Paris : 14 rue d'Abbeville, un immeuble Art Nouveau signé Alexandre et Edouard Autant, une spectaculaire façade en grès flammé oeuvre d'Alexandre Bigot - Xème


Au 14 rue d’Abbeville, un immeuble Art Nouveau à encorbellements, oeuvre des architectes Alexandre et Edouard Autant, père et fils, déploie une façade spectaculaire. Haut de six étages, dessiné sur trois travées, il illustre par l’opulence de son décor en grès flammé la virtuosité du céramiste Alexandre Bigot. Le revêtement en lave émaillée appliqué sur la structure de pierre et de brique classique confère à cet édifice une esthétique singulière. Dans la directe lignée du phénomène Art Nouveau qui a connu son apogée à l’occasion de l’Exposition Universelle de 1900, le bâtiment se serait illustré à l’occasion du concours de façade organisé chaque année par la Ville de Paris, sans néanmoins être distingué d’un prix. Le permis de construire daté du 25 mai 1900 signale comme commanditaire de cet immeuble de rapport une certaine Madame Balli. La luxuriante végétation de céramique imaginée par Bigot grimpe le long de la travée centrale dans une profusion de lianes et de fleurs dont l’exotisme paraîtrait presque monstrueux. L’immeuble remarqué a fait l’objet d’une publication en 1901 dans la revue « Construction Moderne ». Façade et toiture ont été classées à l’inventaire des Monuments historiques par arrêté du 22 avril 1986.










La rue d’Abbeville, rue du Gazomètre en 1827 lors de son percement sur les terres de l’ancien clos Saint-Lazare, conduisait à la première usine à gaz installée à Paris au numéro 129 de la rue du Faubourg-Poissonnière. La seconde partie de cette voie, entre la rue de Rocroy et la rue de Maubeuge, a été ouverte par ordonnance du 3 août 1861. Sur ce tronçon, deux immeubles, le 14 rue d’Abbeville édifié en 1901 et le 16 rue d’Abbeville datant de 1899, éclairent par leur décor exubérant la diffusion de l’Art Nouveau à Paris et le renouvellement du vocabulaire plastique architectural. Etonnement, fascination, rejet, le Modern Style, déjà à son époque, ne laissait pas indifférent.

Fruit de la Belle Epoque (1890-1914), cette esthétique fin de siècle, tout en courbes et arabesques, s’inscrit dans un désir croissant d’imaginer un art total et de renverser la frontière traditionnelle entre arts majeurs et arts mineurs. Elle marque un renouveau de l’art décoratif, véritable laboratoire d’idées où la richesse de l’inspiration symboliste embrasse l’exubérance des motifs, des couleurs. L’Art Nouveau s’inspire de la flore et de la faune, fantaisie volubile à travers laquelle s’exprime une envie de liberté, d’émancipation des canons.  L’asymétrie encensée par Hector Guimard, à l’encontre du principe fondamental de l’esthétique classique, tend à renouer avec les formes de la nature. 









Ces expérimentations formelles tendent vers une harmonie moderne, anti-conservatrice. Le travail de l’artisan, alliant esthétique et utilitaire, le beau et le bon, y est pleinement valorisé. En particulier, les prouesses techniques d’Alexandre Bigot coqueluche des architectes Art Nouveau. 

Au 14 rue d’Abbeville, le décor de grès flammé du céramiste vedette attire toutes les attentions. La loggia du quatrième étage, soutenue par des colonnes doubles, est enserrée dans un garde-corps à la fantaisie débordante, sur lequel s’est glissé un couple de créatures de la nuit, un hibou et une chauve-souris. Particulièrement ouvragée, la ferronnerie qui orne fenêtre et divers balconnets déploie ses dentelles de fer forgé tandis que sur la porte d’entrée, tiges et de laines forment des motifs de cœur. Le linteau de cette dernière se pare d’un enchevêtrement de chardons. Piquant. 

Immeuble Art Nouveau 14 rue d’Abbeville - Paris 10

Bibliographie
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Le guide du promeneur 10è arrondissement - Ariane Duclert - Parigramme 

Sites référents