Expo : À Table ! Le repas tout un art - Sèvres Manufacture et Musée nationaux - Cité de la Céramique - Jusqu'au 16 mai 2021 (à confirmer)


Le repas gastronomique français inscrit au patrimoine immatériel de l’humanité par l’Unesco depuis 2010 est devenu un symbole de rayonnement culturel. Le savoir-faire des chefs de cuisine et des artisans en charge de mettre en forme les objets du cérémonial se conjuguent en un rituel unique, illustration vivante d’un certain art de vivre. A la Cité de la Céramique de Sèvres, l’exposition événement « À Table ! Le repas tout un art » retrace l’histoire de la gastronomie en empruntant la voie haute en couleurs des arts de la table. Afin de conter l’évolution des mets, de la préparation des aliments, elle suit les transformations radicales des éléments d’apparat nécessaires à leur dégustation. De l’Antiquité gallo-romaine à nos jours, cette plongée chronologique dans un univers fascinant vient saluer les 280 ans d’existence de la Manufacture de Sèvres, haut lieu de création, de tradition alliée à l’inventivité. A cette occasion, plus de mille objets délicieux issues des collections du Musée de la céramique de Sèvres et du Musée national Adrien Dubouché de Limoges ont été rassemblés et complétés dans leur propos par de prestigieux prêts d’institutions culturelles, parmi lesquelles le Musée des Arts décoratifs, et de grandes maisons françaises à l’instar des cristalleries Christofle et Saint Louis. Ces artefacts usuels, véritables œuvres d’art, racontent à travers le temps l’avancement des pratiques culinaires, micro-événements sociaux intrinsèquement liés au quotidien de chacun. Art de la bonne chère, art de vivre et arts de la table, les différents niveaux de lecture possible contenteront allègrement les enfants comme les amateurs éclairés. 










L’exposition « À Table ! Le repas tout un art » développée autour d’un thème fédérateur ouvre la réflexion plus largement sur des questions très contemporaines, le bien-être, la nutrition, la gastronomie, la biodiversité et l’écologie. L’événement est parrainé par le chef pâtissier Pierre Hermé, surnommé le Picasso de la pâtisserie, grand maestro de la gastronomie et ambassadeur de luxe de la France à l’étranger. Etiquette et protocoles fluctuants, cérémoniaux et formalités réinventés, le rituel autour du repas se fait l’écho de l’évolution des mœurs. Convivialité, partage, transmission, les signes de l’apparat traduisent la richesse de l’héritage, de la tradition. L’excellence des savoir-faire de la Manufacture de Sèvres reflète la haute idée de la créativité à la française. 

L’exposition souligne l’importance du repas gastronomique, reflet d’une culture patrimoniale. La riche scénographie signée Jean-Paul Camargo, expérience vivante passionnante, met en lumière la diversité des pièces et la mutation des rituels. Porcelaine et céramique, pièces d’argenterie, d’orfèvrerie, plats de présentation, assiettes, couverts, verres, services à thé, à café, terrines, moules à gâteaux côtoient livres de recettes, manuscrits, tableaux, dessins, documents d’archives, photographies et installations. L’opulence exhaustive de l’ensemble tente d’épuiser le sujet par la grande diversité des propositions. 

Déployée en sept services, sept sections, l’exposition débute avec la tradition du banquet gaulois. Accessible aux plus aisés uniquement, il associe les pratiques romaines du repas allongé et les éléments locaux de vaisselle. Au Moyen-Âge, la table est dressée ponctuellement sur des tréteaux nomades. Il n’y a pas de lieu dédié. L’aquamanile, sorte de cruche typique de la période, permet de se laver les mains avant et après le repas. La Renaissance transforme les goûts et les pratiques. La petite histoire de la fourchette est en marche.









