Cinéma VOD : Caramel, de Nadine Labaki - Disponible sur Arte.TV



A Beyrouth, dans un salon de beauté, cinq femmes trouvent des instants précieux de sororité. Destins contrariés, drames personnels, leur complicité leur permet d’aller de l’avant. Layale, empêtrée dans une liaison sans issu, est la maîtresse d’un homme marié. Elle assume le rôle de clandestine dans la vie de celui qu’elle aime, espérant en secret qu’il quittera femme et enfant. Nisrine, fiancée au garçon dont elle est amoureuse, s’inquiète à la veille de leur mariage. Il ne sera pas le premier. Elle n’est plus vierge et craint sa réaction. Rima tente de dissimuler son attirance pour les femmes mais une mystérieuse cliente la trouble. Jamale, ancienne starlette a renoncé à sa vocation d’actrice pour se marier. Vingt ans plus tard, elle a été plaquée pour une jeunette. Obnubilée par son âge, jouant les midinettes, elle aimerait relancer cette carrière non advenue. Rose, la voisine couturière, s’est sacrifiée pour s’occuper de sa sœur aînée atteinte de démence. Elle a renoncé à trouver l’amour mais une rencontre fortuite lui ouvre de nouveaux horizons.







Film présenté à la Quinzaine des réalisateurs à Cannes en 2007, « Caramel » a été le premier long-métrage de la réalisatrice libanaise Nadine Labaki. Dans cette fresque sociétale drôle, tendre, mélancolique, elle interprète également le rôle de Layale, symbole de la dualité de la société, femme indépendante qui vit encore chez ses parents. 

Chronique douce-amère du Beyrouth contemporain tiraillé entre tradition et modernité, Nadine Labaki souligne les contradictions sans jugement de valeur. Elle aborde les tabous de la société avec tendresse et empathie, la sexualité, les rêves d’émancipation, les préceptes religieux, le poids du patriarcat. L’universalité du propos s’incarne dans des thèmes fédérateurs, les hommes, la sexualité, la maternité, la place des femmes. La réalisatrice saisit les contradictions et les hypocrisies. Dans l’effervescence d’une société en pleine mutation, elle interroge l’identité libanaise. 

Nadine Labaki ne fait pas l’impasse sur la réalité socio-économique du pays, regard lucide porté sur une ville dévastée par des années de conflit. Sans s’y attarder, le contexte politique et social se dévoile par des images d’une pauvreté endémique, une omniprésence militaire, des infrastructures en bout de course. 




La beauté plastique des images dans le salon frappe par contraste. La lumière particulièrement soignée magnifie les actrices, leurs corps portés par une allégresse, une sensualité, une énergie. Le parfum si particulier du caramel, la préparation traditionnelle pour l’épilation, flotte sur ces atmosphères de boudoir, cocon d’intimité où les femmes dévoilent leur véritable personnalité. Les démonstrations de joie repoussent les larmes. L’institut de beauté se fait refuge contre le désespoir, les frustrations et fait renaître les espérances vivaces. 

Fixant sur la pellicule les destins qui s’entrecroisent, la cinéaste recrée un microcosme féminin chaleureux et salutaire. Ces sœurs de cœur appartiennent à différentes générations et elles sont confrontées à des problématiques différentes. Cette sorte de « Vénus beauté Institut » beyrouthin, brille par la justesse de ces portraits croisés. La réalisatrice a fait appel à des comédienne non-professionnelles, très touchantes, qui apportent spontanéité, fraîcheur à cette mosaïque vibrante. Incarnation sensible des scènes improvisées, grâce des actrices, Nadine Labaki capte des moments de grâce. Un film délicieux et tendre.
 
Caramel, de Nadine Labaki
Avec Nadine Labaki, Yasmine Al-Masri, Joanna Moukarzel, Gisèle Aouad, Siham Haddad
Sortie le 15 juillet 2007
Disponible sur Arte.TV