Paris : Le Champo - Espace Jacques Tati, un cinéma d'art et d'essai patrimoniale, une salle historique de répertoire - Ve arr

 

Le Champo - Espace Jacques Tati, cinéma d'art et d'essai à deux pas de la Sorbonne, au coeur du Quartier Latin perpétue la mémoire du Septième art. Clientèle d'habitués, de cinéphiles passionnés, il se distingue par sa programmation. Au côté du Reflet Médicis, de la Filmothèque, cette salle de répertoire propose soirées thématiques, des cycles variés, des rétrospectives dédiées à des cinéastes, Alain Resnais, Claude Chabrol, Louis Malle, David Lynch, Akira Kurosawa, Aki Kaurismäki etc, ou des cartes blanches aux réalisateurs. Grâce aux relations privilégiées nouées avec les distributeurs, il associe classiques et curiosités.

Depuis 1939, Le Champo - Espace Jacques Tati accompagne les mutations du secteur, le passage du noir et blanc à la couleur, du film en 35 mm au numérique. Façade inchangée au fil des restaurations depuis 1938, le doyen des cinémas de la rue Champollion dispose de deux salles, 130 et 120 places, dont l'iconique salle au plafond étoilé. Claude Chabrol le considère comme sa "deuxième université", François Truffaut son "quartier général". Il participe du rayonnement du patrimoine cinématographique. Le Champo - Espace Jacques Tati a fait l'objet de rénovations d'envergure dans les années 1950, puis 1970 et enfin en 1993. Il est classé au titre des Monuments historiques par arrêté du 7 avril 2000. 




Dans les locaux réhabilités d'une ancienne librairie, à l'angle de la rue des Écoles et de la rue Champollion, un cinéma d'actualités voit le jour lors d'une première séance projetée le 22 juin 1938. L'année suivante, Le Champollion fait face à des difficultés financières, des dettes. Roger Joly, professionnel de l'éclairage, intervenu sur les néons de la façade, reprend l'établissement. Sa vision le rendra culte. Il imagine une salle de cinéma ouverte aux productions confidentielles, aux longs métrages n'ayant pas rencontrés le succès dans les grandes institutions des Champs-Élysées et les laissent bien plus lontemps à l'affiche que ces dernières, jusqu'à six mois. Ainsi "Drôle de drame" de Jean Carné, échec commercial lors de sa sortie en salle en 1937, rencontre enfin son public au Champollion. 

Un incendie détruit la salle de projection en 1941. La pièce se révèle trop exiguë pour une reconstruction selon les nouvelles normes de sécurité. Afin de répondre à ces contraintes, Roger Joly et deux ingénieurs mettent au point le rétro-réflex, un nouveau type de projecteur inspiré des périscopes. Les machines volumineuses sont installées dans l'appartement situé au dessus du cinéma dans des espaces conformes. Ces structures techniques, conservées jusqu'en 2012, demeureront l'une des caractéristiques principales de la salle.

En 1955, Le Champollion s'étend et investit l'espace situé au sous-sol de l'immeuble, un ancien cabaret. Cette nouvelle salle, L'actua-Champo puis Le Champo 2, est pleinement intégrée à l'établissement mère à la fin des années 1970 lors de la réunion en une seule des deux entrées. 

Inspiré par le succès du Champollion, le Théâtre des Noctambules, rue Champollion; devient cinéma en 1956. Au fur et à mesure, sept salles de cinéma d'art et d'essai ouvrent le long de cette voie désormais réputée pour cette activité. 



En 1980, Roger Joly passe le flambeau à sa fille Christine Renavand. Cette année-là, Daniel Cartier rejoint les équipes du cinéma en tant que projectionniste. Devenu une figure incontournable du quartier, dans les années 2010, il tient aussi la caisse. Entre 1985 et 1989, Le Champollion fait l'objet de rénovations importantes, notamment la mise aux normes des salles. 

À l'occasion des cinquante ans de la salle, en 1988, elle adopte un nouveau nom et devient Le Champo Espace Jacques Tati, en hommage à son parrain historique. À cette occasion, une affiche originale du film "Jour de fête", offerte par la famille du cinéaste, est accrochée dans le hall d'entrée et une silhouette promotionnelle de Monsieur Hulot installée à ses côtés. 

En 1999, le propriétaire de l'immeuble, en contact avec des promoteurs britanniques, envisage de vendre le bâtiment et refuse de renouveler le bail. Christiane Renavand alerte les pouvoirs publics sur le devenir menacé de la salle. Un comité de soutien lance une pétition qui réunit deux-mille signatures, professionnels du cinéma autant que spectateurs. La Mairie de Paris intervient et lance une procédure de rachat par préemption. Le Ministère de la Culture classe l'ensemble, salles, façades et bâtiment général,  à l'inventaire des Monuments historiques pour ses qualités mémorielles, patrimoniales, architecturales le 7 avril 2000. 

Le Champo Espace Jacques Tati
51 rue des Écoles - Paris 5
Tél : 01 43 29 79 04




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie. 

Bibliographie