Ailleurs : La collection d'art brut du LaM, voyage fascinant au coeur d'un courant artistique spontané - Villeneuve d'Ascq

La collection d’art brut du LaM marque l’identité du musée et souligne sa vocation d’ouverture au monde doublée d’une volonté d’exposer des artistes peu représentés dans les institutions françaises. Cet ensemble représentatif unique a été constitué grâce à une donation initiale de l’association L’Aracine à la communauté urbaine de Lille en 1999, composée de plus de 3 500 œuvres, réalisées par cent-soixante-dix artistes. Le désir de voir cette collection exposée de manière pérenne a été le moteur du grand chantier de restructuration et d’extension mené entre 2005 et 2010. Depuis, en constante expansion, la collection d’art brut ne cesse de s’enrichir. Contrastée, elle illustre par sa diversité, la richesse des supports, la variété des pratiques, des modes d’expression. Le LaM est l’un des rares musées à considérer l’art brut sur le même plan que l’art moderne et l’art contemporain. Son parcours invite le visiteur à renouveler son regard, à se dépouiller des préjugés, des a priori afin de repenser la place de cette expression plastique singulière dans l’histoire de l’art. La scénographie du LaM embrasse les trois collections, art moderne, art contemporain, art brut dans un mouvement passionnant de transversalité inclusive. 











L’espace dédié à la collection d’art brut du LaM constitue une expérience sensible passionnante au cœur de ce courant à la trajectoire spontanée. Inventeur du terme, Jean Dubuffet (1901-1985)  livre en 1964 sa troisième et ultime définition de l’art brut dans Fascicule de l'art brut numéro 132.  « Œuvres ayant pour auteurs des personnes étrangères aux milieux intellectuels, le plus souvent indemne de toute éducation artistique, et chez qui l'invention s'exerce, de ce fait, sans qu'aucune incidence ne vienne altérer leur spontanéité. »

Entre 1940 et 1970, l’artiste réunit une importante collection selon ses inclinaisons personnelle. Lorsqu’en 1971, il propose une donation au futur Centre Pompidou dont les collections sont en pleine constitution, le manque d’intérêt manifesté par l’institution en devenir refroidit son humeur généreuse. Dubuffet confie sa collection à la ville de Lausanne. 

Dès 1982, Madeleine Lommel, échaudée par l’indifférence des établissements culturels français vis à vis de l’art brut, décide avec ses complices Claire Teller et Michel Nedjar de réagir. Ils réunissent un ensemble à vocation muséale susceptible d’illustrer tous les courants de l’art brut et fondent l’association L’Aracine. Les collections exposées de 1984 à 1996 à Neuilly-sur-Marne réunissent les œuvres d’André Robillard, Aloïse Corbaz, Henry Darger, Madge Gill, Augustin Lesage, Adolf Wölfli, Carlo Zinelli. L’aventure prend fin mais en 1999, la communauté urbaine de Lille accepte la donation de l’Aracine. Dessins, peintures, sculptures, assemblages d’objets, installations ainsi que d’importants documents d’archives et des films de Michel Nedjar et Clovis Prévost rejoignent le fonds du MaM, futur LaM.











Afin de présenter sur un pied d’égalité les trois collections, d’art moderne, art contemporain et art brut, le musée doit se réinventer. La métamorphose dure quatre ans. De 2005 à 2010, l’architecte Manuelle Gautrand mène la restructuration du bâtiment imaginé par Roland Simounet en 1983. Geste architectural fort tout en demeurant respectueux de l’édifice originel classé, elle imagine une extension sous la forme d’une sorte de main qui enserre délicatement et prolonge la construction initiale. Dédiées aux espaces d’exposition de l’art brut, les cinq salles pouvant accueillir jusqu’à quatre-cent-cinquante oeuvres se déploient en éventail.   

