Expo : Océanie - Musée du Quai Branly Jacques Chirac - Jusqu'au 7 juillet 2019



L’exposition Océanie au musée du Quai Branly Jacques Chirac, créée en collaboration avec la Royal Academy of Arts de Londres, avec la participation du Museum of Archeology and Anthropology de Cambridge, aborde l’histoire plurielle des peuples du Pacifique relatée à travers cinq cents ans de créations artisanales et artistiques. De la Nouvelle-Guinée à l’Ouest à Rapa Nui (île de Pâques) à l’Est, d’Hawaï à la Nouvelle Zélande, Mélanésie, Micronésie, Polynésie, les populations insulaires, d’archipel en archipel, ont développé d’innombrables spécificités. L’événement au Quai Branly évoque l’identité du continent océanique composé de plus de 25 000 îles, par le biais de thématiques soulignant les points de convergences entre ces civilisations, vaste panorama de cultures méconnues. L’exposition fait escale à Paris après avoir été présentée à Londres en 2018, à l’occasion des deux-cent-cinquante ans de la première des trois expéditions dans l’Océan pacifique du capitaine James Cook (1728-1779), explorateur et navigateur britannique. Issus de collection privées et publiques, plus de deux-cents chefs-d’œuvre illustrent le savoir-faire ancestral des artistes de l’Océanie. Si l’exposition célèbre la tradition et la mémoire, elle donne également la parole aux artistes contemporains qui portent un regard critique sur la société, le reste du monde et s’engagent pour alerter les citoyens sur les enjeux environnementaux actuels. 











Région du monde fascinante, peuplée par des populations exploratrices venus d’Asie du Sud-Est, l’Océanie recèle d’innombrables cultures, toutes très différentes. L’exposition qui se tient au musée du Quai Branly dépasse la simple notion ethnographique pour rassembler les peuples sous la bannière de thématiques communes, voyages et navigation, dieux et ancêtres, croyances et divinités, mémoire de la colonisation et rencontres, engagement des artistes et enjeux actuels. 

Sculptures, objets du quotidien, parures, masques, totems, pirogues, ces artefacts témoignent de la richesse culturelle des peuples de l’Océanie, de leur diversité mais également de leurs points communs. Les convergences s’expriment dans leur vision du monde. Pour tous, l’océan est un espace sacré, une mer nourricière et le terreau de leur culture. Les connaissances maritimes qu’ils partagent s’affirment comme les éléments fondateurs de leur identité.  











Avant l’ouverture de l’exposition au public, des cérémonies ont été accomplies par des représentants des différentes cultures. Une pierre blanche a notamment été déposée par une délégation maorie lors d’un rituel afin d’affirmer le caractère sacré des trésors présentés. Les œuvres porteuses d’une forte dimension spirituelle sont accompagnées de notices explicatives décryptant signification et usages religieux tandis que le catalogue de l’exposition s’étend sur les artistes, les auteurs, leur famille, leurs origines.

Les spectaculaires pirogues séculaires soulignent l’esthétisation de la vie quotidienne des peuples de l’Océanie. Les objets liés au voyage, synonymes d’échanges, de commerce, sont abondamment ornés. Figures de proue, instruments de navigation, boucliers de protection, simples crochets deviennent de fabuleuses œuvres d’art par la grâce des artisans du Pacifique. Les pagaies de pirogues maories du XVIIIème siècle, parmi les premiers objets achetés par James Cook lors de l’expédition de 1768-1771, illustrent d’emblée la puissance esthétique de ces cultures. 









Dans de nombreuses langues océaniennes, le passé est devant, le futur derrière. Les ancêtres bâtisseurs de la communauté, garants de l’avenir du groupe, sont célébrés comme des divinités. Leur portrait, représentations stylisées, ornent les maisons, pilotis, portes, frontons, mais également les parures tels les tiki portés en pendentif autour du cou. Les figures spirituelles des masques kanaks fascinent, entre effroi et pure beauté. L’importance du culte des ancêtres, la complexité des rites et cérémonies religieuses s’incarnent dans le soin apporté aux sculptures, œuvres saisissantes, réceptacles des esprits, des divinités. 

Magnifique pièce de l’exposition, la mythique statue du dieu A’a du Rurutu, îles Australes a connu une destinée singulière. Remises aux missionnaires anglais en 1821 en signe de renoncement aux cultes païens, elle est conservée de nos jours au British Museum. Considérée comme la Joconde de l’Océanie, cette sculpture intrigante a beaucoup inspiré Pablo Picasso qui en possédait deux moulages, l’un en bronze l’autre en plâtre. 









La richesse des ornements rituels, la complexité des coiffes cérémoniales, la préciosité des parures, le raffinement des plastrons, l’élaboration des colliers mettent en exergue le savoir-faire des peuples d’Océanie. La Cape du roi Kamehameha II d’Hawaï (1797-1824) large de 2,27 mètres, couverte de plumes rouges et jaunes formant des motifs géométriques, la Coiffe du peuple Roro, île Yule, Papouasie Nouvelle-Guinée, en plumes et coquillages, haute de 2,40 mètres illustrent l’excellence artisanales de ces cultures. 

Présenté en contrepoint moderne, le piano baroque Story of a New Zealand River de Michael Parehowhai, une oeuvre contemporaine dévoilée en 2011 à la Biennale de Venise reprend les techniques traditionnelles de l’art maori qui ornent pirogues et maisons de réunion. Les motifs sculptés et incrustés typiques appliqués sur un piano Steinway qui évoque le roman de Jane Mander (1920) et le film de Jane Campion (1993) La leçon de piano, clament une identité culturelle néo-zélandaise postcoloniale retrouvée.











Après le trauma de la colonisation, facteur de destruction des civilisations autochtones, la spoliation des biens, l’acculturation par les colons occidentaux, la christianisation forcée des populations, les peuples d’Océanie sont en quête de leur identité. Les œuvres contemporaines se font passerelles entre transmission des techniques ancestrales et évolution vers de nouvelles pratiques. Les artistes y affirment leur devoir de mémoire. In pursuit of Venus [infected], oeuvre vidéo réalisée entre 2015 et 2017 par l’artiste néo-zélandaise Lisa Reihana, et présentée à la Biennale de Venise 2017, propose une expérience immersive déchirante à travers l’évocation du premier voyage de James Cook à Tahiti. Sur un fond de papier peint français datant de 1804, dessiné par Jean-Gabriel Charvet et intitulé Les sauvages de la mer du Pacifique, des comédiens incarnent le drame de la colonisation, l’annihilation des populations locales, leur assujettissement.  

Soucieux des enjeux environnementaux actuels, les artistes contemporains s’engagent. L’urgence climatique, la montée des eaux et la disparition d’archipels entiers, la pollution des essais nucléaires, la dérive d’un continent plastique toujours plus vaste, sont au cœur de leurs préoccupations. 

Océanie
Jusqu’au 7 juillet 2019

Musée du Quai Branly Jacques Chirac
37 quai Branly - Paris 7
Tél : 01 56 61 70 00
Horaires : lundi, mardi, mercredi et dimanche de 11h à 19h, jeudi, vendredi et samedi de 11h à 21h
Tarif : 10 euros - Tarif réduit : 7 euros - Gratuit - 18 ans
Accès aux personnes à mobilité réduite



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.