Expo : Ossip Zadkine, une vie d'ateliers - Musée Zadkine - Jusqu'au 2 avril 2023


L’exposition « Ossip Zadkine, une vie d’ateliers » restitue l’esprit de l’atelier, lieu de création, d’invention de l’oeuvre et univers intime. Au cœur du Musée Zadkine de la rue d’Assas, l’événement évoque en sous-texte l’histoire d’un couple d’artistes, Ossip Zadkine (1888-1967) et Valentine Prax (1897-1981). Dans les années 1910, le quartier Montparnasse qui a supplanté Montmartre, accueille l’avant-garde, dans une effervescence créative inédite. Ossip Zadkine tout juste arrivé en France, s’installe un temps dans la célèbre cité d’artistes fondée en 1902 par Alfred Boucher, la Ruche. Mais l’espace ne lui convient et un an plus tard en 1911, il déménage rue de Vaugirard dans le XVème arrondissement. En 1913, il trouve enfin un lieu plus propice à l’expression de sa pratique avec l’atelier de la rue Rousselet dans le VIIème. Il y rencontre Valentine Prax, une jeune peintre, sa voisine de pallier, qu’il épouse en 1920. Les débuts de quarante années communes. Grâce au succès croissant des deux artistes, leur situation financière s’améliore. Le couple rejoint en 1928 la maison du 100bis rue d’Assas, port d’attache définitif. Ensemble, ils achètent une résidence secondaire à Arques, dans le Quercy qui devient leur second atelier. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Valentine Prax y demeure seule tandis qu’Ossip Zadkine, d’origines juives, est contraint à l’exil à New York. De retour à Paris en 1945, le sculpteur connaît enfin la reconnaissance internationale et son atelier, devenu également lieu d’enseignement attirent de nombreux visiteurs.

A l’occasion de l’exposition « Ossip Zadkine, une vie d’ateliers », les commissaires Cécilie Champy-Vinas, directrice du musée, et Pauline Créteur, chargée de recherches à la Bibliothèque nationale de France ont imaginé une scénographie chronologique et thématique. Cette évocation incarnée de la vie de l’atelier nourrit une réflexion au sujet de l’évolution de la pratique artistique, documente le processus créatif et retrace la trajectoire intime du couple. Les œuvres d’Ossip Zadkine et de Valentine Prax, sculptures, dessins, peintures dialoguent avec le riche fonds photographique du musée, peu montré, composé d’images anonymes, et de clichés signés par les grands noms de la photographie du XXème siècle, Marc Vaux, André Kertész, Daniel Frasnay. 

 











Ossip Zadkine rejoint Paris en 1910. A la Ruche, son atelier qu’il surnomme le quart de brie, lui semble malcommode et insalubre, en plus d’être excentré par rapport à Montparnasse où tout se passe. Formé au travail du bois, le sculpteur s’intéresse à la pierre et au marbre, qu’il explore en taille directe. Mais le jeune artiste très pauvre doit se contenter de matériaux de récupération. Ainsi naît la « Tête de jeune fille », prêtée par Musée de Grenoble, qui l’a acquise en 1921. Zadkine trouve dans les rebuts de la Ruche, un morceau de marbre, tête ébauchée par un autre visiblement mécontent de son oeuvre. A partir de cette ébauche, il taille un visage d’inspiration cubiste, l’un de ses tous premiers travaux sur marbre. 

L’exposition présente en parallèle les rares photographies de ces premiers ateliers. Vers 1912 rue de Vaugirard, où Zadkine disparaît presque dans une forêt de sculptures, puis en compagnie du peintre Foujita (1886-1968), intime du couple, qui sera leur témoin de mariage en 1920. L’atelier de la rue Rousselet plus vaste, plus lumineux, se révèle plus propice à la pratique photographique. Le photographe Marc Vaux (1895-1971), un ami de Zadkine et Prax multiplie les séances dont les tirages ont rejoint les collections du musée. Au début des années 1920, les œuvres de Valentine Prax remportent plus de succès que celles d’Ossip Zadkine. Sa technique peinture sur verre au rendu très vif séduit les collectionneurs. 

En 1928, une vente importante de Zadkine permet au couple de financer leur installation au 100 bis rue d’Assas. Le sculpteur confie son enthousiasme à son ami André de Ridder : “Viens voir ma folie d’Assas et tu verras comme la vie d’un homme peut être changée par un pigeonnier, par un arbre”. Ancienne dépendance d’un couvent, transformé en logement au XIXème siècle, la maison possède un jardin où le sculpteur travaille volontiers et entrepose des œuvres. 

De 1930 à 1940, la notoriété d’Ossip Zadkine grandit. En 1934, le couple fait l’acquisition d’une résidence secondaire, lors d’un voyage dans le Quercy. Ils achètent une maison de village et sa grange attenante aux Arques dans le Lot. Durant la Seconde Guerre Mondiale, Valentine Prax y réside seule. Son époux, en exil aux Etats-Unis, retrouve la difficile précarité des débuts. Il enseigne mais crée peu. Au retour de Zadkine en France en septembre 1945, le couple est contraint de mener un long procès à l’encontre les occupants de la maison du 100bis rue d’Assas, installés durant la guerre et qui refusent de la quitter.













Ossip Zadkine devient professeur à l’atelier de sculpture de l’Académie de la Grande Chaumière en 1946. Il ouvre sa propre école en 1948 qui attire des élèves du monde entier, Marta Colvin du Chili, Alicia Penalba d’Argentine. La construction d’un nouvel atelier dans le jardin de la rue d’Assas, annexe parfaitement adaptée aux besoins matériels du sculpteur, ouvre l’ère des grands volumes. Dans les années 1950/60, de nombreux prix et expositions lui apportent la reconnaissance internationale. Maître de la sculpture moderne, son atelier devenu un centre d’enseignement voit défiler toute une nouvelle génération d’artistes. Les photographies témoignent de l’activité intense de l’atelier où se retrouvent les amis, les élèves, les journalistes, les collectionneurs. L’exposition reconstitue la disposition originale de l’espace.

En 1978, Valentine Prax lègue ses biens à la Ville de Paris afin que la maison-atelier devienne un musée et que soit valorisée l’héritage artistique de son époux. Les mémoires d’Ossip Zadkine « Le maillet et le ciseau » publiées en 1967 ont été rééditées récemment au éditions Paris Musées.

Ossip Zadkine, une vie d’ateliers
Jusqu’au 2 avril 2023

100bis rue d’Assas - Paris 6
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h - Fermé le lundi
Tél : 01 55 42 77 20



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.