La fragilité des productions d’art brut induit plusieurs contraintes de conception, notamment une faible luminosité et une grande mobilité des supports afin de faciliter le renouvellement des accrochages tous les quatre mois. Vitrines inclinées pour présenter les œuvres sur cahier ou papier, cimaises en verre suspendues sur des filins d’acier, panneaux coulissants répondent à ces particularités. La hauteur sous plafonds importante des salles rend possible l’exposition des totems monumentaux. L’architecte équilibre l’environnement en alternant rigueur des lignes et douceur des courbes. Les longs volumes organiques s’ouvrent sur le parc. Les baies vitrées tamisées par des moucharabiehs contemporains, sorte de résille de béton fibré, filtrent la lumière naturelle. 











En 2010, à sa réouverture, le MaM devient le LaM, Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut. Exposer ce dernier courant dans une institution muséale suggère une réflexion globale sur toutes les formes de création, toutes les expressions artistiques. En ce domaine, le LaM s’affirme comme une exception, un exemple. 

Aujourd’hui, la collection d’art brut du musée comporte plus de 5000 œuvres, le fonds ayant été enrichi par de nouvelles donations et des acquisitions, parmi lesquels l’ensemble d’objets réuni par André Breton dans les hôpitaux psychiatriques. Les recherches les plus récentes ont éclairés des pans restés obscurs de l’histoire des œuvres conservées. Elles ont notamment permis de retrouver l’auteur des sculptures des Barbus Müller désormais attribués à Antoine Rabany. 

L’art brut dépouillé des codes académiques génère des images différentes et des processus créatifs alternatifs. Le parcours imaginé au LaM souligne les liens, renoue les filiations, entre les artistes du mouvement moderne et les contemporains fascinés par cette forme d’expression artistique. Jean Dubuffet demeure le plus fervent avocat de l’art brut. Marx Ernst, Paul Klee, André Masson, les surréalistes Paul Eluard, Raymond Queneau mais également Pablo Picasso, Annette Messager, Jean Tinguely ont été profondément marqués par les différentes expressions de ce mouvement spontané. 











La collection d’art brut du LaM interroge la singularité des images, le processus de création. Elle met en lumière la diversité de ce courant où se côtoient « les habitants paysagistes » et les « naïfs », les « inventeurs architectes » qui produisent des machines artistiques, les assembleurs d’objets du quotidien. 

Les artistes spirites, médiums et visionnaires en connexion avec l’Outre-Monde composent des œuvres teintées de mysticisme. Fleury-Joseph Crépin, plombier zingueur du Nord, interpellé en 1939 par des voix mystérieuses, créé sous leurs exhortations quatre-cents « tableaux merveilleux » afin d’apporter la paix dans le monde. Mineur et médium, Augustin Lesage est à son tour enjoint par les esprits de dessiner et de peindre. 

Plus prosaïque, dans la lignée des naïfs, Theo Wiesen, propriétaire d’une scierie, s’inspire du travail  qu'il a exercé toute sa vie pour imaginer dans des troncs d'arbre des totems hybrides, hominidés à tête de loup, bêtes à cornes, créatures mi-femme mi-animal.









L’art brut produit au sein des hôpitaux psychiatriques renouvelle l’idée de la création. Au LaM, sont présentées les sculptures hommes-oiseaux ou bêtes du Gévaudan d’Auguste Forestier ainsi qu’une partie des 14 mètre du rouleau d’Aloïse Corbaz, allégorie fantaisiste de sa propre vie parcourue de pop culture et de fantastique. Les dessins et textes d’Adolf Wölfli composent une biographie imaginaire haute en couleurs. Henry Darger nous immerge dans une autobiographie de 5 084 pages parallèle à un récit de 15 145 pages dactylographiées intitulé « In the Realms of the Unreal » illustré de centaine de dessins, porté par ses personnages iconiques des Vivian girls. Hors des circuits officiels, ces créateurs autodidactes imaginent des œuvres troublantes, évocatrices, hypnotiques et sincères. 

Collection d’art brut LaM
LaM, Lille Métropole Musée d'art moderne, d'art contemporain et d'art brut
1 allée du Musée - 59650 Villeneuve d’Ascq
Tél : 03 20 19 68 68
Horaires : Du mardi au dimanche de 10h à 18h