La révolution culinaire du XVIIème siècle définit le goût français tel qu’on le connaît de nos jours. Les produits hexagonaux prennent le pas sur les épices. La moutarde de Dijon, le bouquet garni, le beurre deviennent des éléments clé. Le raffinement des mets se traduit dans l’élaboration des bouillons, coulis, fonds de sauce. Le buffet Grand Siècle est présidé par les plats d’apparat de Nevers. Le service à la française est codifié à la cour de Louis XIV. Les plats posés sur la table se succèdent en trois services, potages, rôts et finalement desserts. Les repas en extérieur privilégient les plats en céramique qui remplacent l’argenterie dont ils empruntent la forme. 

Au XVIIIème siècle, époque des soupers fins et de l’art de la conversation, fait naître de petites tables fixes. Les premières salles à manger apparaissent. « La cuisine moderne » favorise l’apogée de la porcelaine à la Manufacture de Sèvres. Les pièces du service se multiplient. La mode du thé, du café et du chocolat chaud offre de délicieuses opportunités d’expression créative. L’exposition à la Cité de la Céramique présentent de remarquables pièces de service ayant appartenues à Madame du Barry, favorite royale, mais également de Catherine II de Russie. 

A partir de 1740, le roi Louis XV offre des services de Sèvres en guise de cadeaux diplomatiques, participant ainsi au rayonnement du savoir-faire français dans toutes les cours d’Europe. A cette époque, les terrines ont la côte. Objets précieux, elles ornent les tables des grandes occasions comme le retour des chasses aristocratiques. Hure de sanglier, pintade, chou, salade, il y a corrélation entre la forme et le contenant. Les trompe-l’œil, tradition germanique, deviennent la spécialité de la manufacture de Paul Hannong à Strasbourg. 











Au fil de l’exposition, la splendide table dressée dans la salle dédiée à l’Art Nouveau, déploie la magnificence du surtout du Jeu de l’écharpe. Cet ensemble imaginé par le sculpteur Agathon Léonard (1841-1923) pour la Manufacture de Sèvres se compose de quinze personnages, danseuses, musiciennes, porteuse de flambeaux. Il a reçu une médaille d’or à l’Exposition Universelle de 1900. Un exemplaire a été offert au tsar Nicolas II en 1901.

Au début du XXème siècle, le faste des palaces, des restaurants étoilés du guide Michelin et des paquebots transatlantiques s’illustre par la splendeur des collections de verres en cristal coloré et taillé, spécialité de la cristallerie Saint Louis qui maîtrise cette technique particulière dès la fin du XIXème siècle. La beauté des séries, les 3 T, Trianon créée en 1834, Thistle en 1913 et Tommy en 1928 en hommage aux soldats britanniques de la Première Guerre Mondiale frappe par sa modernité.











 

La dernière salle de l’exposition est consacrée aux services diplomatiques. Elle éclaire le lien entre gastronomie, art de la table et géopolitique. Afin de créer les fastueux services de la Présidence de la République, des ministères et des ambassades, la Manufacture de Sèvres collabore avec des artistes contemporains, en 1953, Pierre Charlemagne, en 1960, François Rouan, en 1968, Serge Poliakoff, en 1972, Etienne Hadju puis Yaalov Agan, en 1991, Zed Poipoin, en 1992, Olivier Debré, en 1998, Pierre Alechinsky.  Le service réalisé en 2018 pour l’Elysée, décor abstrait bleu de cobalt signature de Sèvres, imaginé par Evariste Richer, est présenté sous la forme d’une belle installation d’art contemporain. L’ensemble conçu pour 300 convives, comporte 1 500 pièces. Il avait fait grand bruit dans la presse.  

L’exposition dont l’inauguration a été reportée à la suite des mesures gouvernementales prises contre la crise sanitaire est néanmoins partiellement accessible sur les réseaux sociaux du musée grâce à la création de rendez-vous inédits en ligne.  

À Table ! Le repas tout un art 
Jusqu’au 16 mai 2021 (à confirmer)

Musée national de la Céramique
Cité de la Céramique