mardi 27 août 2019

Cinéma : Une fille facile, de Rebecca Zlotowski - Avec Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel, Nuno Lopes



A Cannes, les yachts des milliardaires croisent au large des côtes tandis que les paillettes de la Croisette font rêver les jeunes filles. Naïma a seize ans cet été-là. Elle devait débuter une formation dans les cuisines du grand hôtel où sa mère, Dounia, travaille comme femme de chambre. L’adolescente préfère traîner avec Dodo, son meilleur ami, qu’elle aide à répéter ses auditions. Alors qu’elle vient de perdre sa mère, Sofia, une cousine parisienne, rejoint Dounia et Naïma dans le Sud. La sculpturale Sofia, séduction incarnée, attire tous les regards. Elle joue de ses attraits physiques, attise les désirs. En échange de ses faveurs, des hommes fortunés la couvrent de cadeaux. Naïma est fascinée par ce mode de vie aussi facile que rutilant. Andres, un richissime et sympathique Brésilien, invitent les filles sur son yacht en compagnie de Philippe, un ami banquier.






Conte moral de la fin de l’adolescence, chronique sociale cruelle, ce film primé à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs déploie le fil d’un récit initiatique subtil, baigné d’une profonde mélancolie. Sous un soleil éclatant, atmosphère balnéaire rêveuse, la réalisatrice Rebecca Zlotowski nous parle de la puissance du désir, de la violence du pouvoir de l’argent, de la construction de la féminité. La légèreté du souffle estival qui porte l’histoire ne fait pas oublier la charge sociale de thèmes plus complexes qu’il n’y paraît. 

La cinéaste convoque les imaginaires de La Collectionneuse ou de Pauline à la plage d’Eric Rohmer, du Mépris de Godard. Pour incarner la sulfureuse figure féminine centrale de ce film d’apprentissage, elle choisit une actrice débutante, Zahia Dehar, plus connue pour les affaires de mœurs de 2010 impliquant quelques footballeurs de l’équipe de France. Si elle convoque les fantasmes projetés sur son actrice, la réalisatrice évite l’écueil de la caricature. Sofia joue de son image hyper-sexualisée indifférente aux reproches, aux propos agressifs voire insultant des garçons sur la plage, frondeuse face à la bien-pensance étriquée, affrontant la multiplicité des regards entre fascination et répulsion, la sourde misogynie ou encore acceptant la tendresse. Loin d’être une écervelée, une bimbo idiote, elle revendique sa sexualité de femme forte, le pouvoir d’attraction du corps qui lui permet de se libérer des entraves de sa condition d’origine.






Diction à la Bardot et look à la Sofia Loren, Zahia Dehar propose une déconcertante incarnation. Sofia, paradoxale, affirme sa volonté de remettre en question les préjugés, les idées reçues et assume pleinement de se servir de la beauté pour assouvir ses désirs matériels immédiats. Zahia Dehar lui confère de multiples nuances, entre naïveté et maturité, candeur et intelligence. Lumineuse, pétillante, Mina Farid qui prête ses traits à Naïma donne beaucoup de naturel à ce personnage d’adolescente qui laisse éclore ses désirs. Benoît Magimel, impeccable de sobriété, Clotilde Courau, grande bourgeoise dédaigneuse et anxieuse, Nuno Lopes séduisant en diable, complètent la distribution. 



Ce film initiatique ausculte le rapport à l’émancipation sexuelle, à la marchandisation des corps, aux tabous à travers des portraits de femmes libres et sensuelles. Pouvoir et indépendance, domination et implacables rapports de classe, Une fille facile nous livre un tableau vivace de l’époque et de ses contradictions. Charnel et cruel.

Une fille facile, de Rebecca Zlotowski
Avec Mina Farid, Zahia Dehar, Benoît Magimel, Nuno Lopes, Clotilde Courau, Loubna Abidar, Lakdhar Dridi
Sortie 28 août 2019 




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