Paris : Rue Taclet et Villa Georgina, confetti préservé du Vieux Paris - XXème



La rue Taclet et la villa Georgina forment une boucle champêtre au cœur d’un quartier marqué par la verticalité minérale des tours sur dalle. Ce lotissement délicieux, incursion de nature dans un ensemble sans charme, illustre les différences de proportions entre l’ancien tissu urbain et le bâti de la fin du XXème siècle. Les deux ruelles bordées de maisons ouvrières datant de la deuxième moitié du XIXème siècle s’échappent depuis les rives de la rue de la Duée, ancien sentier indiqué sur le plan de 1672. Elles rappellent le tracé des étroits sentiers et autres chemins de campagne des vieux hameaux de Belleville et Charonne. Rattachées à Paris en 1860, ces communes s’étaient développées autour de terres maraîchères et de vignobles. Les parcelles par leur forme allongées conservent encore la trace de cette activité agricole. Entre deux citadelles de béton, le décor charmant de la rue Taclet et de la villa Georgina, rappelle l’authenticité d’un Paris disparu dont les photographies de Willy Ronis préservent jalousement la mémoire. Au fil de cette enclave verdoyante, la poésie en noir et blanc de ces images reprend des couleurs. Il devient plus aisé de se remémorer l’atmosphère du vieux Ménilmontant, les cours d’artisans, les ruelles étroites parcourues d’escaliers. 












Dans les quartiers de l’est parisien de nombreuses ruelles datant de la seconde moitié du XIXème siècle ont pris le nom d’anciens propriétaires de terrain. Avec les bouleversements urbanistiques relatifs aux grands travaux du baron Haussmann, Investisseurs malins ou pauvres bougres récalcitrants dépossédés de leur bien par les expropriations ont succombé aux sirènes du dédommagement somptuaire. Les parcelles, annexées, éventrées, le loti repensé, les constructions alignées sur les nouvelles voies ou démolies pour laisser place à un bâti modernisé, il a fallu négocier avec les propriétaires. Les compensations et les prix d’achat pas toujours à la hauteur des espérances, le dédommagement le plus inventif a été de proposer de porter leur nom à la postérité grâce aux dénominations des rues toutes neuves.

Le quartier administratif de Saint-Fargeau où se trouvent la rue Taclet et la villa Georgina s’étend sur les anciennes terres du parc du château de Lepeletier de Saint-Fargeau ou château de Ménilmontant, propriété de Louis-Michel Lepeletier de Saint-Fargeau (1760-1793). De 1815 / 1840, la révolution industrielle bouleverse la société et provoque un exode massif des populations rurales vers les grands centres urbains. Cet afflux d’ouvriers provoque une pénurie de logements, reléguant les nouveaux venus dans des garnis insalubres. Les théories hygiénistes de l’époque font le lien entre la santé des populations et leurs conditions de logement. Elles s’inquiètent également de la promiscuité propice aux fomentations politiques. L’espace, la lumière, la ventilation du bâti apparaît comme nécessaire à la limitation des épidémies notamment mais également au bon ordre moral. 

Devant la situation déplorable des habitats misérables, l’état intervient secondé par les industriels sous couvert de mécénat humaniste. Deux types de logement voient le jour à cette époque. Les premières cités ouvrières sont imaginées à partir de 1840 sur le modèle des cités jardins anglaises. Les pavillons aménagés avec un jardinet, comme dans le lotissement emblématique de la Campagne à Paris dont je vous parlais ici sont proposés dans le cadre d’un programme d’accession à la propriété. Parallèlement, les immeubles d’appartements en location comme au 117 rue de Belleville évoqué là.





 







En réponse au nouvel enjeu social du logement, Jules Siegfried, industriel et député, fait voter le 30 novembre 1894, une loi qui encourage la création d'organismes d'habitations à bon marché par un système d’exonérations fiscales. Une seconde loi soutenue par Paul Strauss est promulguée afin de permettre aux communes de financer le logement social et de définir le prix des loyers comme des normes de salubrité.

En 1914, l’office HBM du département de la Seine est créé. A l’occasion de la destruction des fortifications et de la réaffectation de la zone non aedificandi, la ville de Paris préempte 307 des 444 hectares disponibles et fait construire le long de la Petite Ceinture ou des Maréchaux des Habitations à bon marché. Reconnu d’utilité publique, le groupe d’HBM constitue une masse compacte d’immeubles marqués par une cohérence urbaine. L’intégration naturelle à la ville doit beaucoup à l’unité esthétique de ces bâtiments dont les matériaux, revêtements, façades en briques, toits en ardoise sont désormais emblématique. 

Jusqu’aux années 1960, dans le quartier de Saint-Fargeau, usines, manufactures et ateliers en activité côtoient l’habitat ouvrier. Avec la désindustrialisation, la transformation drastique du tissu urbain, la destruction systématique à caractère politique mené par la Ville de paris donne lieu à une réinvention rarement heureuse. Dès les années 1970, la mutation radicale inspirées par les promoteurs génère une ville verticale pour loger un maximum d’habitants et rentabiliser le mètre carré. Le bâti actuel, les réalisations sur dalle laissent néanmoins apparaître parfois des îlots résistants comme celui de la rue Taclet de la villa Georgina.

Rue Taclet et villa Georgina - Paris 20
Accès rue Taclet : 26 rue de la Duée / 119bis-121 rue Pelleport
Accès Villa Georgina : 9 rue Taclet / 36 rue de la Duée

Bibliographie
Le guide du promeneur 20è - Anne-Marie Dubois - Parigramme
Connaissance du vieux Paris - Jacques Hillairet - Rivages

Sites référents