mardi 3 juillet 2018

Cinéma : Joueurs, de Marie Monge - Avec Tahar Rahim, Stacy Martin - Par Didier Flori



Ella mène une vie sans grand relief, gérant un bar restaurant aux côtés de son père. Alors qu’elle contrôle les stocks, elle surprend Abel, postulant serveur, qui s’est introduit dans les lieux et s’est mis au travail de son propre chef. Malgré ses appréhensions, elle est séduite par l’aplomb du candidat et lui donne sa chance. Son essai au premier service est probant mais la jeune femme déchante lorsqu’il prend de l’argent dans la caisse alors qu’elle s’apprête à fermer le restaurant. Il l’entraîne bientôt dans un cercle de jeux où il l’encourage à participer. L’adrénaline des jeux d’argent et le charme d’Abel ne tardent pas à griser Ella.





Premier long métrage de la tout juste trentenaire Marie Monge, Joueurs s’inscrit dans la continuité de son moyen métrage Marseille la nuit nommé aux Césars en 2014. Après la vie nocturne de la cité phocéenne, c’est celle de Paris que décrit ici la cinéaste, qu’elle a découverte à son arrivée dans la capitale pour faire ses études. Immédiatement fascinée par le milieu des cercles de jeux, elle a aussi voulu témoigner d’un monde en voie de disparition, la plupart des cercles de jeux ayant fermé ses dernières années. Avec une attention méticuleuse aux décors et aux figurants, choisis parmi de réels employés de salles de jeux ou joueurs, la reconstitution bluffante de vérité de ce monde souterrain est la grande réussite du film.

Au service de l’immersion dans cet univers, la mise en scène de Marie Monge emprunte avec bonheur au cinéma de Martin Scorsese. Un moment suspendu dans un ralenti a la grâce de l’arrivée dans le bar de Harvey Keitel dans Mean Streets ; la description par Abel du fonctionnement des cercles de jeux donne lieu à une série de séquences d’illustrations qui plantent le décor avec la même efficacité que les montages des Affranchis ou de Casino. Epaulée par son chef opérateur Paul Guillaume, la réalisatrice donne à son film un cachet visuel indéniable, dans la lumière tamisée des salles de jeux ou sous les néons blafards.





L’esthétique du film est donc séduisante, mais malheureusement son propos n’est pas exactement à sa hauteur. La mise en parallèle entre l’addiction au jeu d’Abel et l’addiction amoureuse de Ella ne manque certes pas de justesse mais n’est pas d’une grande originalité. La cinéaste a beau inverser les codes du film noir en faisant de l’homme l’objet du désir et la source du danger, Jacques Audiard avait déjà eu recours au même procédé dans Sur mes lèvres, avec un résultat autrement plus prenant. On se lasse un peu du récit de Joueurs passée la découverte d’un univers nocturne qui ne sera jamais utilisé de façon très surprenante.




Ce manque d’originalité est en partie compensé par un casting convaincant et bien dirigé. Stacy Martin se coule avec aisance dans les transformations d’Ella au fil de sa passion amoureuse, et son alchimie avec Tahar Rahim est palpable. Déjà présent dans Marseille la nuit, Karim Leklou impose quant à lui une nouvelle fois sa présence d’exception dans un second rôle marquant. 

Joueurs, réalisé par Marie Monge
Avec Tahar Rahim, Stacy Martin, Bruno Wolkowitch, Karim Leklou, Marie Denarnaud
Sortie le 4 juillet 2018


Cinéphile averti, Didier Flori est l’auteur de l’excellent blog consacré au cinéma Caméra Critique que je ne saurais trop vous conseiller. Egalement réalisateur et scénariste, c’est avec ferveur qu’il œuvre dans le cadre de l’association Arte Diem Millenium qui soutient les projets artistiques de diverses manières, réalisation, promotion, distribution… Style ciselé, plume inspirée et regard attentif, goûts éclectiques et pointus, ses chroniques cinéma révèlent avec énergie toute la passion pour le 7ème art qui l'anime.




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