Expo Ailleurs : Esprit, pop es-tu là ? - Les Franciscaines - Deauville - Jusqu'au 25 juin 2023

Portrait de Jeannine (1966) - Alain Jacquet / Vicky I thought I heard your voice ! (1964) - Roy Lichtenstein /
Sans titre (1964) - Martial Raysse  / Nude Reading (1994) - Roy Lichtenstein /
Quicksilver Messenger service Happy trails (1969) / Pochette The Beatles Sergent Pepper (1967) - Peter Blake
 

Aux Franciscaines de Deauville, l’exposition « Esprit pop, es-tu là ? » réunit une cinquantaine d’œuvres pluridisciplinaires, parmi lesquelles dix prêtées par la Fondation Carmignac. L’accrochage rend compte de la complexité du mouvement Pop Art mondialisé, développé dans les années 1960. Le commissaire Thierry Grillet, journaliste, photographe, maître de conférence à Sciences Po Paris, membre du jury Planches Contact depuis sa création en 2010, a convoqué les grandes figures historiques et leurs successeurs. Les américains, Andy Warhol (1928-1987), Roy Lichtenstein (1923-1997), Keith Haring (1958-1990) et les européens, Martial Raysse (né en 1936), Alain Jacquet (1939-2008), dialoguent avec leurs légataires Nina Childress (née en 1961), Valérie Belin (née en 1964), David LaChapelle (né en 1963). Ni exhaustive, ni académique, l’« exposition expérience » se propose d’associer idées et images, dans l’esprit du collage pour mieux questionner l’héritage artistique et sociologique du mouvement. 


Hope (2008) - Shepard Fairey


Untitled (1988) - Keith Haring / Mao (1973) - Andy Warhol

Pochette The Velvet Underground and Nico (1967) - Andy Warhol


Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, une nouvelle génération d’artistes affirme une conception humaniste de leur pratique, accessible à tous. Sous des abords joyeux et faussement dépolitisés, le Pop art, irrévérencieux, empreint d’humour, ausculte les grandes évolutions sociétales. L’engagement esthétique s’ancre dans la subversion. Les plasticiens se penchent sur l’avènement de la société de consommation afin de produire des œuvres, commentaires de ce nouveau monde saturé d’images, avènement du consumérisme. Le flux perpétuel diffusé à large échelle touche tous les publics à travers le cinéma, la télévision, la presse papier, la photographie d’actualité, la bande-dessinée, la publicité. L’abondance matérielle inédite des Trente Glorieuses (1949-1975), l’industrialisation et la production de masse nourrissent un sentiment d’effervescence. Le Pop art s’empare de ces nouvelles iconographies populaires et s’affirme comme l’expression d’une révolution artistique. Le mouvement marque son refus du conformisme esthétique, le rejet du bon goût bourgeois. Il accompagne l’émergence d’une contre-culture, dans un contexte de Guerre du Vietnam, lutte pour les droits civiques, consumérisme, libération sexuelle.

 L’exposition qui se tient aux Franciscaines souligne l’oscillation perpétuelle entre culture populaire et culture classique, entre les œuvres issues de l’imagerie de masse et la production relevant de l’histoire de l’art savante. La pochette de disque imaginée en 1967 par Andy Warhol pour le Velvet Underground et Nico, l’affiche de film « Pierrot le fou » (1965) réalisé par Jean-Luc Godard côtoient l’iconique « Vicky I thought I heard your voice » (1964) de Roy Lichtenstein, « Sans titre. Rina. » (1964) de Martial Raysse. La scénographie constitue une capsule temporelle chamarrée. Elle traverse les décennies depuis les années 1960 jusqu’à notre époque. Note nostalgique, les paroles de « Get together » des Youngbloods et « Imagine » de John Lennon ponctuent les murs de leur message utopique. 


Vicky I thought I heard your voice (1964) - Roy Lichtenstein
Sans titre (1964) - Martial Raysse
Nude Reading (1994) - Roy Lichtenstein

Vicky I thought I heard your voice (1964) - Roy Lichtenstein

Nude Reading (1994) - Roy Lichtenstein
Pochette The Beatles
Sgt Pepper Lonely Heart Club Band (1967) - Peter Blake

Affiche du film "Blow-up" (1966) de Michelangelo Antonioni
Instant City. Urban Action - Tune Up (1969) - Archigram


