samedi 15 juin 2019

Paris : Fers brisés, hommage au général Thomas Alexandre Dumas, une oeuvre signée Musée Khômbol alias Driss Sans-Arcidet - XVIIème



Fers, oeuvre symbolique signée Musée Khômbol le pseudonyme de Driss Sans-Arcidet, représente deux bracelets brisés d’esclave. Cette sculpture monumentale rend hommage au général Thomas-Alexandre Dumas (1762-1806), esclave affranchi, premier général d’origine afro-antillaise de l’armée française, père d’Alexandre Dumas, l’auteur des Trois Mousquetaires et du Comte de Montecristo, grand-père d’Alexandre Dumas fils auteur de La Dame aux camélias. Inaugurée le 4 avril 2009 sous le haut patronage de l’Unesco, elle célèbre le héros méconnu et à travers lui, à travers son histoire, les esclaves et leurs descendants. Présent à Paris ce jour-là à l’occasion des soixante ans de l’OTAN, Barack Obama est convié symboliquement à cette inauguration. Depuis le 10 mai 2009, à l’initiative de l’Association des Amis du général Dumas et en collaboration avec la Mairie de Paris, chaque année à cette date une cérémonie est organisée à l’occasion de la journée nationale commémorative du souvenir de l’esclavage et de son abolition. Ces chaînes brisées sont devenues un lieu de mémoire et de dignité.







Fils naturel d’un aristocrate désargenté en quête d’opportunités dans les colonies, le marquis Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie et d’une esclave d’origine africaine Marie-Cessette Dumas, Thomas Alexandre Dumas naît le 25 mars 1762 sur la partie française de l’île de Saint-Domingue, devenue depuis Haïti. Selon le Code noir en vigueur, cette filiation fait de lui un esclave. A la veille de son retour en France, son père vend ses quatre enfants avant de racheter Thomas Alexandre qu’il rapatrie avec lui en métropole. Là le jeune adolescent porte le nom de Davy de la Pailleterie et reçoit une éducation accomplie. 

Soutenu financièrement par son père jusqu’à ces vingt ans, Thomas Alexandre rompt avec lui à l’occasion du remariage de celui-ci. En 1786, il s’engage dans le régiment des dragons de la Reine sous le nom d’Alexandre Dumas puis rallie la cause révolutionnaire. Il poursuit une brillante carrière militaire et devient en 1793 le premier général afro-antillais de l’armée française. Il prend part aux campagnes de Belgique, guerre de Vendée, guerre des Alpes, campagne d’Italie, campagne d’Egypte, où il acquiert le surnom de Monsieur l’Humanité. Son dégoût pour les exécutions publiques, sa clémence envers les Chouans, sa bienveillance envers les prisonniers et les populations civiles illustrent un décalage avec son époque. 






En 1800, le général Dumas se brouille avec Bonaparte au sujet du soulèvement de Saint Domingue. De retour de la campagne d’Egypte qu’il quitte avant la fin, il est fait prisonnier par le roi de Naples. Enfermé pendant deux ans, il ne sera libéré qu’en 1802. Il garde de graves séquelles de sa captivité, jambe droit estropiée, oreille droite sourde, paralysie de la joue gauche, œil droit presque aveugle, ulcère à l’estomac qui lui sera fatal par la suite. Il retourne en France sous le Consulat au moment où l’esclavage est rétabli. De nouveau, il s’oppose à Bonaparte. 

Le général Dumas est mis à la retraite forcée tandis que des directives racistes exclut progressivement tous les officiers de couleur de l’armée napoléonienne. Il n’obtient ni la pension ni la reconnaissance à laquelle il avait droit. Les diverses réclamations d’arriérés de soldes et d’indemnités pour sa captivité n’aboutiront jamais. Il meurt en 1806. Sa veuve est laissée sans ressources. Son fils, le futur écrivain Alexandre Dumas qui n’a pas encore quatre ans ne connaîtra donc pas réellement son père mais ses exploits militaires vont inspirer un certain nombre de ses romans dont le plus célèbre, les Trois Mousquetaires.






L'écrivain Anatole France (1844-1924) mène une campagne en 1913 afin que soit enfin rendu hommage à Thomas Alexandre Dumas. A son sujet il déclare alors : « Le plus grand des Dumas, c'est le fils de la négresse. Il a risqué soixante fois sa vie pour la France et est mort pauvre. Une pareille existence est un chef-d'œuvre auprès duquel rien n'est à comparer ». Une sculpture en bronze, réalisée par le sculpteur Alphonse Emmanuel de Perrin de Moncel est érigée place Malesherbes, qui deviendra la place du Général Catroux, pour saluer la mémoire de Thomas Alexandre Dumas. Le monument rejoint sur la place ceux élevés en l’honneur de son fils et de son petit-fils, l’ensemble de 1833 signé Gustave Doré célébrant Alexandre Dumas, et la sculpture datant de 1906 signée René de Saint Marceaux honorant Alexandre Dumas fils. Sur la place des Trois Alexandre, les trois oeuvres placées en triangle, représente trois générations et le destin d’une lignée d’exception. 

Sous l’Occupation nazie, la statue du Général Dumas est confisquée par décret du gouvernement de Vichy pour être fondue. Derrière le prétexte de soutien de l’effort de guerre par la réquisition des métaux non-ferreux, la dimension politique ne fait aucun doute. De nombreuses statues à Paris vont subir le même sort, notamment celle dédiée à Charles Fourrier père de l’utopie socialiste, qui a été récemment remplacé par une nouvelle oeuvre, La quatrième pomme de Franc Scurti dont je vous parlais ici








A partir de 2002, le philosophe Claude Ribbe, biographe de Thomas Alexandre Dumas et fondateur de l’Association des Amis du Général Dumas, milite pour sa réhabilitation. Il soutient deux demandes principales. Que lui soit attribué à titre posthume la Légion d’honneur auquel il aurait eu droit de son vivant sans les mesures racistes prises par Napoléon et qu’une nouvelle oeuvre hommage viennent remplacer celle détruite durant la Seconde Guerre Mondiale. La Ville de Paris lance une commande publique en 2008.

Cinq artistes, parmi lesquels l’artiste sénégalais Ousmane Sow, proposent des projets très variés. Celui du plasticien Driss Sans-Arcidet alias Musée Khômbo qui s’inspire du parcours tragique et glorieux de Thomas Alexandre Dumas, est retenu. « Le premier fer, c’est l’enfance, l’esclavage. Le bracelet est presque fermé, le nom donné est celui du propriétaire de l’enfant. Le second fer est presque ouvert, c’est l’âge de la gloire et de l’humain, le nom choisi est celui de notre homme. » déclare Musée Khômbol. Réalisés avec le concours de l’artisan Dominique Tillard, chaque fer mesure cinq mètres de haut et pèse de 2,6 tonnes.

Fers, hommage au général Thomas-Alexandre Dumas
Oeuvre de Musée Khômbol alias Driss Sans-Arcidet
Place du Général Catroux - Paris 17

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1 commentaire :

Unknown a dit…

Honneur au général Dumas
C est une histoire triste vraiment une pensée aux victimes de l esclavage