mercredi 8 mai 2019

Paris : L'arbre bleu ou L'arbre des rues, une fresque de Pierre Alechinsky, un poème d'Yves Bonnefoy - Vème



L’arbre bleu ou L'arbre des rues de Pierre Alechinsky dresse sa longue silhouette céruléenne à l’angle des rues Descartes et Clovis, dans le quartier de la Sorbonne, derrière le Panthéon. Réalisée à l’occasion du projet Murs de l’an 2000, cette fresque célèbre la puissance de l’imaginaire et la sérénité d’une nature de plus en plus rare en ville. Au sommet de la montagne Saint-Geneviève, l’arbre d’un azur saturé trouve sous le pinceau de l’artiste belge une dimension onirique qui enchante le paysage urbain. Comme peint par un calligraphe dans l’élan du mouvement, le motif central principal est complété d’un ensemble de vignettes qui forment cadre et alimentent la narration en la complétant. Des mots gravés se déploient le long de la fresque. L’oeuvre graphique de Pierre Alechinsky dialogue avec un poème de son ami Yves Bonnefoy. Les vers et les images convoquent la force et les fragilités du vivant cerné par la réalité des cités de l’homme, invitent à préserver cette précieuse nature.








Anti-conformiste, imprévisible, l’artiste Pierre Alechinsky (1927-) revendique pleinement sa liberté d’inspiration et d’écriture. Acteur majeur du monde artistique belge de l’après-guerre, il a été notamment l’un des membres influents du groupe COBRA (1949-1951) ou Internationale des artistes expérimentaux fondé par les poètes Christian Dotremont et Joseph Noiret, les peintres Karel Appel, Constant, Corneille et Asger Jorn dont le slogan était « l’imagination au pouvoir ».  Alechinsky a conservé de cette expérience de groupe une idée de libération de la création artistique des carcans de l’abstraction géométrique comme de la réalité figurative. « La spontanéité ne suffit pas, ni le désordre improvisé. Le dessin doit rester ouvert, qu'on puisse y entrer et en sortir. » Son oeuvre, d’incursions en détours, traverse tous les champs de la peinture. L’audace et la spontanéité marquent un travail graphique fruit de l’expérimentation inlassable. 

En 1954, Pierre Alechinsky rencontre le peintre chinois Walasse Ting qui l’initie à la calligraphie, à l’encre et à la peinture acrylique. En maniant le pinceau du calligraphe, il apprend le corps en mouvement, la fluidité du geste, sa souplesse.  L’utilisation de l’encre et de l’eau trouve un écho profond à la nature spontanée de l’artiste. Naissent des formes exubérantes, les couleurs explosent, les éclaboussures se font hasard heureux, expressionnistes, surréalistes. Cette prolifération illustre les capacités d’invention de renouvellement d’Alechinsky. Il abandonne définitivement la peinture à l’huile pour l’acrylique qui s’accommode mieux de la fluidité des coups de pinceau. 







Sujet récurrent dans l’oeuvre d’Alechinsky, la représentation de l’arbre acquiert un aspect doux-amer en milieu urbain où le végétal et le béton semblent antinomiques. Afin de renforcer la cohérence de son récit, l’artiste a entouré son motif central de cases, vignettes inspirées des prédelles des retables médiévaux. Depuis 1965 et le tableau Central Park, l’une de ses œuvres les plus célèbres, Alechinsky explore les marges libres de la toile. Dans cette « peinture à remarques marginales » l’interaction énigmatique, fascinante, entre les petites compositions périphériques et l’élément principal, nourrit le récit, ouvre la narration à l’interprétation. Ici les arbres chétifs tentent de croitre parmi les masses des bâtiments, escaliers et tourelles. 

Le poème signé Yves Bonnefoy (1923-2016), poète, critique d’art, traducteur apporte la musique d'une histoire d’arbre en ville. Très lié à Giacometti et Balthus, cet ami de Pierre Alechinsky a travaillé avec de nombreux artistes. De cette collaboration sont nés de beaux livres où les poèmes de Bonnefoy chantent avec les œuvres de Nasser Assar, Eduardo Chillida, Claude Garache, Jacques Hartmann, Alexandre Hollan, George Nama, Gérard Titus-Carmel, Bram van de Velde, Zao Wou-Ki…. 

L’arbre bleu - Pierre Alechinsky
40 rue Descartes - Paris 5

L’arbre des rues - Yves Bonnefoy

Passant,
regarde ce grand arbre
et à travers lui
il peut suffire.

Car même déchiré, souillé,
l'arbre des rues,
c'est toute la nature,
tout le ciel,
l'oiseau s'y pose,
le vent y bouge, le soleil
y dit le même espoir malgré
la mort.

Philosophe,
as-tu chance d'avoir l'arbre
dans ta rue,
tes pensées seront moins ardues,
tes yeux plus libres,
tes mains plus désireuses
de moins de nuit.


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