Expo : Insurgé.es, regards sur celles et ceux de la Commune de Paris de 1871 - Musée d'art et d'histoire Paul Eluard - Saint-Denis - Jusqu'au 6 mars 2023

Eloi Valat

Regards croisés sur la postérité de la Commune de Paris, l’exposition « Insurgé.es » au Musée d’art et d’histoire Paul Eluard de Saint-Denis intervient dans le cadre des commémorations des cent-cinquante ans, partiellement ajournées du fait de la pandémie mondiale. Du 18 mars 1871, jusqu’à la Semaine Sanglante du 21 au 28 mai 1871, ce mouvement d’insurrection populaire ne dure que soixante-douze jours. Pourtant, l’héritage de ses idéaux trouve des résonances contemporaines majeures. Par le biais d’une démocratie directe et participative, les Communards voulaient changer le monde, transformer la société, avec une école publique, gratuite, laïque, des soins médicaux accessibles et la vaccination obligatoire, une réglementation du travail et des relations entre les ouvriers et le patronat. 









Au cours de la Commune, la multiplication des titres de presse, les nombreux débats publics, la création de clubs politiques éclairent l’importance de la parole dans ce mouvement populaire. Le rôle des femmes est déterminant. Elles s’engagent, font entendre leur voix et prennent part aux combats. Sur les barricades, se battent Louise Michel, Marié Ferré, Paule Mink. Le 21 mai 1871, les troupes versaillaises du gouvernement d’Adolphe Thiers, soutenues dans leur action par les Prusses de Bismarck, entrent dans Paris et font reculer les forces de la Commune. Les répressions durant la Semaine Sanglante sont d’une extrême violence. Les exécutions sommaires font des milliers de victimes. Les Communards seront poursuivis sans relâche, déportés en Nouvelle Calédonie, contraints à l’exil. 

L’exposition « Insurgé.es » rassemble deux-cents objets issus des collections dionysiennes, archives conservées à la médiathèque de Saint-Denis et au Musée d’art et d’histoire Paul Eluard. Le socle originel de ce fonds a été constitué à l’occasion de la toute première exposition consacrée à la Commune, organisée en 1935 par la municipalité de Saint-Denis. Dessins de presse croqués sur le vif dans le feu des barricades, caricatures, estampes, affiches, journaux, photographies, le corpus présenté traduit l’importance de la presse et les différents points de vue des rédactions. Les objets emblématiques incarnent physiquement la mémoire de la Commune tel ce drapeau rouge et or du 143ème bataillon de la 10ème légion de la Garde Nationale. Le manuscrit de « L’Insurgé » de Jules Vallès, don du banquier René Gaston Dreyfus acquis en 1934 à l’occasion de la vente des archives de la journaliste Séverine, côtoie les lettres de Jean Allemane envoyées depuis le bagne de Nouvelle Calédonie.  









L’exposition « Insurgé.es » s’attache à rendre compte de cet épisode à hauteur d’homme, de femme, d’enfant. Trente-et-un intervenants contemporains ont été invités à livrer textes, interventions, créations. Historiens, écrivains, philosophes, artistes, enseignants portent un nouveau regard sur la Commune de Paris, sur l’engagement politique. Ils initient un puissant dialogue entre passé et présent.

Insurgé.es ! Regards sur celles et ceux de la Commune de Paris de 1871
Jusqu’au 6 mars 2023

Musée d’art et d’histoire Paul Eluard
22 bis rue Gabriel Péri - 93200 Saint-Denis
Standard : 01 83 72 24 55
Horaires : Lundi, mercredi, vendredi de 10h à 17h30 - Jeudi de 10h à 20h - Samedi et dimanche de 14h à 18h30 - Fermé mardi et jours fériés 

31 contributeurs
Sylvie Aprile, Michèle Audin, Ludivine Bantigny, Sylvie Braibant, Marc César, Anouk Colombani, Michel Cordillot, Quentin Deluermoz, Julien Donadille, Jean-François Dupeyron, Jean-Baptiste Epain, Éric Fournier, Emmanuel Fureix, Maxime Jourdan, Jacqueline Lalouette, Mathilde Larrère, Chloé Leprince, David Lescot, Hélène Lewandowski, Raphaël Meyssan, Ernest Pignon-Ernest, Raspouteam, Michèle Riot-Sarcey, Jean-Louis Robert, Anne Roche, Marie Rondou, Matteo Severi, Bertrand Tillier, Éloi Valat, Sergio Vega, Sidonie Verhaeghe et Pierre-Henri Zaidman

