Paris : Château de la Reine Blanche, histoire d'un ensemble édifié au XVème pour la famille Gobelin, enclave artisanale et industrielle réinventée au XXIème siècle - XIIIème

 


Le Château de la Reine Blanche, au numéro 17 de la rue des Gobelins, autrefois rue de Bièvre l'une des plus anciennes de Paris, pourrait bien être un imposteur. Cet ancien bâtiment industriel, entièrement restauré au début des années 2000, il a été édifié au milieu XVème siècle à l'initiative de la famille Gobelin, alors teinturiers de renom. La bâtisse, aussi ancienne soit-elle, n'a rien à voir avec la résidence royale à laquelle elle emprunte la dénomination, hôtel particulier rasé en 1404 sur ordre du roi Charles VI. Au gré des propriétaires, il embrasse des vocations alternativement résidentielle et industrielle. Au 17 rue des Gobelins, s'ouvre une cour bordée de bâtiments aux styles variés. Au fond, un édifice de briques, dans lesquels se trouvaient, jusqu'aux années 1990, les locaux de l'ancienne "Compagnie des Néons". "Le Château de la Reine Blanche", corps de logis agrémenté de deux tourelles, traversées par des escaliers à vis en chêne, taillés en hélice, constituait "la Maison d'en bas" propriété de la famille Gobelin. Sur la droite, une galerie couverte à pans de bois surplombe une porte voûtée qui donne accès à une seconde cour, plus grande, bordées d'arcades. En bordure directe de la rivière Bièvre, le plus vaste bâtiment - porte de pierre, escalier à vis - a été occupé tour à tour par des teintureries, une brasserie au XVIIIème siècle puis une tannerie au XIXème siècle. Chacun des trois étages disposaient d'ateliers vastes de 350m2.









En 1290, s'achève la construction d'un manoir, construction initiée sur l'ordre de Marguerite de Provence (1221-1295) veuve de Saint Louis (1214-1270). Il se trouve alors sur le chemin de Lourcine reliant le moulin de Croulebarbe au couvent des Cordelières, fondé par la reine en 1270. Elle réside un temps dans cet hôtel particulier avant de se retirer définitivement du monde et entrer au couvent des Cordelières où elle passe ses derniers jours. 

Maison royale, résidence de veuvage, cette demeure est surnommé "Hôtel de la Reine Blanche" ou "Château de la Reine Blanche". L'appellation pourrait avoir plusieurs origines. Le blanc est la couleur de grand deuil porté par les femmes de sang royal, jusqu'au XVIème siècle, et Catherine de Médicis (1519-1589) qui introduit le noir. Le manoir sera également la propriété de femmes portant le prénom Blanche. La fille de Marguerite de Provence, Blanche de France (1253-1320), épouse de Ferdinand de la Cerda (1255-1275), infant de Castille, y demeure au décès de son époux ainsi que Blanche de Navarre ou d'Évreux (1331-1398), veuve du roi Philippe VI de Valois (1293-1350). 

Certaines sources y situent un triste épisode historique, "Le Bal des Ardents", donné le 28 janvier 1393 à l'occasion du remariage d'une dame d'honneur de la reine Isabeau de Bavière (vers 1370-1435), épouse de Charles VI (1368-1422). Au cours de ce bal costumé, lors du charivari, le roi et cinq gentilhommes, vêtus de déguisements inflammables, prennent feu. Seul le souverain survit. En réalité, l'évènement se serait plutôt déroulé au sein de l'hôtel royal Saint Pol, près de la Bastille. Néanmoins, c'est bien le roi Charles VI qui ordonne la démolition du manoir de la Reine Blanche en 1404. 

Au milieu du XVème siècle, Jehan Gobelin tient une maison artisanale florissante, teinturerie du faubourg Saint-Marcel réputée pour ses laines rouges à l'écarlate. Associée aux Le Peultre et aux Canaye, la famille Gobelin développe son activité. En 1447, Jehan Gobelin se porte acquéreur de parcelles sur les bords de la rivière Bièvre. Il fait construire un ensemble de bâtiments, comprenant habitations et manufacture. La propriété mentionnée par François Rabelais (1483-1553) dans "Pantagruel" (1532). La Grande Maison ou Maison haute ou encore Hôtel Mascarini et ses dépendances, à l'adresse actuelle du 3bis rue des Gobelins et son pendant la Maison d'en bas sur les rives de la Bièvre, sont remaniés au gré des propriétaires successifs. Entre 1500 et 1535, sur la parcelle du numéro 17 de l'actuelle rue des Gobelins, un grand corps de logis à tourelles, accessible par deux escaliers à vis, voit le jour. Cet édifice acquiert le surnom de château de la Reine Blanche.








Au début du XVIIème siècle, Jean Hoste adapte les bâtiments existants de l'actuel numéro 17 pour les transformer en habitation. La création de la cour d'honneur s'accompagne de la construction du passage cocher et des arcades. La diversification des activités artisanales et industrielles induit de nouveaux remaniements. Au milieu du XVIIème siècle, côté Bièvre, est édifié un bâtiment en briques destiné à accueillir une huilerie, complété à la fin du XVIIème siècle par un atelier directement sur la rive. Au milieu du XVIIIème siècle, Antoine Moinery se porte acquéreur de l'îlot entier afin d'y établir une teinturerie. En 1906, le percement de la rue Gustave Geffroy modifie la parcelle puis en 1912, le cours de la Bièvre recouvert entièrement donne naissance à la rue Berbier-du-Mets. 

Le bâtiment du XVIème fait l'objet d'un classement au titre des Monuments historiques en 1980. En 1989 et 1995, les ailes du XVIIème et XVIIIème siècles sont inscrits à l'inventaire supplémentaire des Monuments historiques. À la fin des années 1990, début des années 2000, une campagne de réhabilitation de l'ilot s'engage sous la houlette du groupe OGIC, Office Général de l’Immobilier et Construction, promoteur immobilier. Les éléments parasites ajoutés au cours du XIXème siècle disparaissent à cette occasion. Entre 2000 er 2002, l'AFUL, Association Foncière urbaine Libre, dirige la restauration des bâtiments anciens. Les architectes Dominique Hertenberger et Jacques Vitry interviennent sur celui du XVIème siècle, désigné sous le surnom de "Château de la Reine Blanche". 

Le long de la rue des Gobelins se trouvent sept maisons remarquables en pierre, à pans de bois et hourdis, édifiées entre 1450 et 1750. À noter au numéro 19 de la rue des Gobelins, un passage sous voûte conduit à une maison gothique de deux étages, caractérisées par ses voûtes en plein cintre et une élégante tourelle. Elle conserve en façade la maçonnerie d'un ancien puits. Au centre du corps de logis, court un escalier à vis similaire à ceux présent au numéro 17.

Hôtel de la Reine Blanche
17-21 rue des Gobelins - Paris 13
Métro Les Gobelins ligne 7



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.

Bibliographie
Dictionnaire administratif et historique des rues de Paris et de ses monuments - Félix et Louis Lazare - Éditions Maisonneuve & Larose
Le guide du promeneur 13è arrondissement - Gilles-Antoine Langlois - Editions Parigramme
Dictionnaire historique des rues de Paris - Jacques Hillairet - Editions de Minuit
Base Mérimée