mardi 24 avril 2018

Cinéma : La route sauvage, de Andrew Haigh - Avec Charlie Plummer, Chloë Sevigny, Steve Buscemi



Charlie, quinze ans, vit seul avec son père, Ray, depuis que sa mère a quitté le foyer familial. De ville en ville, d'un job à l'autre, sans attache, Ray traîne son gamin à sa suite dans une vie d'inconstance. Tout occupé de ses plaisirs, la fête, l'alcool, les femmes, ce père négligent n'accorde que peu d'attention à son fils. Alors qu'ils viennent de s'installer dans la banlieue de Portland, Oregon, Charley trouve un petit boulot sur un champ de course voisin, auprès de Del, propriétaire et entraîneur de chevaux. Celui-ci fait courir sur les hippodromes régionaux des pur-sang en fin de carrière. Mais Bonnie, jockey désabusée, prévient Charley, il ne faut pas s'attacher aux animaux. Ils sont revendus à des abattoirs mexicains dès qu'ils cessent d'être rentables. Charley noue un lien particulier avec Lean on Pete, un quarter horse qui bientôt se blesse. Lorsqu'un accident frappe Ray, Charley se retrouve totalement livré à lui-même et il décide de sauver Lean on Pete. Il embarque le cheval dans un van et s'enfuit dans l'idée de retrouver sa tante Margy, perdue de vue, qui habite le Wyoming.






Adaptation contemplative du roman de Willy Vlautin, paru en France sous le titre Cheyenne en automne, La route sauvage oscille entre ombre et lumière, douceur et violence. Andrew Haigh, le réalisateur, livre un portrait sensible d'adolescent malmené par la vie sur fond de voyage d'apprentissage.

Le film découpé en deux segments très nets s'ouvre la découverte du monde des petits hippodromes où Charley ne rencontre que les désillusions avant de rompre pour se sauver sur la route avec le cheval. Sa quête hasardeuse est guidée par les souvenirs lointaines d'une tante idéalisée qui représente pour le jeune garçon l'espoir de trouver un foyer, l'espoir d'appartenir à une famille où il serait en sécurité. 

Sous l'œil d'Andrew Haigh, les paysages somptueux rappellent la petitesse de l'être humain face à la nature et l'immensité des solitudes. La splendeur des panoramas souligne la poésie d'une oeuvre qui ne boude pas parfois un certain lyrisme malgré une ligne forte d'épure, une forme de dépouillement qui répond au sens naturaliste du réalisateur. Il y a de la sincérité dans cette simplicité, cette justesse du regard. 




A travers les grands espaces de l'Ouest américain, de coups de pouce du destin en mauvaises rencontres, l'odyssée de Charley nous entraîne au coeur de l'Amérique profonde, celle des marginaux qui vivent d'expédients, celle des précaires en déshérence. Les brèves rencontres avec ces êtres ambivalents ouvrent au gamin en cavale une porte vers la véracité de la condition humaine, les failles, le désespoir et toujours cette farouche volonté de s'en sortir qui le porte. Le caractère mélodramatique de la narration ne nuit pas à l'authenticité du film. 

La tendresse du cinéaste pour ses personnages, la profonde empathie s'exprime pleinement dans la construction subtile des différents protagonistes qui croisent la trajectoire intime d'un Charley aussi naïf que déterminé. Le film doit beaucoup à la grâce de l'interprétation. Charlie Plummer incarne avec générosité et intensité le jeune Charley. Il donne une finesse particulière à ce rôle de garçon en pleine quête existentielle. Chloë Sevigny en femme-jockey blasée et Steve Buscemi, rugueux Del, apportent la juste note d'ambivalence à leurs personnages.

Sur le fil des errances sensibles de Charley, film doux-amer, intense, lumineux, La route sauvage est une belle épopée initiatique.

La route sauvage, de Andrew Haigh
Avec Charlie Plummer, Chloë Sevigny, Steve Buscemi
Sortie le 25 avril 2018

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