Le Pop art envisage une approche alternative qui désacralise la pratique. Graphisme efficace, grands aplats de couleurs crues, plans contrastés, son esthétique procède de la redécouverte des couleurs primaires vives et des fluorescences psychédéliques. Le lancement de la peinture acrylique en tube, destinée à l’origine à l’industrie automobile, ouvre de nouveau horizons chromatiques. Le langage plastique se nourrit des avancées technologiques tel que le point Benday, technique d’impression pensée par l’ingénieur américain Benjamin Day. Roy Lichtenstein s’empare de ses trames constituées de fines lignes de points pour réaliser ses mythiques agrandissements de cases de comics. Andy Warhol exploite la sérigraphie, utilisée à l’origine par les publicitaires, propice aux grands aplats de couleurs, à l’absence de dégradés. Il cultive une esthétique du détournement parodique, au ton provocateur. Le « Mao » (1973), portrait officiel du Grand Timonier réinventé, image de propagande réinterprétée, confère au dictateur un statut inattendu d’icône pop américaine. 

Mouvement frondeur, le Pop art détourne les iconographies sur des supports variés, parfois inattendus, s’approprie les emblèmes des modèles culturels diffusés via les médias de masse. En Europe, le phénomène conduit à une américanisation de la culture. Les artistes Pop s’emparent des images relayées à grande échelle, presse, télévision, cinéma, bande dessinée, photographies d’actualité, romans photo, publicité, détournent le sens des signes à profusion pour inventer de nouvelles narrations aux implications politiques allusives. Après avoir porté la parole des engagements, l’art devient instrument de transformation sociétale.  


Série pour Vogue (1962) - William Klein

Dolly Parton : Prize Doll (1991) - David LaChapelle
Level as a Level (2002) - Ed Ruscha
Portrait de Sylvie Vartan (1986) - Nina Childress
Petit bras cassé (2017) - Nina Childress


Sans titre (1998) - Maurizio Cattelan
Dolly Parton : Prize Doll (1991) - David LaChapelle

Portrait de Sylvie Vartan (1986) - Nina Childress
Petit bras cassé (2017) - Nina Childress


Emancipation de l’imaginaire, les concepts pop, idée du jetable, du ludique, de l’évolutif, s’expriment sur des supports variés. William Klein (1926-2022) repense entièrement la photographie de mode pour Vogue. Le groupe Archigram réinvente les dessins d’architecte en employant des photographies en couleur, prélevées dans la presse pour remplacer les classiques figures abstraites en noir et blanc.

Les héritiers du Pop art perpétuent de nos jours l’énergie particulière du mouvement. Avec « Dolly parton : Prize Doll » (1991), David LaChapelle photographie la plantureuse chanteuse country, en poupée prix de fête foraine. « Hope » (2008) affiche de campagne de Barack Obama, réalisée par Shepard Fairey (né en 1970), « Portrait de Sylvie Vartan » (1986) de Nina Childress, « Power Girl (Série All Star) » (2016) de Valérie Belin réinterprètent les stéréotypes et multiplient les clins d’œil. 



Petit bras cassé (2017) - Nina Childress
Power Girl - Série All Star (2016) - Valérie Belin
Mezzanine Ouest (2016) - Alex Prager
Affiche commerciale Peugeot - La virée superbe (1978)
Yoga - Série "Counterculture" (2014) - Matt Henry
Alice - Série "Counterculture" (2014) - Matt Henry

Série "The Curse of Nanny Goat Island" (2017) - Matt Henry
Série "The Trip" (2015) - Matt Henry


La seconde partie de l’exposition « Esprit pop, es-tu là ? » se consacre au psychédélisme, affiches, pochettes de disque, bande-dessinée, et plus particulièrement au travail de cinq graphistes, surnommés « The Big Five », Victor Moscoso, Wes Wilson, Mouse & Kelley, Rick Griffin. Les créations psychédéliques développent un imaginaire lié à la consommation de LSD et de cannabis, aux états de conscience modifiée. Les univers fantasmagoriques suggèrent des visions produites sous l’influence de psychotropes. L’esthétique est privilégiée au dépend de la lisibilité. Typographies manuscrites, lettrages particuliers, effets cinétiques, couleurs vives, restituent par le graphisme les troubles de perceptions induits par la drogue. 

Esprit, pop es-tu là ?
Jusqu’au 25 juin 2023

Les Franciscaines 
145 b avenue de la République - 14800 Deauville
Accueil : 02 61 52 29 20
Horaires : Ouvert du mardi au dimanche de 10h30 à 18h30 - Fermé le lundi



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.