Paris : Ruche bourdonnante, délicieuse enseigne d'un autre temps à l'angle des rues Pierre Lescot et Rambuteau - Ier



Une enseigne sculptée en forme de ruche ne cesse d’interroger les passants au 9 rue Lescot, dans le quartier des Halles. Posée sur des équerres et fixée par de discrets boulons à l’angle d’un immeuble de rapport, très classique production en pierre de taille construit vers 1850, elle marque la présence de l’ancienne échoppe d’un marchand de miel. Cette épicerie fine en bordure des Halles, le Ventre de Paris, appartenait à cette grande corporation des métiers de bouche dont les commerces étaient centralisés autour du marché de vente en gros de produits frais. La sculpture polychromique représente une ruche en paille traditionnelle. Elle daterait selon les sources de la fin du XIXème siècle ou du début des années 1920. Du fait de ses couleurs réalistes, le matériau dans lequel elle a été réalisée n’est pas évident à déterminer. Bois, pierre, plâtre, ou alliage, elle a traversé les ans portant avec elle le souvenir nostalgique du Vieux Paris. D’industrieuses abeilles de fonte s’y activent. L’insecte, familier des décors architecte taux des rues de Paris, distille des touches de poésie sans jamais dévoiler le mystère de ces ouvrières faiseuses d’or liquide. Au rez-de-chaussée, la boutique désormais dévolue à la vente de maquillage possède une devanture en céramique plus récente malgré son état de délabrement avancé. Le programme décoratif, carreaux de faïence, pavement dans des tons de bleu et de vert, complété de frises géométriques contrastée, date des années 1940. Enseigne et devanture ont été inscrites aux Monuments historiques par arrêté du 23 mai 1984. 








A Paris au Moyen-Âge, l’absence de numérotation des rues rend indispensable les enseignes afin d’identifier les maisons. Dès 1200, elles sont gravées dans la pierre au fronton des commerces et des habitations. Les bas-reliefs sculptés signalent les différentes corporations. Les auberges s’annoncent par des bouchons de paille rappelant le fourrage des chevaux mais également des fourchettes ou des coquillages pour les établissements fréquentés par une clientèle de pèlerins. Les marchands de vin signes célèbrent Bacchus et la dive bouteille. A partir d’un édit de 1729, leurs devantures sont caractérisées par des grilles en fer forgé chargées de protéger leur marchandise. De même pour les boucheries qui ajoutent tout un bestiaire et quelques crochets. Le caducée et la croix des pharmaciens perdurent encore de nos jours.

Le défaut de numérotation perdurera jusqu’à la Révolution malgré quelques essais peu concluants, comme pour les maisons du pont de Notre Dame construit en 1507, dont les numéros sont vite abandonnés au profit des traditionnelles enseignes. En 1728, la corporation des tanneurs obtient l’autorisation d’établir des bâtiments le long de la Bièvre. Ils sont numérotés à des fins fiscales. Une nouvelle tentative plus étendue cible en 1765, les rues récemment percées le long de la Halle au blé, notre actuelle Bourse du Commerce.

Marin Kreenfelt de Storcks, chargé d'affaires de l'Électeur de Cologne et éditeur de L'Almanach de Paris, ancêtre de l’annuaire « contenant les noms, qualités, demeures des personnes de condition dans la ville et les faubourgs de Paris », décide de prendre en charge le projet de numérotation en 1779 afin de rendre plus rigoureuses ses publications. Il fait poser à ses frais des numéros sur les portes des rues de Paris malgré la réticence méfiante des propriétaires. L’entreprise est soutenue dans l’ombre par le lieutenant général de police, Jean-Charles-Pierre Lenoir qui prend très à cœur sa charge de maintenir l’ordre social, initiateur des prémices de la police moderne. Celui-ci mène une politique de surveillance des “mauvais sujets” et s’intéresse aux déplacements des étrangers dans la capitale. 

La Révolution institue par décret du 23 novembre / 1er décembre 1790 le « numérotage révolutionnaire ou sectionnaire ». L’objectif de la démarche loin d’être philanthropique devrait permettre à l’administration de recenser les citoyens soumis à l’impôt. L’orientation étant le cadet de leur souci, de nombreuses incohérences rendent l’expérience fantaisiste. La numérotation actuelle date du décret du 4 février 1805.








L’omniprésence des enseignes prend fin durant la deuxième moitié du XVIIIème avec une généralisation. Devenues superflues pour les logements, elles disparaissent des habitations. Néanmoins, les commerçants attachés à la tradition font perdurer la coutume de ces bannières annonçant la vocation de leurs échoppes. Le plus souvent, il s’agit d’éléments accrochés à des poternes, de formes hétéroclites, conçus dans des matériaux variés, fer forgé, bois sculpté, carton-pierre, tôle, toile peinte, pierre. 

En 1761, une ordonnance d’Antoine de Sartine (1729-1801), homme politique, lieutenant criminel du Châtelet en 1755, lieutenant général de police de 1759 à 1774, et plus tard ministre de la Marine sous Louis XVI, vient réglementer l’accrochage des enseignes afin de mettre fin aux nuisances. Les troubles sont multiples. Pollution sonore lorsque les plaques s’entrechoquent à cause du vent. Dommages esthétiques, les enseignes font paraître les rues plus étroites. Méfaits pratiques, elles bouchent les fenêtres des premiers étages. Et enfin désagréments fonctionnels, elles empêchent les lanternes publiques d’éclairer correctement les rues. Les mesures prises font évoluer leur configuration. Désormais, les enseignes sont plaquées contre les façades. Par la suite, les dimensions réduites plus raisonnables de nouveaux panneaux et l’élargissement spectaculaire des rues à la suite des grands travaux d’Haussmann permettront un retour en grâce chez les commerçants.

Enseigne ruche, boutique au 9 rue Pierre Lescot - Paris 3
Angle des rues Pierre Lescot et Rambuteau

Bibliographie
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme

Sites référents