Expo : Jean Le Gac - L'effraction douce - Espace Art Absolument - Jusqu'au 4 mars 2022

 

Jean Le Gac cultive avec humour la confusion entre son intimité et son oeuvre. Il transpose en image sa propre histoire fantasmée. Dans un mouvement cathartique, il brouille les frontières entre réalité et fiction. De tableaux en installations, il construit une narration, simulacre d’intimité aux accents rocambolesques. Au cours de ce processus, il devient son propre sujet de représentation et joue avec les éléments autobiographiques détournés. Sans cesse, il remet en question son identité au profit d’une pratique artistique. Dans l’élaboration d’une histoire, il laisse libre-cours à la démesure de la fiction. Il documente des aventures privées imaginaires, nourries de souvenirs personnels. Le peintre et son double, l’artiste et sa persona vivent des tribulations tragi-comiques traduites sous la forme de presque romans-photos. Les légendes, textes annexes essentiels, traduisent l’idée soutenue par Jean Le Gac qu’il n’y a pas de création sans discours. Elles explicitent le propos, la démarche, lancent des pistes, ou flattent l’humour. L’exposition « L’effraction douce » qui se tient à l’Espace Art Absolument jusqu’au 4 mars 2022 rend compte des différentes expressions d’une narration diffractée. Chaque oeuvre se révèle pièce d’un plus vaste tableau, d’un puzzle à reconstituer.











Dès les années 1960, Jean Le Gac fait le deuil de la peinture et renonce à une pratique picturale classique. Sans cesser d’explorer la figuration, il s’émancipe des carcans académiques, se libère des préceptes et des canons de son époque, des conventions formelles. Désormais, la narration devient l’essence du principe créatif. Le surgissement de l’écriture dans une dualité images et mots marque l’intérêt particulier de l’artiste pour la littérature. Associé au Narrative Art, mouvement de la figuration narrative, à l’instar de Christian Boltanski ainsi qu’à la Nouvelle Figuration, il réalise de nombreux cahiers, juxtaposition de photos et textes. Cette pratique singulière marque les prémices d’un vaste récit, l’histoire d’une vie, celle du Peintre anonyme, son double sans oeuvre. Jean Le Gac se saisit de ce matériel narratif afin de transposer les doutes, les humeurs et un certain humour. 

Les carnets mutent et deviennent panneaux encadrés, sur lesquels Jean Le Gac assemble photographies et textes photographiés sans renoncer pour certaines créations à l’aspect livresque. Depuis 1981, il associe les techniques traditionnelles peintures, dessins, fusains, pastels à la photographie, aux textes et aux installations. Il élabore un roman pictural auquel chaque nouvelle oeuvre apporte un chapitre.

Appliquant des techniques mixtes, il mêle les formes, les objets dans des associations inédites, cabinet de curiosités propice à la rêverie. Dans une recherche de l’objet enfui, archéologie du quotidien, Jean Le Gac éclaire les motifs, les éléments collectés sous un angle nouveau. Son oeuvre fondée sur le principe de la mise en abyme multiplie les références directes ou suggérées à des objets transitionnels, médiums de la fiction, appareil photo, cinématographe, machine à écrire, écran de télévision. Cette quête intérieure, entreprise romanesque empreinte de fantaisie, embrasse volontiers les stéréotypes des romans de gare. Jean Le Gac s’inspire à l’occasion des couvertures d’une littérature populaire, souvenir son enfance, sur lesquelles figuraient des détectives au menton carré sur la trace de malfaiteurs, des journalistes d’investigation feutre mou vissé sur la tête, des inspecteurs virils aussi sagaces que courageux.

Techniques mixtes appliquées à son propos, il mêle les formes, les objets dans des associations inédites, cabinet de curiosités propice à la rêverie, à l'invention. Dans une recherche de l’objet enfui, archéologie du quotidien, Jean Le Gac éclaire les motifs, les éléments collectés sous un angle nouveau. Son oeuvre fondée sur le principe de la mise en abyme multiplie les références directes ou suggérées à des objets transitionnels, médiums de la fiction, appareil photo, cinématographe, machine à écrire, écran de télévision. 












Cette quête intérieure, entreprise romanesque empreinte de fantaisie, embrasse volontiers les stéréotypes des romans de gare. Jean Le Gac s’inspire à l’occasion des couvertures d’une littérature populaire, souvenir son enfance, sur lesquelles figuraient des détectives au menton carré sur la trace de malfaiteurs, des journalistes d’investigation feutre mou vissé sur la tête, des inspecteurs virils aussi sagaces que courageux. Rapporteur des tribulations imaginaires d’un peintre sans nom, Jean Le Gac se fait enquêteur et collecte les indices. Le conteur d’histoires promet une reconstitution à venir, d’un tableau plus vaste, plus complexe. Il invite à considérer l’ensemble. Il accompagne ces tableaux d’un commentaire. Les légendes construisent la narration, décryptent la fiction, le processus, le vocabulaire plastique. L’artiste joue avec les mots, avec les formes. 

Lorsqu’il représente des masques africains, des tableaux d’inspiration cubiste, Jean Le Gac exprime sa relation à Picasso et Braque, études d’harmonie à la façon d’un pianiste faisant ses gammes. Le regard porté sur « Les demoiselles d’Avignon », traduit la musicalité d’un certain primitivisme, l’exploration curieuse d’une palette de formes, les liens de filiation, l’héritage des maîtres modernes. 

Dans une mise en scène du réel fictionnalisé, Jean Le Gac invente une existence alternative, mâtinée d’éléments autobiographiques. Sur la toile, il déploie des espaces mentaux où il réunit les trésors minuscules, gages d’authenticité. La manipulation de ces objets donne naissance à l’histoire. Jean Le Gac chine aux Puces les éléments déchirés d’un costume de toréador, une manche et une jambe. Il se représente bientôt en matador gisant. Un sanglier et un raton laveur empaillés deviennent les présences familières de son quotidien. Son atelier et son appartement se transforment en musée Jean Le Gac, éléments d’une réalité virtuelle. 

Jean Le Gac L’effraction douce
Jusqu’au 4 mars 2022

Espace Art Absolument
11 rue Louis Weiss - Paris 13
Horaires : Du mardi au vendredi de 11h à 19h - Samedi de 12h30 à 19h
Tél : 01 45 70 88 17



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.