Paris : Fontaine Molière, un hommage monumental au grand dramaturge à l'angle des rues de Richelieu et Molière - Ier

 

La fontaine Molière, située au 37 rue de Richelieu, à deux pas de la Comédie française célèbre le génie de Jean-Baptiste Poquelin, grand dramaturge national plus connu sous le nom de Molière (1622-1673). Inauguré le 10 janvier 1844, le monument n’est toujours pas inscrit aux Monuments historiques malgré l’attachement des Parisiens à cet hommage. En 1838, lorsqu’une ancienne maison est rasée au carrefour des rues de Richelieu et Molière, la création d’une fontaine est envisagée. L’ouvrage inédit remplacerait une construction plus ancienne, fontaine du XVIIème siècle, édifiée en 1671, dite de l’Echaudé-Richelieu. Cette dernière a été détruite en 1830 car elle perturbait la circulation croissante aux alentours du Palais Royal. François Joseph Regnier (1807-1885) sociétaire de la Comédie française relance alors l’idée d’un monument hommage à Molière. Jusqu’alors, peu de personnalités civiles sont représentées dans l’espace public, privilège des souverains et des chefs de guerre. Le caractère d’utilité publique de la fontaine donne plus de poids à l’entreprise. Une souscription nationale lancée par l’Académie française, finance le projet. La fontaine est érigée à deux pas de l’ancien domicile du dramaturge, situé 40 rue de Richelieu, lieu où il est décédé le 17 février 1673, vers 22h, au sortir d’une représentation du « Malade imaginaire ». Représentation au cours de laquelle il avait fait un malaise. Contrairement à la légende, le dramaturge n’est pas mort sur scène mais chez lui, des suites d’une « fluxion de poitrine », une pneumonie ou une pleurésie. 








En 1841, les plans de la future fontaine Molière sont confiés à Louis Visconti (1791-1853), architecte très en vogue sous la Monarchie de Juillet, auteur notamment de la fontaine Saint Sulpice et certaines nouvelles ailes du Louvre. Il imagine un monument dans le pur style Louis-Philippe. Le massif comprend un château d’eau ainsi qu’un logement destiné au fontainier. Le chantier mené par Antoine Vivenel (1799-1853), entrepreneur et architecte, débute en 1841 et s’achève en 1844.

Un « Génie » potelé, couronnes de laurier à la main, placé sur une sorte de guirlande, domine le portique à fronton massif, richement orné. Dans la niche monumentale trône une statue de bronze, oeuvre de Bernard Seurre (1775-1852), auteur du Napoléon situé dans la cour des Invalides. La sculpture s’inscrit dans la lignée des représentations académiques voire conventionnelles en accord avec l’époque. Elle a depuis inspirée de nombreux artistes en mal d’imagination. La réalisation du bronze a été confiée à la fonderie Eck & Durand. Très remarqué en 2017, au premier salon Fine Arts Paris au Palais Brongniart, l’original en plâtre de ce « Molière assis en méditation », a rejoint les collections publiques du Musée Carnavalet en avril 2021. 








Deux allégories en marbre, signées James Pradier (1792-1852), encadrent le piédestal de la fontaine. « La Comédie sérieuse » est accoudée rue Molière. « La Comédie légère » vers la rue de Richelieu emprunterait ses traits à Louis Pradier, épouse de l’artiste. Ces figures d’un maniérisme discret, beaux drapés, impression de mouvement, tiennent en leur main un parchemin sur lequel apparaissent les titres des pièces de Molière. La vasque semi-circulaire était alimentée en eau par des mascarons à tête de lion mais la fontaine ne semble plus en état de fonctionnement. Elle aurait besoin comme le suggèrent les filets de protection placé le long de la façade d’une rénovation. L’ouvrage n’est pas inscrit aux Monuments historiques. 

Fontaine Molière
Angle rue de Richelieu et rue Molière - Place Mireille - Paris 1

Bibliographie
Paris de fontaine en fontaine - Jacques Barozzi - Parigramme
Guide des statues de Paris - Georges Poisson - Les guides visuels Hazan
Le guide du promeneur 1er arrondissement - Philippe Godoÿ - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette