vendredi 25 décembre 2015

Paris : Vestiges du couvent des Cordelières dans les jardins de l'hôpital Broca - Angle des rues Pascal et de Julienne - XIIIème



A l'angle des rues Pascal et de Julienne, devant un bâtiment récent peu gracieux, les vestiges du couvent des Cordelières datant du XIIIème siècle contrastent par le raffinement gothique de leur silhouette. Préservés grâce à l'intervention de la Commission du Vieux Paris lors de la construction de l'hôpital Broca moderne entre 1972 et 1982, ils font partie des curiosités médiévales de la Capitale. Du couvent en lui-même, sont parvenues jusqu'à nous les baies en arc cintrée de l'ancien dortoir, les troncs de colonnes et chapiteaux provenant peut-être du cloître. Une promenade pavée dans les jardins du Centre de Gérontologie Clinique reprend le tracé de l'ancienne église attenante disparue. Exemple frappant de l'architecture rayonnante d'un Moyen-âge parisien, ces ruines se dressent, anachroniques. Les fenêtres moins larges que le gothique flamboyant, disposent de moins de lancettes et sont surmontées par un oculus polylobé, élément décoratif typique de ce style. L'histoire des lieux est des plus surprenantes.  







Le couvent des Sœurs Mineures de Sainte Claire, de l'ordre de Saint François d'Assise, est fondé à Longchamp en 1259, sous l'impulsion d'Isabelle de France, seconde fille de Saint Louis et épouse de Thibaud VII roi de Navarre. En 1270, le couvent des Clarisses de Troyes prolonge cette fondation. A cette époque, la reine Marguerite de Provence, veuve de Saint Louis, possède le long de la Bièvre, sur le fief de Lourcine (ou Oursine, Orsine, Ursine, Lorcines) un domaine de huit hectares où se dresse un manoir. Le nom pourrait dater de l'époque romaine déformation de l'appellation du lieu dit locus cinerum, lieu des cendres. Achetée à Jean et Adam de Chailly, la propriété jouxte le chemin allant de Lourcine au moulin de Croulebarbe.

En 1287, Gallien de Poix, chanoine de Saint Omer lègue aux Clarisses trois maisons, un pré et un bois dans le faubourg de Saint Marcel attenant aux terres de la reine Marguerite. Les moniales de Troye et de Longchamp s'y installent dès 1289. La reine qui vit recluse sur sa propriété entretient des liens profonds avec la communauté et à sa mort en 1295, elle leur laisse en héritage l'usufruit de son propre domaine à condition de ne pas chercher à le vendre ou à le donner. Blanche de France, sa fille, veuve de Ferdinand de la Cerda, fils aîné d'Alphonse X de Castille, s'y retire et fait achever l'église que sa mère avait commandé somptueusement décorée de quatorze scènes de la vie de Saint Louis, oeuvres disparues mais reproduites sur un manuscrit conservé à Carpentras. A son décès le 17 juin 1320, elle lègue le castel aux Cordelières de l'église Sainte-Claire de l'Oursine lez Saint Marcel.






Le couvent bâti sur des terres inondables subit régulièrement les crues de la Bièvre et celle de 1579 est particulièrement dévastatrice. En 1590, il est occupé par les troupes d'Henri de Navarre (futur Henri IV) lors du siège de Paris (1589-1590). Au cours de la Révolution, il devient Bien National, le 25 décembre 1790. Morcelée, l'abbaye est vendue en octobre 1796 et les dix-huit dernières religieuses qui y résidaient doivent partir. Deux des côtés du cloître sont démolis. Les bâtiments sont vendus aux industries implantées dans la vallée de la Bièvre et successivement occupés par des tanneurs, des blanchisseurs et des tisserands. Le morcellement des terrains se prolongent avec le percement de rues à travers les jardins et le cimetière : la rue de Julienne en 1805, la rue des Cordelières 1825, la rue Pascal en 1827. En 1825, Louis- Marie Debelleyme, préfet de Charles X et Jean-Denis Cochin député-maire et administrateur des hospices de Paris transforment les lieux en "maison de refuge et de travail pour l'extinction de la mendicité". Poursuivant leur destin caritatif, en 1832, ils accueillent les orphelins de la grande épidémie de choléra avant d'être transformé en 1833 en hospice de femmes atteintes de maladies vénériennes.







En 1834, les bâtiments sont rachetés par le Conseil Général des Hospices qui après d'importantes rénovations, inaugurent en 1836 l'hôpital Lourcine. A cette époque demeurent de nombreux éléments architecturaux du couvent médiéval et des ajouts du XVIIIème siècle, notamment l'église. Les hauts bâtiments ont conservé les voutes d'ogives et les contreforts médiévaux. Dans les salles de soins, les colonnades surmontées de chapiteaux ont été préservées pour un temps et par endroit subsiste des reliquats de la charpente d'origine. Le 26 janvier 1893, l'hôpital Lourcine prend le nom de Broca, en hommage à Paul Broca, chirurgien et anthropologue. Démembrés, mal entretenus, dès le milieu du XXème siècle, les locaux ne répondent plus aux normes modernes. De grands travaux sont menés de 1972à 1982 entièrement remodelé. Les vieux bâtis disparaissent pour faire place au très contemporain hôpital Broca Centre de Gérontologie Clinique. Sans la campagne énergique menée par la Commission du Vieux Paris, les vestiges présents dans les jardins auraient été rasés au même titre que les éléments présents dans les édifices.

Vestiges de l'ancien couvent des Cordelières
Jardin de l'hôpital Broca
Angle des rues Pascal et de Julienne - Paris 13

Bibliographie
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit
Le guide du promeneur 13è arrondissement - Gilles-Antoine Langlois - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme
Paris Vestiges - Ruth Fiori - Parigramme

Sites référents



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2 commentaires :

Sheily a dit…

Une bien belle trouvaille !

Caroline a dit…

De gros problèmes de lumière ce jour-là. Je me suis laissée prendre par le passage à l'heure d'hiver.

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