Paris : 32 rue Eugène Flachat, la Maison Dumas, un hôtel particulier polychrome signé Paul Sédille, céramique turquoise, briques rouges et citrons de Sorrente - XVIIème

 

Au 32 rue Eugène Flachat, la Maison Dumas fait de l’ombre aux hôtels particuliers voisins. Sa fantaisie colorée accapare toute l’attention. Le revêtement turquoise de faïence rutilante contraste joyeusement avec la brique rouge. La frise de l’archivolte en carreaux de céramique déploie de somptueux motifs méditerranéens, branches de citronnier de Sorrente chargées de fruits. L’architecte Paul Sédille (1836-1900), auteur de l’édifice, a fait appel au céramiste Jules Loebnitz, son collaborateur de longue date, afin de réaliser ensemble cette remarquable façade. Lorsque la rue Eugène Flachat est créée en 1879, François Guillaume Dumas (1847-1819), journaliste, critique d’art et écrivain, fait l’acquisition d’un terrain vierge qui court entre la nouvelle voie et le boulevard Berthier. Il souhaite que sa demeure reflète son succès et son goût pour la modernité esthétique. Paul Sédille, ses idées innovantes, ses expérimentations ambitieuses, apparaît comme l’homme providentiel. 











Le permis de construire du 32 rue Flachat est délivré le 15 février 1892. Paul Sédille imagine pour François-Guillaume Dumas une bâtisse sur trois étages dont le riche programme décoratif embrasse pleinement la polychromie monumentale dont il est l’ambassadeur le plus fervent. L’association de briques vernissées vertes et de briques rouges illustre ses propres principes créatifs. Il en va de même pour les références à la Renaissance italienne, bossages, fenêtres groupées en plein cintre, bas-relief représentant une femme nue et un putto. 

Un tympan triangulaire surmonte la porte d’entrée. Au premier étage, une frise d’iris souligne le balcon en encorbellement et fenêtre à meneau. Des pilastres à chapiteaux simples séparent les trois fenêtres du troisième. Sur le revers de la construction, côté boulevard Berthier, Sédille a repris le même programme coloré, le fleurissant d’iris, de muguet et de chardon. Les bow-windows incarnent l’élément moderne.




L’âge d’or de la céramique consacre le travail de la Grande Tuilerie d’Ivry, celui de la Faïencerie Boulenger de Choisy-le-Roi. Et celui de Jules Loebnitz (1836-1895). Ce visionnaire se consacre à partir de 1860 à la céramique architecturale. La manufacture Pichenot-Loebnitz détient depuis 1944 le brevet de la faïence ingerçable, procédé qui préserve l’émail des craquelures, assure des couleurs vibrantes et un brillant pérenne de la matière. Destiné aux cheminées et aux revêtements d’intérieur, le faïencier adapte la technique aux décors monumentaux de l’architecture. Il séduit Viollet-le-Duc, Charles Garnier, Juste Lisch… 

Bientôt, il entame une collaboration très fertile avec Paul Sédille, chantre de la polychromie architecturale, grâce au recours à la céramique. Ensemble ils réalisent la porte des Beaux-Arts distinguée par une médaille d’or lors de l’Exposition Universelle de 1878. Ils imaginent des pavillons pour les suivantes, des immeubles d’habitation, des villas, des hôtels particuliers et des monuments commémoratifs. Loebnitz confie à l’architecte la réalisation de la faïencerie de la rue Pierre-Levée. Sédille fait appel à Loebnitz lorsqu’il est chargé de reconstruire le grand magasin du Printemps le long du boulevard Haussmann.










Sédille grand voyageur s’inspire de la modernité de Londres ou de Vienne, prend goût à la polychromie en Espagne. Partisan du réalisme architectural inspiré par Gottfried Semper (1803-1879), il célèbre les proportions harmonieuses de la Renaissance italienne. La technique appliquée à un matériau doit se faire dans l’accomplissement d’une fonction. Au principe artistique fondamental qui le meut, il souhaite associer les aspects techniques et constructifs. La forme constructive et la forme symbolique incarnent les deux faces indissociables de sa pratique. La richesse de son oeuvre illustre son goût de l’expérimentation. En associant la céramique avec les autres matériaux, il cherche l’équilibre esthétique, l’harmonie notamment des couleurs.

La mode de la céramique architecturale prend fin à la suite du krach de Wall Street en 1929. Les principales manufactures de la région parisienne ferment leurs portes durant les années 1930.

Maison Dumas
32 rue Eugène Flachat / 51 boulevard Berthier - Paris 17

Bibliographie
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit
Le guide du promeneur 17è arrondissement - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme

Sites référents