Paris : Fontaines de la place de la Concorde, histoire de l'art et allégories économiques - VIIIème



Les Fontaines de la place de la Concorde illustrent avec élégance l’histoire de l’architecture, des techniques et de l’eau dans la ville. Entre 1836 et 1846, sous le règne de Louis-Philippe, l’ancienne place Louis XV, est profondément réaménagée. Le préfet Rambuteau charge l’architecte Jacques-Ignace Hittorff (1792-1867) précurseur de la ville moderne, de donner un nouveau visage à la plus vaste place de Paris. Par manque de moyens, ce dernier qui souhaite ajouter quatre fontaines en fonte, doit se contenter de deux disposées de part d’autre de l’obélisque de Louxor érigé le 25 octobre 1836. au coeur de la capitale française. Ces fontaines font partie des éléments de la place de la Concorde classés aux Monument historiques par arrêté du 23 août 1937, avec le sol, les statues, les pavillons, les balustrades, les colonnes rostrales et les lampadaires. Leur opulent programme décoratif, ponctué de nombreuses allégories, célèbre les fleuves et les mers, sources de richesses pour le pays.


 








En 1837, Jacques Ignace Hittorff en charge des grandes transformations de la place de la Concorde, passe commande de fontaines en fonte auprès de la fonderie Muel à Tusey dans la Meuse. A. Guettier qui dirige les ateliers note soigneusement dans ses registres les techniques utilisées, les méthodes de moulage, les étapes de fabrication des noyaux et de coulage ainsi que la nature des sables et des fontes employées. Ce document précieux qui est parvenu jusqu’à nous est une source d’inspiration pour les plus récentes restauration. L'ensemble des pièces de la fontaine pèse environ 50 tonnes. Du bel ouvrage.

Installées dans l’axe nord sud de la place afin de ne pas entraver la vue des pavillons de Gabriel, les deux fontaines offrent un riche aperçu des goûts esthétiques sous la Monarchie de Juillet. Sculptures et ornementations abondent. Dans les grands bassins de pierre, les six tritons et néréides tenant un poisson crachant de l’eau ainsi que les cygnes et dauphins sur les piédouches sont attribués aux sculpteurs Antonin Moine, Jean-Jacques Elshoecht et Louis Merlieux. 

Sur la Fontaine Fluviale proche de l’hôtel de la Marine, les statues monumentales principales en bronze de 3 mètres de haut représentent le Rhône et le Rhin. Elles sont l’oeuvre de Jean-François Gechter. Elles sont complétées par La Moisson et la Vendange, de Jean Husson et La Récolte des Fleurs et la Récolte des Fruits par François Lanno. Sous la vasque supérieure, les figures allégoriques de Jean-Jacques Feuchère incarnent les génies de la Navigation fluviale, de l’Agriculture et de l’Industrie. Le sculpteur Antonin Moine adresse un clin d’œil à l’un de ses maîtres en représentant un triton sous les traits de Rose Joseph Lemercier, imprimeur de l’école romantique, spécialiste de la lithographie, inventeur d’un procédé de reproduction photomécanique. 

La Fontaine Maritime proche de la Seine déploie également sur son piédouche inférieur, six statues colossales qui reposent sur un socle en forme de proue. Sous la première vasque, les allégories de l’Océan et la Méditerranée d’Auguste Debay sont accompagné des quatre types de pêches, La Pêche des perles et la Pêche des coquillages signées Achille Valois et La Pêche des poissons et la Pêche des coraux par Antoine Desboeuf. Sur le registre supérieur, la Navigation maritime, le Commerce et l’Astronomie d’Isidore Brion surplombent l’ensemble. 











A l'origine, l'idée de fontaines en fonte paraît terriblement moderne mais l’exécution pose rapidement problème. Victimes de la rouille dès le premier hiver, les fontaines de la place de la Concorde vont faire l’objet de nombreuses campagnes de restauration et de remises en peinture fréquente. Un premier cuivrage est rétabli en 1841 puis un deuxième en 1861. Détériorées au cours des événements de la Commune en 1871, d’importantes rénovations sont menées sur la fontaine des Mers moindre sur la fontaine des Fleuves. Au fil du temps, les réparations par plaques métalliques et feuilles de cuivre sont peu à peu soulevées par l’oxydation naturelle de la fonte et participe du vieillissement incontrôlé de l’ensemble.

Récemment, une restauration d’envergure a été nécessaire afin de redonner tout leur lustre aux fontaines de la place de la Concorde.  Votée en 1998, elle a suivi le projet architectural et technique établi par Etienne Poncelet, architecte en chef des monuments historiques. Le chantier s’est déroulé de février 1999 à mars 2000. 

Confiée aux ateliers Oudry, la restauration a concerné l’ensemble de la statuaire, les vasques en fonte, les statues recouvertes de feuilles de cuivre martelé hormis les statues des bassins en bronze depuis 1932. La virtuosité technique et la créativité des interventions ont donné lieu au dépôt de nouveaux brevets. La fontaine des Mers, la plus abîmée, a fait l’objet d’une attention particulière.

Pour chaque fontaine, une nouvelle structure en acier inoxydable a été conçue. Les éléments en fonte ont été restaurés dans la mesure du possible ou reconstitués par moulage avant de subir une série de traitements. Les effets d’eau restitués ont été mis en valeur par la modernisation des éclairages. En 2017, une nouvelle intervention a permis de prolonger de façon pérenne cette mise en beauté des fontaines de la place de la Concorde.

Fontaines de la place de la Concorde - Paris 8

Bibliographie
Le guide du patrimoine Paris - Sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette
Le guide du promeneur 8è arrondissement - Philippe Sorel - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Paris de fontaine en fontaine - Jacques Barozzi - Parigramme

Sites référents