Paris : Puits artésien de la Butte aux Cailles, une eau de source parisienne issue d'une nappe phréatique fossile vieille de plus de vingt-cinq-mille ans - XIIIème


Le Puits artésien de la Butte aux Cailles, dont la construction a débuté sous le Second Empire pour aboutir en 1904, dispense encore de nos jours ses eaux issues d'une nappe phréatique vieille de plus de vingt-cinq-mille ans. Située entre cinq-cents-cinquante et sept-cents-cinquante mètres de profondeur, celle-ci est préservée des pollutions bactériennes ou chimique par les couches fossiles. Elle couvre toute la région Ile de France, l’intégralité du bassin parisien. Son volume est estimé à plus de sept-cent milliards de mètres cubes. De nos jours, l’utilisation de cette précieuse réserve est contrôlée par la Ville de Paris via la régie autonome Eau de Paris. Elle est inscrite dans le schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau. L'eau, légèrement ferrugineuse et naturellement riche en fluor mais peu minéralisée, ne présente ni calcaire ni ajout chloré et très peu de magnésium. Les puits artésiens, du nom de la province d’Artois où sont entrepris les premiers forages du genre au XIIème siècle, délivrent une eau de grande qualité.




En 1832, une épidémie de choléra ravage Paris. Comme toutes les grandes villes modernes de cette époque, la Capitale est alors confrontée au défi de l’eau potable. La Ville envisage de prendre des mesures hygiéniques afin d'alimenter les habitants en eau potable non contaminée. François Arago (1786-1853), homme de science et politicien s'inspire des progrès techniques récents pour envisager le forage de cinq puits artésiens à des profondeurs inédites, creusés entre 1841 et 1929. Trois équipés de fontaines publiques nous sont parvenus, grâce à la rénovation des anciens forages, dirigée par Eau de Paris à partir de 1994, à Passy square Lamartine, à La Chapelle square de la Madone et à la Butte-aux-Cailles place Paul Verlaine.

Un arrêté du 19 juin 1863, signé par le préfet Haussmann, entérine le projet de puits artésien de la Butte-aux-Cailles. Cette source artificielle doit fournir en eau potable le nouveau quartier parisien, ancien territoire de la commune de Gentilly, annexé par la ville de Paris en 1860. Dans un deuxième temps, le surplus d'eau produit canalisé permettrait d'augmenter le débit de la Bièvre, affluent de la Seine dont le cours surexploité s'assèche. Une galerie de liaison doit être creusée entre le puits et la rivière proche à cet effet.

Le chantier du Puits artésiens de la Butte aux Cailles débutent en 1866 avec la construction d'une tour de forage. L’entreprise est d’envergure. Dans un premier temps, il faut sonder le sol, puis traverser les couches de l’éocène et du Crétacé supérieur et enfin forer jusqu’aux argiles imperméables du Gault qui retiennent l’eau enfermée dans la couche sableuse de l’Albien. Rapidement, les troubles politiques, la guerre contre la Prusse en 1870 et le siège de Paris puis en 1871 l’insurrection de la Commune, perturbent la progression l'entreprise. 


Piscine de la Butte aux Cailles

Circa 1904 - Photographe Eugène Atget


En 1872, les argiles coulantes du Gault, juste au-dessus de la nappe aquifère à 532 mètres, sont atteintes. Mais un désaccord entre l'entrepreneur et l'administration, le manque d'argent interrompent le forage sur le point d’aboutir. Cet arrêt se prolonge près de vingt ans. 
Les travaux ne reprennent qu’en 1892, sous la direction de l'ingénieur Paulin Arrault. L’eau jaillit en 1904, d'une nappe profonde atteinte à cinq-cent-quatre-vingt-deux mètres. Le débit se stabilise à soixante-sept litres par seconde, cinq-mille-huit-cents mètres cubes par jour. 

Pourtant, le puits à cette époque n'a plus autant d'intérêt que quarante ans plus tôt. Depuis 1874, l’aqueduc de la Vanne dessert le réservoir de Montsouris et assure la large distribution d'eau courante dans le Sud de Paris. En outre, il n’est plus question de renflouer le débit de la Bièvre en cours d’enfouissement. En 1908, la municipalité aménage des petits bains-douches qui préfigurent en 1924, la piscine de la Butte aux Cailles et son annexe de vastes bains-douches place Paul Verlaine.

En 1994, la Ville de Paris confie à Eau de Paris la rénovation des différents puits artésiens. Une nouvelle fontaine est inaugurée place Paul Verlaine en 1999. Lorsque le forage originel montre des signes de vétusté, un second prend la relève en 2000, à six-cent-dix mètres de profondeur. La fontaine moderne qui se trouve désormais sur la place dispense gratuitement ses eaux. Trois puits artésiens de Paris sont encore en activité de nos jours. Alimentées par la nappe aquifère de l'Albien, ces fontaines pourvoyeuses d’eau de source d’une rare pureté, font le bonheur des riverains.

Puits de la Butte-aux-Cailles
Place Paul Verlaine - Paris 13
Métro Place d’Italie lignes 5, 6, 7




Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.

Bibliographie
Le guide du promeneur 13è - Gilles-Antoine Langlois - Parigramme
Paris secret et insolite - Rodolphe Trouilleux - Parigramme
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme