Paris : Les coquettes ruelles de la rue Nansouty, villas et impasses du quartier du Parc Montsouris - XIVème



Les ruelles éparpillées le long de la rue Nansouty et de son prolongement immédiat rebaptisé rue Emile Deutsch de la Meurthe forment un délicieux ensemble résidentiel. Jolis pavillons avec jardin, ateliers d’artistes, villas d’architecte, réalisations modernistes des années 1930, immeubles de caractère côtoient les maisonnettes en briques et pierre de meulière de l’habitat populaire de la fin du XIXème siècle. Aux abords du parc Montsouris, côté ouest, ce petit paradis champêtre est devenu l’un trésor de l’habitat individuel. Il figure parmi les micro-quartiers plus recherchés du XIVème arrondissement. Impasse Nansouty, Villa du Parc de Montsouris, rue du Parc de Montsouris, rue Georges Braque, square de Montsouris forment une enclave exquise aux airs de province bucolique. Cet ensemble de ruelles plébiscité par les artistes de Montparnasse - Foujita, Braque y ont résidé - est devenu sous l’influence de leur présence un champ d’expérimentation de l’avant-garde architecturale. Les réalisations des frères Perret, Le Corbusier, Lurçat, plongées dans la verdure, confèrent un charme particulier à cette oasis urbaine. La sérénité de ces venelles semble incongrue au cœur de la ville. Loin du tumulte de la Capitale, ces confettis champêtres à l’élégance d’un autre temps laissent rêveurs.


Impasse Nansouty






Villa du Parc Montsouris



Le quartier du parc de Montsouris qui jusqu’en 1937 s’appelait quartier de la Santé, du nom de la rue qui le borde et non de la prison, déploie de nombreux atouts. Parc Montsouris, Cité Universitaire de Paris, Hôpital Sainte Anne, réservoir de Montsouris ont marqué par l’empreinte de leur architecture le développement urbain de tout l’arrondissement. Les immeubles haussmanniens et plus largement les habitats collectifs sont rassemblés sur les deux grandes artères qui traversent le XIVème, la rue d’Alésia, d’est en ouest, et la rue René Coty du nord au sud, pur produit des grands travaux du baron Haussmann, originellement baptisée avenue du Parc Montsouris.  Les modestes façades en plâtre des rues Saint Yves et des Artistes rappellent un certain passé populaire. Les immeubles faubouriens de la rue de l’Amiral Mouchez illustrent l’évolution historique des lieux, la progression de l’urbanisation. A ces constructions anciennes répondent de grands ensembles d’habitation construits au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale ainsi que les imposantes structures verticales des années 1960. Les ilots plus récents des années 2000 démontrent la volonté d’une ville entièrement repensée dans souci écologique. 

Fruit de l’annexion en 1860 d’une partie de la commune de Gentilly à la ville de Paris, le quartier du Parc Montsouris est à l’origine un ensemble rural peu construit. Aux abords des fortifications, de nombreux bidonvilles fleurissent, lieux de précarité où frappe cruellement la misère. Les sous-sols minés par les anciennes carrières limitent les constructions. Peu à peu, un réseau de galeries souterraines, verticale ville en négatif, est tracé sous les rues en développement. La couverture de la Bièvre envisagée dès 1860, par le baron Haussmann et l’ingénieur Belgrand va transformer radicalement la topographie de nos actuels Vème et XIIIème arrondissements. L’immense chantier de comblement de la vallée, du boulevard Blanqui et au-delà au nord et jusqu'au sud de la ville de la place de Rungis à la porte des Peupliers, dure près de soixante ans. Sur le coteau de la rive gauche de la rivière remblayée, le tracé sinueux de certaines rues témoigne de l’ancien cours d’eau. 

Au même moment, un décret du 22 février 1865 valide le projet de création du Parc Montsouris, pur produit des grands travaux du Second Empire. L’aménagement de cet espace vert imposant est confié à celui qui est surnommé « le jardinier d’Haussmann » l’ingénieur Adolphe Alphand (1817-1891). L’avenue du Parc Montsouris future avenue René Coty est percée à cette occasion. Le chantier prend du retard du fait d’évènements politiques - guerre contre la Prusse, renversement de l’Empire, Commune - et de problèmes d’ordre technique. Le parc n’est inauguré qu’en 1878. 


Rue du Parc Montsouris










Désormais, les abords en sont fort prisés. La rue Nansouty qui débute au 25 avenue Reille / 2 rue Émile-Deutsch-de-La-Meurthe, reprend le tracé d'un chemin ancien de la commune de Gentilly. Ouverte en tant que telle en 1865, cinq après l'annexion du nord de Gentilly par la capitale, elle porte le nom du général d'Empire Étienne Marie Antoine Champion de Nansouty, comte de Nansouty, (1768-1815). En 1924, changement purement odonymique, une partie de la voie est dissociée et rebaptisée rue Émile-Deutsch-de-La-Meurthe en hommage à Emile Deutsch-de-la-Meurthe (1847-1924) industriel et philanthrope, à l’origine de la création de la Cité Universitaire de Paris dont il a financé les premiers bâtiments

Un ensemble de ruelles abondamment fleuries s’égayent le long de la rue Nansouty, hâvre de paix, précieux secret préservé. L’impasse Nansouty qui débute au 14 rue Émile-Deutsch-de-La-Meurthe a été ouverte au XIXème siècle sous la dénomination impasse du Bel-Air, pour ne prendre son appellation actuelle qu’en 1977. Sa voisine la Villa du Parc de Montsouris, voie privée fermée par une grille, commence entre les numéros 8 et 12 de la rue Émile Deutsch de La Meurthe et se termine en impasse. 

