Théâtre : À notre place - La Colline Théâtre National - Jusqu'au 17 avril 2026

Crédit Simon Gosselin 

Astrid, soixante ans, se trouve esseulée après le décès de sa mère et le départ de son grand fils. Sara, cinquante ans, sans enfant, a cessé de désirer son mari. À défaut d'être encore son amoureux, il est devenu un partenaire, une présence sécurisante. Elle a perdu, adolescente, ses parents dans un accident de voiture, et son frère a pris une place importante dans son existence. Désormais, il est marié, a des enfants et vit loin d'elle. Astrid et Sara, deux solitudes, se rencontrent. Leur amitié naissante donne lieu à des confidences, des partages. Elles se livrent, évoquent leurs blessures, leurs doutes, se trouvent des points communs. À force, elles deviennent essentielles l'une à l'autre. Une troisième femme survient. Eva, la trentaine, amie d'Astrid, se sent mise à l'écart par son père. Celui-ci vient de faire un coming-out tardif et vit une idylle passionnée au sein de la résidence senior où il habite. Entre les trois femmes se joue une redistribution des cartes relationnelles, sur fond de jalousie amicale, de peur de l'abandon, de libération de la parole. 


Stéphane Braunschweig, traduit et met en scène pour la sixième fois une oeuvre du dramaturge norvégien Arne Lygre. Sensible aux thématiques abordées, à la puissance des mots, l'intelligence des situations, la précision de l'expression, il livre un spectacle sur la nature sociable de l'être humain, la sororité et les mécanismes à l'oeuvre dans les relations. "À notre place" trace des portraits de femmes dans la tourmente, écriture affûtée, dialogues à l'humour tranchant, sobriété et acuité. La pièce éclaire la fragilité des liens d'amitié, le désir de sociabilité, d'échange, l'envie qu'elles ont d'être importantes pour l'autre, les autres, jusqu'à la dépendance affective, la tentation de l'individualisme. 

Sur le plateau du Théâtre de la Colline, dans un décor minimaliste dont la couleur a disparu, espace mental hors du monde, hors du temps, la nature humaine s'exprime dans toute sa complexité. Le trio des personnages s'ancre dans une réalité que seul le jeu des comédiennes évoque. L'énigme des liens entre les êtres questionne l'engagement, la volonté d'autonomie, le désir de se sentir important dans les yeux de l'autre. Description clinique du lien d'amitié, "À notre place" éclaire une sorte d'amour abstinent, un sacerdoce soumis à des exigences sur fonds de sentiments peu avouables. 

Le texte souligne les désirs faits de contradictions, la tentation des transgressions et la nécessité de trouver un équilibre dans ces relations. Sur fonds de gravité mâtinée d'humour, la pièce se penche sur des sentiments telle que l'angoisse de rester seul. La réalité, cruelle, force le passage, révèle les petits arrangements avec la vérité. 

Incarnation remarquable, présence en scène, les comédiennes glissent avec naturel de leur personnage aux figures marquantes de leur trajectoire, rejouant leurs souvenirs, leurs traumas, leurs douleurs. Clotilde Mollet, Astrid, Chloé Réjon, Sara, Cécile Croustillac, Eva, se lancent à corps perdu dans ce jeu toxique des rivalités amicales, jeu précis au service des ambivalences de leurs personnages. 

À notre place, d'Arne Lygre
Du mardi au samedi à 20h
Jusqu'au 17 avril 2026 

Mise en scène et scénographie de Stéphane Braunschweig
Avec Cécile Coustillac, Clotilde Mollet et Chloé Réjon
Traduction de Stéphane Braunschweig et Astrid Schenka
Collaboration artistique – Anne-Françoise Benhamou
Collaboration à la scénographie – Alexandre de Dardel
Costumes de Thibault Vancraenenbroeck
Lumières de Marion Hewlett
Son de Xavier Jacquot
Assistanat à la mise en scène – Clémentine Vignais
Fabrication du décor – ateliers de La Colline

Théâtre national de la Colline
15 rue Malte-Brun - Paris 20
Tél : 01 44 62 52 52



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.