Cinéma : Passion simple, de Danielle Arbid - Avec Laetitia Dosch et Sergei Polunin



Hélène, divorcée, élève seule son fils. Professeur de littérature à l’université, écrivaine, son quotidien est bouleversé par sa rencontre fortuite avec Alexandre, un diplomate russe en poste temporaire à Paris. Il est marié mais ils entament une liaison torride. Cet homme magnétique, mutique, dicte ses règles d’une passion circonscrite à leurs relations physiques. Il donne les rendez-vous dans le petit pavillon de banlieue où habite Hélène. Etreintes furtives au cœur de l’après-midi, cachés au monde. Elle ne doit jamais tenter d’intervenir dans sa vie. Peu à peu, la soumission volontaire devient rapports troubles. Hélène se laisse envahir par l’obsession de son amant. Elle le rêve, le fantasme, l’attend à chaque instant, pour ne plus cesser de penser à lui au quotidien. Elle néglige son fils, ses amis, son travail. Elle s’oublie, s’absente aux autres comme à elle-même, toute entière préoccupée de lui, hantée. Pourtant cette universitaire, cette intellectuelle, n’a rien en commun avec cet homme un peu vulgaire qui aime les grosses cylindrées, les blockbusters américains et Poutine. Cruelle déraison.  






Adaptation du récit signé Annie Ernaux publié en 1992 aux éditions Gallimard, « Passion » simple » de la réalisatrice libanaise Danielle Arbid appartient à la sélection Festival de Cannes 2020 dont la sortie a été contrariée par les aléas sanitaires. Avec près d’une année de retard, le film est enfin présenté en salle à partir de mercredi. La cinéaste se saisit du texte pour le transformer en matière cinématographique, processus d’alchimiste pour donner à voir, à ressentir à l’image, l’écriture si singulière de l’autrice, le long monologue qui explore les arcanes de la psyché. A l’écran, Danielle Arbid traduit ce que le livre a fait naître au cœur de son imaginaire, une interprétation personnelle du récit autobiographique très incarnée. L’histoire de passion adultère entre Hélène et Alexandre embrasse uniquement le point de vue de la première. La réalisatrice met en scène le désir d’Hélène dans une proposition immersive et analytique en filiation directe avec le récit d’Annie Ernaux. 

Chronique brûlante d’une passion incandescente, d’une irrépressible attirance qui tourne à l’obsession amoureuse, « Passion simple » saisit à l’image l’aveuglement d’une femme dont toute la vie semble en suspension autour de cette liaison. Elle se laisse aller à la démesure pour finalement perdre pied face à la dépendance psychologique. Danielle Arbid montre son héroïne en proie à ses désirs, ses fantasmes, capte les instants de l’attente fébrile, la jubilation première qui fait place à l’angoisse. Tandis que grandit la confusion, Hélène saturée de volupté, connaît le manque, l’absence.



A l’écran les corps-à-corps, scènes de sexe très crues et paradoxalement d’une grande sensualité, rendent compte de l’exultation, de l’intensité des relations physiques. La réalisatrice a développé une réflexion sur l’esthétique de la représentation des corps dans l’intimité qui ne soit ni dans la provocation ni dans la complaisance. Elle rend palpable le trouble, l’urgence de l’assouvissement et l’interdit. 

Un travail rendu possible grâce au naturel des acteurs qui incarne avec nuances ces amants troubles. Sergei Polunin, danseur ukrainien, lui-même personnage provocateur très controversé, admirateur assumé de Vladimir Poutine dont il porte un portrait sur la poitrine, interprète l’homme insaisissable, entre inquiétude et menace, prédateur aussi séduisant qu’antipathique. Rôle de grande amoureuse, Laetitia Dosch prête ses traits à cette femme consumée par la passion, émouvante, remarquable de précision, d’une grâce infinie. 

Passion simple, de Danielle Arbid
Avec Lætitia Dosch, Sergei Polunin, Grégoire Colin, Caroline Ducey, Elina Löwensohn, Slimane Dazi, Lou-Teymour Thion
Sortie le 11 août 2021
Festival de Cannes 2020