au monde, et compte bien obtenir son examen de fin de cycle. Née en 1923 au Kenya, alors colonie de l’Empire britannique, Gogo n’a pas eu accès à l’éducation principalement réservée aux garçons. Tandis qu’ils étudient, les filles gardent les troupeaux. Elles se familiarisent avec les tâches ménagères, apprennent les gestes du quotidien, cuisiner, s’occuper des plus petits, avant de se marier très jeunes.  Vachère dans une ferme appartenant à des Anglais dont elle ne parle pas la langue, Gogo épouse un berger. Ils ont trois enfants. Précocement veuve, Gogo devient accoucheuse auprès des villageoises de la région qui n’ont pas les moyens d’être suivies par un médecin. En 2014, malgré les changements survenus dans la société kenyane, Gogo découvre que parmi ses cinquante-quatre petits-enfants, six fillettes ne vont pas à l’école. Elle s’engage pour la scolarisation des filles dont elle devient la porte-parole en s’inscrivant à la Leaders Vision Primary School, petite institution privée accueillant trois-cent-vingt-trois élèves. Gogo compte frapper les esprits par son exemple et susciter une prise de conscience nécessaire. Malgré les difficultés, elle est déterminée à apprendre à lire, à écrire mais également à s’initier au calcul et à l’anglais. La vieille dame dans son uniforme vert devient rapidement la mascotte de l’école tandis qu’en parallèle, elle initie un grand projet, la construction d’un dortoir pour les filles.






Pascal Plisson, réalisateur de « Sur les chemins de l’école », César du meilleur documentaire 2014, signe un portrait de femme lumineux, grand public, destiné aux plus jeunes. Par le biais de ce long-métrage empathique, véritable aventure humaine, le cinéaste rend compte d’un engagement pour l’éducation des filles. Il ne s’appesantit pas sur la dimension politique du sujet, la colonisation, la soumission des femmes au patriarcat, ni sur les décrochages de parcours, les grandes douleurs vécues par Gogo.

Sensible aux problématiques liées à la scolarité, lui-même a quitté l’école à l’âge de quinze ans, Pascal Plisson s’attache au quotidien d’une écolière singulière, nonagénaire au caractère bien trempé, espiègle et déterminée. Gogo parle le nandi, l’un de ses petits-fils joue les traducteurs. Elle est issue de la tribu des Kalendjins, réputée pour ses grands marathoniens et la remarquable longévité de ses membres. Deux de ses frères sont déjà centenaires. 



Dans la splendeur des paysages du Masaï Mara, Pascal Plisson révèle toute la fantaisie de cette femme malgré ce corps fatigué, la solitude, les secrets d’un long cheminement, la frustration personnelle de n’avoir pas eu accès à l’enseignement. Le documentaire suit le rythme de la vie scolaire durant une année pour mieux évoquer un destin et cette ultime démarche dont le but véritable est de convaincre les parents de la région d’inscrire leurs filles à l’école. Le message bienveillant insiste sur l’importance de l’éducation, l’acceptation des différences, le désir d’émancipation, l’égalité entre les sexes. L’évidence de l’entraide entre les générations, Gogo soutenue par les élèves, les professeurs, est particulièrement touchante.

L’engagement de Gogo et de Pascal Plisson se prolonge au-delà du film qui a notamment aidé à financer le dortoir pour les filles. Le réalisateur a fondé à l’occasion de la réalisation l’ONG Haussmann Partage, laquelle a permis de réunir les fonds afin de créer sous la houlette de Gogo un dispensaire destiné à accueillir de jeunes mères rejetées par leurs familles.

Gogo, un documentaire de Pascal Plisson
Sortie le 1er septembre 2021