Commissariat
Anne Yanover, directrice du Musée d’art et d’histoire Paul Eluard et Laure Godineau, maîtresse de conférences à l’Université Sorbonne Paris Nord, membre du Laboratoire Pléiade, avec la collaboration de Julien Donadille, Florence Trovel et Elsa Tilly




Ernest Pignon Ernest




La Commune de Paris de 1871 en quelques mots


La guerre contre la Prusse 1870-71 entraîne la chute du Second Empire le 4 septembre 1870 à la suite d’une série d’émeutes dans la capitale. Au cours de l’hiver, le Siège de Paris réduit la population à la famine. Garde Nationale de la Seine, créée en 1789 composée de citoyens soldats, connaît de nombreux enrôlements. La politisation de ses troupes débute avec l’élections des chefs. L’armistice de janvier 1871 signé par le gouvernement d’Adolphe Thiers paraît insupportable aux Parisiens qui ont résisté durant quatre mois. Ils refusent de désarmer face à l’entrée des Prussiens dans la ville et nourrissent une méfiance farouche vis à vis de l’assemblée monarchiste et bonapartiste ainsi que l’armée régulière.  

Le 17 mars 1871, Adolphe Thiers envoie des troupes menées par le général Lecomte, s’emparer des canons de la Garde nationale situés sur la Butte Montmartre. Le gouvernement cherche, en accord avec les Prussiens, à soustraire les 227 canons entreposés à Belleville et à Montmartre, canons financés par souscription publique lors de la guerre contre la Prusse. Les Parisiens considèrent ces armes comme leur propriété et craignent de se retrouver démunis sans elles. Le 18 mars, le soulèvement s’organise contre les troupes du gouvernement venues récupérer les canons. Premières barricades. Le gouvernement alerté par cette violence populaire se retire à Versailles.

La Commune est proclamée le 28 mars 1871. Le Conseil de la Commune compte soixante élus, représentants de toutes tendances politiques confondues, républicaines, socialistes jusqu'aux anarchistes, jacobins, blanquistes, indépendants, radicaux, internationalistes, collectivistes. Insurrection populaire, ouvrière, la Commune envisage un nouvel ordre social, une démocratie au suffrage universel. Elle favorise le développement des Clubs politiques, où les orateurs viennent exprimer les aspirations et les revendications du peuple.  Les mouvements féminins s’illustrent tout particulièrement. Au cours des soixante-douze jours que dure le mouvement, soixante-dix journaux sont créés en plus des titres préexistants. Parmi les plus influents figurent « Le Cri du peuple » de Jules Vallès, « Le Mot d'ordre » d'Henri Rochefort, « L'Affranchi de Paschal Grousset », « Le Père Duchêne » d'Eugène Vermersch, « La Sociale » avec la féministe André Léo et « Le Vengeur » de Félix Pyat.









La colonne Vendôme, symbole bonapartiste, est renversée le 16 mai 1871. Adolphe Thiers reçoit le soutien de la Prusse et du chancelier Bismarck qui facilite le rassemblement de troupes et libère des prisonniers de guerre afin de renforcer les forces Versaillaises. Nombreuses, expérimentées, bien armées, elles vont faire face aux troupes sans expérience de la Commune dont le manque de tactique militaire sera fatal.

Les Versaillais entrent dans Paris le 21 mai. La Semaine Sanglante, reconquête de la ville quartier par quartier, débute dans la violence d’une guerre civile tragique. Le 23 et le 24 mai, de nombreux incendies sont déclenchés par des commandos communards au sein deux-cents édifices symboliques de l'État, Palais des Tuileries, Hôtel de Ville, Ministère des Finances. La répression féroce, impitoyable des Versaillais contre les Communards donne lieu à des exécutions sommaires massives. Le nombre de morts demeure sujet à controverse, mais pourrait être estimé à dix-mille victimes dans les rangs des fédérés.

L’écho de la Commune traverse les frontières à l’international, et se fait entendre en Europe, aux Etats-Unis, jusqu’en Australie et en Inde. Dès juin 1871, Karl Marx qui a suivi les évènements publie « La guerre civile en France ». Durant de nombreuses années, les Communards sont traqués, arrêtés, condamnés à la déportation et aux travaux forcés en Nouvelle Calédonie. 



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.