Lundi Librairie : Un garçon d'Italie - Philippe Besson



Un garçon d’Italie - Philippe Besson : Le corps de Luca Salieri est retrouvé, un matin de septembre, échoué sur la rive du fleuve Arno. Sa disparition avait été signalée quelques jours auparavant par Anna, sa compagne officielle, jeune femme la bourgeoisie florentine à l’instar du défunt. Elle est contactée par la police pour venir reconnaître la dépouille à la morgue. A la gare de Florence où il se prostitue, Leo s’inquiète de ne pas avoir de nouvelles de Luca. Il n’apprendra son décès que par hasard en lisant la presse. Il était son amant, le seul qu’il ait peut-être réellement aimé. Chacun tente de faire son deuil. Depuis sa tombe, Luca qui ne semble rien regretter de sa vie passée, prend la parole. Il dit la décomposition des chairs, le vertige de l’éternité. Il s’émeut peu des révélations à venir, même s'il regrette la douleur qu'elles vont engendrer. Anna cherche à apprivoiser cette mort qui n’a pas de sens. Il lui manque un élément clé du tableau pour le comprendre. Amante discrète, elle a tout accepté d’une relation avec un homme qui fuyait l’intimité, refusait d’habiter avec elle. Elle y voyait une peur de l’engagement. Leo, fataliste, se résigne sans poser de questions. Issu d’un milieu populaire, il survit en vendant ses charmes. Avec Luca, il avait noué une sorte de fraternité tendre, retrouvant par cet amour si pur, si évident, une forme d’innocence. 

Construit sur le fil d'une enquête, « Un garçon d’Italie » emprunte les codes du roman policier pour peu à peu les abandonner au profit d'un propos plus social, d'une envergure psychologique plus ample. Autour du mystérieux décès de Luca, Philippe Besson tisse des hypothèses, accident, suicide, meurtre, des énigmes dont la résolution passe au second plan. Introspection vibrante au cœur d’un triangle amoureux, le récit polyphonique, fait entendre successivement chaque protagoniste. Les confidences se relaient, se font écho. Les trois monologues s’entremêlent dans un ensemble cathartique intime. La disparition de Luca, amant désinvolte à la personnalité solaire, fait vaciller le fragile équilibre qu’il maintenait par ses silences, ses absences de réponse. Les interventions alternées de Luca, Anna et Leo dessinent les pièces d’un puzzle qui peu à peu s’assemblent afin de reconstituer l’histoire d’une double vie, de secrets et de sentiments authentiques. Emouvant, profond, le chagrin s’exprime avec élégance sans pathos tandis que les deux survivants expérimentent le déchirement de l’absence, la douleur des révélations. 

La voix d’outre-tombe de Luca exprime l’amour douloureux, lève le voile sur l’ambiguïté des apparences, l’équivoque. Il raconte en filigrane le rejet de ses parents lorsqu’il avait plus jeune affiché son attirance pour les garçons. Il évoque comment il s’est senti forcé de dissimuler la réalité de ses désirs, l’homosexualité étant encore tabou dans certains milieux. En choisissant la très convenable Anna, il a choisi la discrétion d’une femme prête à accepter qu’il lui refuse une véritable intimité de couple. Avec Leo, incarnation de la jeunesse rebelle, de l’impertinence, personnage émouvant, bravache et fragile, Luca vit un amour secret et pourtant bien plus sincère.

Epure de la langue, écriture souple qui sait se faire tour à tour sensuelle, crue ou âpre, limpidité de la narration, Philippe Besson évoque avec justesse et sensibilité la confusion des sentiments, les doutes, les états d’âme. En quête de vérité, Anna et Leo se découvrent eux-mêmes à travers cette épreuve du deuil et de l’amour qui fait souffrir. Cette histoire poignante trouve dans la grande sobriété de sa forme et la finesse psychologique des personnages, une puissance élégante, une sensibilité rare.

Un garçon d’Italie - Philippe Besson - Editions Julliard - Edition de poche Pocket