Expo Ailleurs : Carmontelle ou le Temps de la douceur de vivre - Cabinet d'arts graphiques du Château de Chantilly - Jusqu'au 3 janvier 2021



Carmontelle (1717-1806), Louis Carrogis, bel esprit d’origine modeste, a fait son chemin dans le monde en entrant au service de la famille d’Orléans. Tout d’abord lecteur du jeune duc de Chartres, futur Philippe Egalité, cet homme aux multiples talents, devient grand ordonnateur des menus plaisirs. Il acquiert une réputation en organisant les fêtes et les divertissements de l’aristocratie. Carmontelle fait preuve dans le cadre de cette activité d’une inventivité piquante, imaginant de nouveaux dispositifs comme les transparents, ancêtres de la lanterne magique. Très apprécié pour ces Proverbes, petites comédies improvisées, il s’illustre également comme auteur dramatique. Sur le tard, en 1773, il devient même architecte paysagiste pour le duc de Chartres en traçant les plans du Parc Monceau. Peintre et dessinateur autodidacte, ses portraits du Tout Paris, qu’il réalise toujours de profil par facilité technique, le rendent célèbre. Il croque sur le vif les hôtes du Palais Royal, véritables instantanés de la vie des nantis durant la seconde moitié du XVIIIème siècle. Ses œuvres empreintes d’un naturel inédit, retranscrivent des scènes intimes. Avec aisance et justesse du regard à défaut de réel talent artistique, Carmontelle saisit des personnages de toutes conditions. Cette galerie de figures offre à nos yeux contemporains un panorama étendu des contrastes de la société avant la Révolution. Au château de Chantilly, l’exposition « Carmontelle ou le Temps de la douceur de vivre » réunit un florilège de la collection composée par Henri d’Orléans (1822-1897). Dès 1877, le duc d’Aumale a rassemblé au musée Condé, le fonds le plus important dédié à Carmontelle, pas moins de 561 œuvres, parmi lesquels 484 portraits sur les 750 répertoriés au décès de l’artiste. La commissaire de l’exposition, Nicole Garnier, conservatrice générale du Patrimoine chargée du Musée Condé, a rassemblé au Cabinet d’arts graphiques du domaine de Chantilly, une centaine des œuvres significatives de Carmontelle à l’occasion d’un événement passionnant. 










Témoin de son époque, guidé par un sens aigu de l’observation, Carmontelle selon les Goncourt est « un homme qui a fait poser devant lui la société de son temps ». Amateur brillant, spirituel amuseur des princes, il fraie avec les hautes sphères qu’il divertit. Traversant les règnes de Louis XV, Louis XVI, la Révolution et le Consulat, il fréquente les salons où s’expriment les philosophes des Lumières, un milieu cultivé cosmopolite qu’inlassablement il dessine à la mine de plomb et sanguine, rehaussé de gouache et d’aquarelle. L’intérêt de Carmontelle pour des personnages plus modestes, révèle une sensibilité, une conscience politique. Il dessine également les plus humbles, les petits métiers, les soldats engagés dans la Guerre de Sept Ans à laquelle il prend part en qualité d’ingénieur topographe.  

Carmontelle portraiture princes du sang, intellectuels, écrivains, philosophes, musiciens, scientifiques, les grandes courtisanes, les élégantes des salons, les comédiennes. Sous son crayon, le baron von Grimm secrétaire du duc d’Orléans côtoie Mme d’Epinay, Mme du Châtelet, Ange-Laurent Lalive de Jully. Georges-Louis Leclerc de Buffon, naturaliste, biologiste, mathématicien, intendant du Jardin du Roi s’associe à Charles Marie de La Condamine chimiste, homme de lettres, explorateur, César-François Cassini géographe, cartographe, astronome ou encire le Docteur Gatti, médecin du roi. Le compositeur Jean-Philippe Rameau croise Mozart enfant, lors de son passage à Paris en 1736. 










Les scènes intimes de cette caste aristocratique soulignent un temps de l’insouciance, une certaine frivolité, et pafois même un rejet des convenances et de l’étiquette. Tableaux contrastés, saynètes croquées sur le vif au Palais Royal, à Saint Cloud, à Villers-Cotterêts, les Orléans, les Condé, le monde des arts et des sciences sont portraiturés dans leur quotidien de salons mondains et parties de campagne. 

La ressemblance des traits n’est pas toujours évidente, Carmontelle ne possède pas de grand talent artistique pour rendre les figures. Néanmoins, il a pour qualité un sens du détail, une sensibilité de la tournure, de l’attitude. Il sait à merveille déployer des mises en scène à clés qui font que ses personnages sont immédiatement reconnaissables par ses contemporains, Mozart au clavecin, le prince de Condé et les lauriers de la gloire militaire, Buffon entouré d’animaux, de plantes, d’un télescope, d’une mappemonde, outils et sujets de son étude. 









Au crayon, lavés en couleur de détrempe, l’ensemble de ses portraits rassemblés forme le tableau vibrant d’une époque, la fin de l’Ancien Régime, « le temps de la douceur de vivre » selon Talleyrand. Une exposition à la délicatesse suave et au propos piquant.

Carmontelle ou le Temps de la douceur de vivre
Jusqu’au 3 janvier 2021

Cabinet d'arts graphiques du château de Chantilly
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