vendredi 16 octobre 2015

Paris : La Cité du Midi, Montmartre aux couleurs de la Méditerranée - 48 boulevard de Clichy - XVIIIème



Sur le boulevard de Clichy, vaste voie divisée par une allée arborée récemment rénovée, la circulation est dense et les passants hâtifs. Boutiques souvenirs moroses aux devantures criardes, néons des sex-shops et des peep-shows, ici s’illustre un Pigalle turbulent, interlope, pas toujours des plus agréables entre le flot constant des touristes et une faune douteuse attirée par les établissements coquins. Loin du flot tapageur de la ville, le 48 boulevard de Clichy, dans le quartier des Grandes Carrières appartenant à Montmartre, s’ouvre sur un joli secret parisien à peine discernable depuis la rue. Une impasse verdoyante, longue d’à peine cent mètres, certainement une ancienne cité ouvrière autrefois habitée par une petite communauté provençale qui baptisa la voie Cité du Midi, paresse dans une heureuse abondance végétale. Fleurs, arbrisseaux, lauriers, oliviers nains, roses trémières en pot sur les pavés polis par le temps. Derrière les murs se cachent des jardinets dont la présence  se manifeste par les hautes cimes de quelques arbres saluant, par dessus les grilles en fer forgé, les visiteurs dans un froufrou feuillu.







Coquettes maisons, pavillons charmants, belles villas du XIXème divisées en petits logements, architecture hétéroclite soulève autant d’interrogations qu’il y a de constructions. La Cité du Midi, parenthèse enchantée, se caractérise par une esthétique méditerranéenne chaleureuse. Les murs blancs comme passés à la chaux se parent de volets colorés et les portes ouvragées font de l’esprit sur un ton art déco ou mauresque. Les numéros sont souvent marqués par des carreaux de faïence décorative Azulejos dépaysant.






Le numéro 5 qui a abrité de 1998 à 2008 l’Institut de recherches sur l’histoire du jazz en France est aujourd’hui une annexe des locaux de Columbia Records, le label américain détenu par Sony Music. Au numéro 6, l’histoire est artistique. Théâtre Pigalle au XIXème siècle, puis jusqu’en 1904 Cercle Pigalle, le bâtiment est devenu par la suite un garage puis un atelier de menuiserie avant d’être réaménagé en Musée de trains miniatures. Depuis 2007, s’y est établi le centre d’art contemporain The Box in Paris. Lieu culturel de rencontres, d’échanges entre les artistes, d’exposition, il propose également des soirées gastronomiques ponctuels, un bar où siroter un apéritifs en début de soirée. Il abrite également deux chambres d’hôtes tout à fait singulières, la White Box et la Black Box.










Le numéro 7 est partagé par une petite bâtisse suivi d’un ancien atelier-fabrique aux murs de brique rouge caractéristiques et d’un ancien entrepôt à la façade de bois noirci très japonisante, tout deux réhabilités en somptueuses habitations de charme. Jean-Baptiste Clément Chansonnier montmartrois et communard dont les chansons les plus célèbres sont le Temps des Cerises – La semaine sanglante et la comptine Dansons la capucine, demeurait au numéro 10 en 1871 pendant la Commune. Au numéro 12, les anciens bains douches de Pigalle reconvertis en logement ont conservé une façade caractéristique en carreaux de faïence blanche. La voie se termine par placette en demi arc de cercle bordée par une construction de charme curieusement concave dont les bow-windows semi-circulaires font songer à un ancien atelier d’artiste.








Souvenirs du passé préservés et réinventés, la Cité du Midi fait partie de ces lieux singuliers hors des sentiers battus qu’il faut se hâter de visiter avant leur fermeture au public. Les riverains ont fait circuler une pétition pour pouvoir installer une grille à l’entrée. Si pour l’instant, rien n’a encore été prévu, je crains qu’un jour prochain les flâneurs de Paris, amoureux de la ville, ne puissent plus s’y aventurer. De là à s’interroger sur la privatisation grandissante des espaces publics, il n’y a qu’un pas…

Cité du Midi
48 boulevard de Clichy – Paris 18









Bibliographie
Le Guide du Promeneur 18ème arrondissement – Danielle Chadych – Dominique Leborgne – Parigramme
Traversées de Paris – Alain Rustenholz – Parigramme

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