Cinéma : Conversation(s) avec une femme réalisé par Hans Canova


Et si l’irréparable pouvait être réparé ? Conversation(s) avec une femme  est une comédie dramatique qui parle d’amours perdues, des promesses qu’on n’a pas tenues, de cruauté et de tendresse, de passion et de raison. New York. La salle de réception d’un mariage chic. Une femme en robe de demoiselle d’honneur fume nerveusement. Un homme s’apprêtant à la rejoindre demande au barman de lui souhaiter bonne chance. S’entame alors un aimable badinage, un flirt léger qui s’avère ne pas être tout à fait ce qu’il paraît. Car cette conversation n’a pas lieu entre de parfaits inconnus. Interrompue des années plus tôt, elle reprend sur le ton du marivaudage puis nous dévoile au cours de la nuit la profonde intimité qui lie les protagonistes.




Hans Canova a donné une dimension théâtrale à ce huis clos, long dialogue mélancolique, partition à deux voix. La mise en scène particulière renforce cette impression de spectacle vivant.  Le réalisateur  use et abuse du split screen qui consiste à projeter simultanément le jeu des deux personnages, comme en face à face, sur l’écran séparé en deux. L’objectif, impliquer le spectateur, le projeter au cœur de l’émotion. Malheureusement, le procédé rebute et reste très artificiel. L’œil est dans un premier temps agacé puis s’habitue peu à peu lorsque les flashbacks évoquent la rencontre des personnages vingt ans auparavant. Ce déchirement visuel illustre l’irrémédiable fossé qui sépare les deux protagonistes bien qu’ils soient ensemble tout au long du récit.




Si la réalisation laisse un peu à désirer, le film tient surtout à l’admirable interprétation d’Helena Bonham Carter et Aaron Eckhart. Loin d’être un simple exercice de style, ce dialogue amoureux plein de vivacité et de tendresse, prend toute son ampleur grâce à l’harmonie parfaite entre les deux comédiens. Le spectateur tombe sous le charme des personnages auxquels les acteurs apportent une séduction profonde. Leur jeu complexe, tout en nuances virtuoses, en retenue délicate, de la vivacité d’un regard au frémissement de mains qui se frôlent, est troublant de naturel. Au sourire qui se plisse sur lequel passe une ombre narquoise à peine entraperçue répond l’éclat d’une prunelle enflammée. (Et là, je me dis que ça fait un peu conjonctivite ce que je viens d’écrire).





C’est l’histoire d’une brève rencontre à la croisée des chemins, un instant de temps suspendu durant lequel sont évoqués l’amour passion qui brûle et détruit, l’amour raison sur la base duquel on peut construire une vie. L’âge et le renoncement aux grandes aspirations, la réduction du champ des possibles alors que l’horloge tourne.

Mélancolique et gai, drôle et émouvant, Conversation(s) avec une femme est un film indépendant remarquablement bien écrit et divinement interprété. Je ne cesse de me répéter quelle merveilleuse pièce de théâtre il ferait depuis que je l’ai vu. A ceci près, que ce n’est pas tous les jours que nous aurions le bonheur de voir Helena Bonham Carter et Aaron Eckhart sur des planches, en France de surcroît.

Conversation(s) avec une femme  (Conversations with other women)
Réalisé par Hans Canova avec Helena Bonham Carter et Aaron Eckhart – produit en 2004, sorti sur les écrans français en 2006

Je vous laisse découvrir la bande annonce que j'ai détesté contrairement au film. Par contre, cherry on the cake dans le genre horripilant, la bande originale pourrait vous surprendre. Je vous rappelle qu'en 2004, on l'adorait avant qu'elle ne devienne Madame Mon Mari...