Paris : Enseigne "Au Beau Cygne", décor urbain pittoresque de la Belle Epoque, ouvrage de céramique en danger à l'angle des rues Saint-Denis du Cygne - Ier

 

« Au beau cygne », enseigne en céramique Belle Epoque marque le souvenir d’un commerce disparu à l’angle des rues Saint-Denis et du Cygne. Auberge, restaurant, boutique ? Les archives n’en gardent pas de traces, les précisions manquent. Apposée sur la façade d’un immeuble du XVIIIème siècle, l’enseigne est datée approximativement de la fin du XIXème siècle. Cadre ouvragé dentelle de bois, elle représente une scène bucolique peinte sur des carreaux de faïence. Parmi les joncs et les iris d’eau, un cygne nage sur un lac azur. Deux frises florales aux couleurs éclatantes, d’inspiration Art Nouveau, entourent le tableau. L’enseigne est soutenue par des consoles en fer forgé, représentant des silhouettes de personnages mythologiques, une sirène et un triton. Malgré une inscription à l’inventaire des Monuments historiques par arrêté du 23 mai 1984, la vétusté de cette curiosité très parisienne est flagrante. Peu à peu les carreaux de faïence se descellent. Bois, céramique, ferronnerie, l’enseigne se compose de matériaux sensibles aux altérations. Les outrages du temps menacent cet élément pittoresque de disparition. Placée sur une propriété privée, son entretien est à charge d’une copropriété visiblement peu concernée par les dégradations. La restauration semble urgente pour sauvegarder le cygne ou tout du moins un dépôt, nécessaire pour sa conservation.








La rue du Cygne ouverte au XIIIème siècle vers 1280, sous le nom de rue du Cingne. L’origine de sa dénomination actuelle acquise en 1313 a deux versions, déformation de l’appellation première ou présence d’un commerce « La Maison O Cingne » cité dans « Le Dit des rues de Paris » de Guillot. L’enseigne « Au beau cygne » bien plus récente semble pourtant délicieusement souligner le charme d’un quartier, site inscrit en 1975 pour son caractère historique et pittoresque. Elle nous rappelle également la tardive numérotation des rues de Paris qui ne s’est généralisée qu’à partir du XVIIIème siècle et pour des raisons liées à la fiscalité.

Au Moyen-Âge, l’identification des maisons est déterminée par les enseignes. Elles désignent les commerces, les corporations, les qualités du propriétaire ou des résidents. Leurs formes variées, représentations imagées, abondent en symboles, rébus et thématiques animalières. Les bas-reliefs gravés dans la pierre, les structures en fer forgé ou en bois suspendues à des potences sont les configurations initiales les plus répandues. Avec l’évolution des lois et des décrets au début du XVIIIème siècle, les enseignes scellées dans le mur, au fronton des portes, les bandeaux peint au-dessus de la devanture ou bien le long des linteaux se popularisent. 

Le tout premier essai de numérotation en 1507 concerne les maisons du pont de Notre Dame. L’expérience est rapidement avortée au profit des traditionnelles enseignes. En 1728, la corporation des tanneurs obtient d’établir des ateliers le long de la Bièvre. Ces bâtiments sont numérotés à des fins d’identification fiscale. Le principe est repris en 1765 pour les commerces établis dans les nouvelles rues percées de le long de la Halle au grain, actuelle Bourse de Commerce. 





Initiative personnelle plus étonnante, en 1779, l’éditeur de « L’Almanach de Paris », ancêtre des pages jaunes, cherche à améliorer la précision des renseignements fournis. Marin Kreenfelt de Storcks, également chargé d’affaires pour l’Electeur de Cologne, envoie des émissaires faire du porte à porte auprès des propriétaires suspicieux pour vaincre les réticences et faire apposer des numéros sur les maisons. Il est discrètement soutenu dans cette entreprise par le lieutenant de police général, Jean-Charles-Pierre Lenoir. Ce précurseur de la police moderne y voit un moyen efficace de contrôler les populations, déterminer les identités et surveiller les déplacements dans la capitale. 

Les édiles de la Révolution instituent par décret du 23 novembre /1er décembre 1790 « le numérotage révolutionnaire ou sectionnaire ». Il s’agit pour l’administration fiscale de recenser les citoyens soumis à l’impôt. L’orientation étant le cadet de leur souci, les incohérences sont nombreuses. Notre numérotation actuelle, établie par décret du 4 février 1805, date donc de l’Empire. 

Enseigne Au Beau Cygne
Angle de la rue du Cygne et de la rue Saint-Denis - Paris 1

Bibliographie
Le guide du promeneur 1er arrondissement - Philippe Godoÿ - Parigramme
Curiosités de Paris - Dominique Lesbros - Parigramme