mercredi 15 mai 2019

Paris : Fontaine Cuvier, hommage à la Science, bestiaire fantaisiste - Vème



La Fontaine Cuvier,  monumentale a été érigée entre 1840 et 1846 en hommage à Georges Cuvier (1769-1832), naturaliste, professeur d’anatomie comparée au Muséum d’histoire naturelle, père fondateur de la paléontologie. Et un sale type. Il fait partie des scientifiques qui ont soutenu les théories anatomistes racistes développées à cette époque. Fasciné par le cas de Saartjie Baartman, la Vénus Hottentote, esclave sud-africaine montrée dans des zoos humains à travers toute l’Europe, Cuvier a joué un rôle sordide lors du décès de celle-ci. Autopsie, moulages, prélèvement d’organes, reconstitution de son squelette dans le but de l’exposer, la dépouille objectivée de cette malheureuse victime, devenue pièce des collections du Muséum d’histoire naturelle, ne sera rendue à l’Afrique du Sud afin d’être décemment inhumée qu’en 2002. Ambitieux opportuniste politique, arriviste de la pire espèce, Cuvier a ralenti, du fait de sa mainmise sur le système universitaire, la diffusion en France des théories transformistes qui mèneront à la théorie de l’évolution. Etait-ce absolument nécessaire de conserver un monument en son honneur ?











Propriété de la commune, la fontaine Cuvier a été classée au titre des monuments historiques par arrêté du 3 avril 1984. Lorsqu’elle est élevée en 1840, elle remplace une autre construction datant de 1671. La fontaine dite Alexandre ou fontaine Saint Victor selon les sources était adossée au mur de la tour éponyme, vestige de la prison de l’abbaye de Saint Victor. 

L’édification de la fontaine Cuvier est confiée à l’architecte Alphonse Vigoureux (1802-1854) tandis que le décor censé illustrer l’abondance et le foisonnement de la nature revient à deux sculpteurs. Auteur des éléments principaux, Jean-Jacques Feuchère (1807-1852) réalise dans une niche à colonnes doriques cannelées, surmontée en agrafe sur la clé de voute du portique d’un aigle emportant dans ses serres un agneau, une allégorie de la Science ou l’Histoire naturelle assise sur le flanc d’un lion, une chouette à ses côtés. Dans ses mains, elle tient des tablettes gravées de la devise de Cuvier, d’après un vers de Virgile : Rerum cognoscere causas - Pour connaître les causes.










Pierre-Jules Pomateau, ornementaliste, est chargé de sculpter la frise, le tympan, la corniche, les plaques des trois jets d’eau. Il cherche à représenter les différentes espèces du monde animal avec le plus de variété tout en évoquant la recherche scientifique avec notamment des éléments de squelettes. 

Au pied de la Science, se trouve un groupe animalier d’amphibiens dont un saurien à la morphologie fantaisiste, un crocodile au cou tourné selon un angle de 90° ce qui lui est impossible sur le plan anatomique. Le décor de plantes aquatiques semble remonter le long du portique gravé de poissons, homards, étoiles de mer et coquillages.









Le socle est paré le long de la plinthe d’une frise à treize modillons qui mettent en lumière la diversité des grands mammifères.  Les masques d’animaux, têtes de loup, de hibou, de taureau, de singe se succèdent mais traduisent l’idée d’une hiérarchie du vivant avec au centre un visage d’homme. Les mascarons en bronze à tête de serpent crachent l’eau dans un bassin en rotonde. Le bestiaire naïf et fantaisiste de la fontaine Cuvier semble annoncer en prélude la Ménagerie du Jardin des Plantes voisin.

Fontaine Cuvier
Angle rues Cuvier et Linné - Paris 5

Bibliographie
Paris de fontaines en fontaines - Jacques Barozzi - Parigramme
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme
Le guide du promeneur 5è arrondissement - Bertrand Dreyfuss - Parigramme
Le guide du patrimoine Paris - sous la direction de Jean-Marie Pérouse de Montclos - Hachette

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