La rue du Parc de Montsouris, plus accessible, forme un U qui prend naissance au 4 rue Émile Deutsch de la Meurthe et aboutit entre le 2 rue Emile Deutsch de la Meurthe et le 18 rue Nansouty. Tracée en 1865, elle est tout d’abord l’avenue de Montsouris avant de devenir la rue du Dressage en référence à un proche manège d’exercices, puis prend son appellation définitive de rue du Parc de Montsouris en 1895. L’architecte Pierre Humbert (1848-1919) représentant du style de la Belle Epoque, imagine un hôtel particulier dans le style rococo pour le romancier populaire Michel Morphy (1863-1928) au numéro 8 de la voie, actuels 6/10.


Rue Georges Braque - Villa Guggenbühl




Rue Georges Braque - Maison Atelier de Georges Braque



Rue Nansouty - Maison Gaut

Plus loin, la rue Georges Braque ouverte sur un terrain appartement à un certain monsieur Hass est percée en 1927. Rue du Douanier, elle prend sa dénomination actuelle en 1976. Au numéro 6, se trouve la maison-atelier du peintre Georges Braque qui a donné son nom à la voie. L’architecture de la haute villa construite en 1927 par Auguste Perret est marquée par les larges baies du second étage qui témoignent de la présence d’un atelier d’artiste. 

Au numéro 14 de la rue Georges Braque, à l’angle de la rue Nansouty, se trouve la Villa Guggenbühl imaginée par André Lurçat pour le peintre Walter Guggenbühl et édifiée entre 1926-27. Le bâtiment surprend par un jeu de volumes décrochés très modernistes. Inscrit aux monuments historiques depuis 1975, il a néanmoins été remanié de façon importante. Sur la structure originelle, les fenêtres étaient plus rares et disposées de façon plus aléatoire.


Square de Montsouris





Square de Montsouris - Maison Atelier Ozenfant 

Square de Montsouris - Maison Atelier Ozenfant



Dernière ruelle au charme singulier, le square de Montsouris dont je vous parlais en détails ici  est à l’origine un lotissement à vocation sociale créé en 1922. Sur les soixante maisons que comporte le projet originel, vingt-huit sont destinées à devenir des HBM, des habitations à loyers modérés. L’architecte Jacques Bonnier (1884-1964) imagine pour l’ensemble quatre types de pavillons en briques. Mais les initiatives des particuliers, hors HBM, ne suivront pas ces modèles. Le style éclectique des constructions souligne la mixité sociale des riverains. Ouvriers et employés se mêlent aux artistes de Montparnasse, qui dans un premier temps forts modestes voient leurs revenus croître avec la reconnaissance. Léonard Foujita (1886-1968), Roger Bissière (1886-1964), Jean Chapin (1896-1994), Fernand Hertenberger (1882-1970) et Claude Hertenberger (1912-2002), Claude Bouscau (1909-1985) habitent tour à tour square de Montsouris.

A l’angle de la rue Nansouty, la maison Gaut conçue en 1923 par Auguste et Gustave Perret devait être à l’origine du projet confiée à Le Corbusier qui critiquera aprement le résultat des deux frères architectes. Le commanditaire Pierre Gaut, a été le producteur de la plupart des films de Jean Renoir, « Le Caporal épinglé », « Le Déjeuner sur l'herbe », « Le Journal d'une femme de chambre », « La Marseillaise », « La Règle du jeu », « Le Fleuve et Toni ».

A l’autre extrémité du square de Montsouris, à l’angle rue de Reille, se trouve la villa-atelier du peintre Amédée Ozenfant (1886-1966). Il s’agit de la première réalisation de Charles-Édouard Jeanneret-Gris (1887-1965) signée en 1922 de son désormais célèbre pseudonyme Le Corbusier. Développée dans un style paquebot, l’ossature de la construction est érigée dans un matériau innovant à l’époque le ciment armé. Façade libre, unité des combinaisons, trois ouvertures en largeur se superposent sur trois niveaux. Le toit originel en dents de scie à l’instar des toitures d’usine a été remplacé par un toit terrasse. Désormais, ensemble pittoresque très bourgeois le square a été inscrit à l’inventaire complémentaire des sites classés. 

Rue Nansouty - Paris 14
Accès 25 avenue Reille / 2 rue Emile Deutsch de la Meurthe / 30 boulevard Jourdan 
Impasse Nansouty
Villa du Parc Montsouris
Rue du Parc Montsouris
Rue Georges Braque
Square de Montsouris

Bibliographie
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Les Editions de Minuit 
Le guide du promeneur du 14è arrondissement - Michel Dansel - Parigramme
Traversée de Paris - Alain Rustenholz - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme 

Sites référents