Expo Ailleurs : Des mondes construits. Un choix de sculptures du Centre Pompidou - Centre Pompidou Metz - Jusqu'au 23 août 2021


Quatrième volet d’exploration des collections de l’institution parisienne, « Des mondes construits. Un choix de sculptures du Centre Pompidou » présente sur tout un étage de l’antenne messine une cinquantaine d’œuvres majeures. Constantin Brancusi, Alberto Giacometti, Carl Andre, Gerhard Richter, Rachel Whiteread, Monika Sosnowska, ou encore Bruce Nauman, Alexander Calder et Joseph Beuys incarnent à travers leurs créations la rupture moderne avec la tradition académique d’une pratique plastique qui s’inscrit désormais dans la voie de l’abstraction. La radicalité de la démarche s'inscrit entre déconstruction et restructuration formelle. La sculpture moderne propose une approche sensible du monde, dégagée des traditions plastiques académiques, acquérant ainsi une dimension universelle. Déployée en quatorze sections au fil desquelles l’ordonnancement thématique souligne une démarche pédagogique, « Des mondes construits. Un choix de sculptures du Centre Pompidou » questionne la façon dont les artistes modernes ont redéfini le rapport au geste, au matériau, à l’espace. Remisant les pratiques de la statuaire classique, ils sondent le principe de socle, de volume, d’immobilité. L’exposition rend compte de la diversité des réponses formelles qu’ils apportent, ensemble de processus distincts propres à chacun, aux mouvements auxquels ils appartiennent. 











L’exposition qui se tient au Centre Pompidou Metz ouvre sur une installation de Falke Pisano, "petite histoire de la sculpture moderne", réalisée à l’invitation de l’établissement culturel. La scénographie de l’évènement se détache de la chronologie pour aborder la sculpture via les grandes questions que soulève la redéfinition de la pratique. L’événement interroge la nature même de la sculpture qui au cours du XXème et jusqu’à nos jours se rapproche des installations, des performances, du design, de l’architecture. La transversalité de la scénographie permet de souligner points communs et divisions au sien des avant-gardes, les filiations artistiques, les dissonances. 

La juxtaposition des oeuvres tend à rendre compte des expérimentations menées par les sculpteurs. Leur recherche expérimentale dépasse alors le concept d’objet solide, immobile et aborde les formes géométriques plutôt qu’une représentation organique de l’être humain. Les artistes abandonnent le concept de figure matérielle pleine, en volume, figée. Ils embrassent des variations inédites lesquelles rapprochent la sculpture d’autres formes d’expression plastique. Fonctionnelle dans le prolongement du design, graphique à l’instar du dessin, construite dans la lignée de l’architecture ou encore mobile, modulable et dynamique comme la performance. 












Le rapport nouveau à l’espace jusqu’à l’abstraction radicale des avant-gardes tout en lignes et angles droits convoque la diversité des propositions. Les dialogues entre les pratiques et les époques trouvent un écho troublant dans le pouvoir d’évocation paradoxal de l’abstraction, réflexion sur le monde dépouillée de la subjectivité classique. Le geste, la forme, le volume, la présence ou l’absence de socle, la gravité, l’immobilité, les éléments essentiels hérités de la statuaire sont dépassés. La sculpture devient construction, structure. L’éclosion d’une abstraction utopique se prolonge par une reconstruction qui donne naissance à la sculpture contemporaine.

"Des mondes construits. Un choix de sculptures du Centre Pompidou" aborde le geste primitif de la taille directe dans la matière brute avec l’impressionnante sculpture tronc d’arbre de Joseph Beuys, "Nasse Wäsche Jungfrau II" réalisée en 1985. Les monolithes "Dolomit" d’Ulrich Rüchriem évoquent le travail du tailleur de pierre.











Les cubistes abordent la pratique de la sculpture par le biais de volumes plans, de lignes rigoureuses. Le constructivisme de Kasimir Malevitch se rapproche de la dimension architecturale. La sculpture minimaliste investit l’espace en suivant le concept de dépouillement formel. Carl Andre, Robert Morris, Donald Judd travaillent dans la soustraction. "Mirror Vortex" de Robert Smithson et "6 stehende Scheiben" (6 panneaux verticaux) de Gerhard Richter procèdent de cette démarche de redéfinition de l’art.

Les six barres de bois d’André Cadere disséminées à travers l’exposition, comme si l’artiste s’était invité à la fête sans y être convié, apportent une touche humoristique pas dénué de piquant à la déambulation.

Des mondes construits. Un choix de sculptures du Centre Pompidou
Jusqu’au 23 août 2021

Centre Pompidou Metz 
1 parvis des Droits de l’Hommes - 57020 Metz
Tél : 03 87 15 39 39
Horaires : 
- du 1er avril au 31 octobre : lundi, mercredi, jeudi de 10h à 18h - vendredi, samedi, dimanche de 10h à 19h - fermé le mardi
- du 1er novembre au 31 mars : lundi, mercredi, jeudi, vendredi, samedi, dimanche de 10h à 18h - fermé le mardi



Caroline Hauer, journaliste depuis le début des années 2000, a vécu à Londres, Berlin et Rome. De retour à Paris, son port d’attache, sa ville de prédilection, elle crée en 2011 un site culturel, prémices d’une nouvelle expérience en ligne. Cette première aventure s'achève en 2015. Elle fonde en 2016 le magazine Paris la douce, webzine dédié à la culture. Directrice de la publication, rédactrice en chef et ponctuellement photographe de la revue, elle signe des articles au sujet de l’art, du patrimoine, de la littérature, du théâtre, de la gastronomie.