Cinéma : Eté 85, de François Ozon - Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin



Alexis, seize ans, fils d’un ouvrier taiseux et d’une mère au foyer aimante, passe ses vacances d’été en famille sur la côte normande à Tréport. Garçon effacé, frappé du spleen adolescent et fasciné par la mort, il a un don pour l’écriture. David, dix-huit ans, fils de la propriétaire d’une boutique locale qui marche très bien, orphelin de père, a choisi de travailler auprès de sa mère dans le commerce familial. Lors d’une sortie en mer sur un petit voilier, Alexis en danger est sauvé du naufrage par David. Ce dernier le prend sous son aile. Tandis que le timide Alexis est fasciné par le solaire David, le beau gosse aussi désinvolte qu’intrépide aimante tout le monde dans son sillage. Personne ne résiste à son aura, à ce désir de vivre à cent à l’heure. Entre les deux garçons, se noue un sentiment nouveau.







« Eté 85 » est le premier film à être distribué en salle sous le label « Cannes 2020 », 73ème édition du festival annulée en raison de la crise sanitaire. Le réalisateur François Ozon portait en lui depuis longtemps le désir d’adapter à l’écran le roman « La danse du coucou » du britannique Aidan Chambers publié en 1982, qu’il avait lu à l’âge de dix-sept ans. Porté par la tension dramatique de la catastrophe annoncée dès le début, ce récit initiatique entraîne le spectateur dans l’intimité d’une romance adolescente lumineuse et nostalgique. François Ozon se replonger dans les années 1980 empruntant à la forme de la carte postale culturelle, des références générationnelles qui donnent une ambiance très particulière à son oeuvre. Sur leurs walkmans les garçons écoutent de la New Wave, The Cure, Taxi Girl. Les bandanas sont à la mode, les coupes de cheveux improbables. Au cinéma, « La boum » fait un carton. Les motifs de vacances en bord de mer, les journées à la plage, la fête foraine, le soir les discothèques, soulignent ce voyage dans le temps. 

Sur le fil du paradis perdu de la jeunesse, celui d’une forme d’innocence, le cinéaste joue des codes du teen movie. L’atmosphère estivale particulière laisse s’exprimer les pulsions vitales, l’envie de liberté, entre quête de soi et tentative d’émancipation. François Ozon raconte simplement, par la voix off d’Alexis, une rencontre, une histoire d’amour entre deux garçons. Avec empathie, bienveillance et sensibilité, il décrit une expérience universelle, celle des idylles de vacances, des désirs adolescents. L’homosexualité n’est ici pas un sujet. La confusion des sentiments s'exprime dans la force des premiers émois amoureux. Leur nature éphémère aussi. Le réalisateur s’attache à rendre à l’écran la fulgurance des premières histoires d’amour auxquelles la cristallisation prête les grands élans du cœur, le trouble, la jalousie, l’exaltation. 




Portrait juste d’une jeunesse intense, François Ozon formule, selon la trame du roman originel, deux personnalités opposées qui s’attirent. Félix Lefebvre incarne le réservé Alexis, qui découvre la possibilité de l’amour face à David, aisance et charisme, auquel Benjamin Voisin prête ses traits. Interprétations nuancées, compositions sensibles, la complicité des deux jeunes acteurs donnent lieu à de beaux moments de grâce. Tension dramatique et énergie de l’adolescence, ce film doux-amer sur une passion déchirante brille par l’intensité de sa poésie, sa luminosité essentielle.

Eté 85, de François Ozon
Avec Félix Lefebvre, Benjamin Voisin, Philippine Velge, Valeria Bruni-Tedeschi, Melvil Poupaud, Isabelle Nanty
Sortie le 14 juillet 2020